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samedi 17 juin 2017

All nineteen years of my life I've been in conflict with myself

Le dernier mois a été plutôt riche en enseignements, donc fidèle à ma plus vieille habitude, je reviens noircir quelques pages web de ma logorrhée mentale, histoire d'y faire le tri, et d'y voir un peu plus clair. 

Je voulais écrire quelque chose de positif, car je m'efforce toujours de consigner mes pires pensées, mais jamais les lumineuses, jamais celles pleines d'espoir. J'en ai, parfois, qui partent & virevoltent aussi vite que Valls quitte le PS.

Je voulais raconter la première fois où j'ai réussi à méditer. Cela fait plusieurs années maintenant que j'essaye de devenir Aang (déjà parce que moi aussi j'ai envie de me raser le crâne, parce que je suis persuadée que mon élément c'est l'air, et parce qu'accessoirement je dois également avoir le même montant de centimètres) et de maîtriser un état d'Avatar, et bien que je suis descendue (ou montée, selon les jours) plusieurs fois dans mon esprit, je n'y ai jamais été apaisée. Je n'arrive pas forcément à combattre mes pensées - vous savez, la dernière fois j'ai lu "Jardin des Planctons" à la place de Jardin des Plantes et j'étais morte de rire en imaginant Plankton de Bob l'éponge envahir un jardin entier, PAR EXEMPLE -, je suis plutôt du genre à me laisser emporter par mon flot (flow ? i wish)(ou fléau ?)(stop les parenthèses multiplicatrices), et à ne jamais savoir m'arrêter. Et bien, récemment j'ai réussi à me faire revenir à moi-même, à observer mes pensées, et à revenir en méditation, et ça pour moi, c'est beaucoup. Je suis affligée par mes propres pensées la plupart du temps, j'ai tendance à penser que mes états négatifs persévèrent et ne partiront jamais, ne me laisseront jamais tranquille, je suis d'avis à penser que je resterais aussi pessimiste toute ma vie, et que ma déprime me collera au train aussi bien qu'un chewing gum s'accroche à la semelle d'une vieille basket : sans que l'on s'en rende compte, on a déjà parcouru des kilomètres avec, et avant qu'on puisse penser à l'enlever, il a déjà infiltré les rainures de la chaussure, et on ne peut plus s'en débarasser. Je suis persuadée que je n'évoluerais jamais (c'est comme si j'avais un très mauvais maître pokémon, ou alors il m'aime pile comme je suis)(je n'ai jamais joué à Pokemon), et donc il est DUR de me dire qu'un jour j'arrêterais de faire mon ado déprimée de tout, de me dire qu'un jour moi aussi j'aurais des relations stables, un cercle d'amis que je verrais régulièrement, que j'arrêterais de piquer des crises de colère pour des choses au fond insignifiantes.

Mais là, j'arrive à revenir à des états neutres. C'est pas tout le temps, c'est pas rapide, mais j'arrive à changer mon paysage mental par ma volonté. Et je crois que ça ne m'était jamais arrivé avant. Du coup, c'est déjà sacrément positif. Forte de cette nouvelle capacité (sagesse +14), je me suis adonnée de manière plus fréquente à la méditation - c'est toujours plus plaisant de s'engager dans quelque chose que l'on réussit, bien que le but de la méditation soit justement... de ne rien changer et d'apprécier les choses telles qu'elles sont. Et pour la première fois de ma vie (encore une fois), j'ai réussi à méditer durant une vingtaine de minutes. Je n'ai jamais réussi à méditer longtemps parce que lorsque je faisais "le vide" dans mon esprit, j'y retrouvais certaines images mentales difficiles, et surtout je m'entendais en continu m'insulter et me dénigrer. Je n'arrivais pas à me battre contre ça, et ces 5 minutes de méditation étaient déjà épuisantes, je finissais par pleurer, ce qui me déshydratait, parce qu'on est en plein mois de Juin à Montpellier et chaque goutte d'eau devient vitale. Je n'aimais pas méditer pour me rendre compte qu'au plus profond de moi-même, je me hais, et ça, ça n'a pas changé d'un iota depuis des chandeliers (lustres, chandeliers ? vous voyez ma blague ?). Avant de comprendre que méditer n'allait pas m'aider à combattre ces pensées morbides, mais à les accepter, et à ne plus leur prêter attention. J'ai été libérée d'un poids tellement énorme lorsque j'ai compris ça. Que je n'allais plus gaspiller mon énergie à ne pas être ce que je suis (un coton-tige mi gothique-mi marshmallow), mais que j'allais m'employer à faire ressortir le meilleur de moi-même (et vu qu'il y a pas grand-chose, ça facilite la tâche). 

Et donc pour revenir à nos brebis, cette fameuse méditation de vingt minutes (la seule à ce jour), j'étais comme sur un pétale dans mon esprit, et j'étais en sérénité, et je flottais parmi tout ce que j'étais, et pour une fois j'étais pas prise de violents relents de vomi parce que je me dégoûtais, j'étais apaisée, et ça fait la différence. J'ai vu pourtant les mêmes choses, mais mon regard a changé. Et, au fond, de nulle part, j'ai entendu mon cerveau me répéter en boucle "ça ira, ça ira, ne t'inquiète pas ça ira", et ça m'a tellement frappée que j'ai ouvert les yeux, et je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer, de soulagement. Donc je voulais quelque part faire honneur à cette pensée, et au fait que parfois, je suis capable de m'attirer aussi de bonnes foudres (comme un orage rafraîchissant après trop de chaleur). 

 

Sinon, mon anniversaire approche à petits pas petits petons, et ça, par contre, ça m'apaise pas du tout. C'est toujours pour moi l'occasion de faire le bilan et d'être déçue (mon humeur number one), parce que je considère que je ne fais rien, ou que je fais de la merde. Cette année, malgré mes nouvelles aptitudes bouddhistes, je n'ai pas échappé à la règle et ça fait bien un mois que je me morfonds POUR UNE PUTAIN DE DATE. Alors j'ai essayé de méditer dessus, et il en ressort qu'au delà de la haine que je me porte, je n'aime pas les anniversaires parce que je ne vois pas l'intérêt de les célébrer. Dans ma grande tradition nihiliste, je trouve que nous sommes juste un amas de cellules qui se prend un peu trop au sérieux, et j'attends sagement la mort. Dans le sens où c'est tout de même l'un des derniers gros mystères qu'il nous reste à élucider et que je suis trop curieuse. Je fais ma vie comme on va au lycée, en attendant d'en être libérée, et en essayant de m'autoriser le plus de libertés possibles pour que mon temps paraisse moins long.  J'ai hâte de mourir, non plus par amour pour les sphères suicidaires, mais parce que ça m'intrigue réellement, tout comme quand j'avais cinq ans et que j'avais passé une demi-heure à faire le deuil de la première mouche que j'ai tué. Je crois que c'est là que je me suis demandée au fond à quoi ça rimait d'être en vie, si tu pouvais mourir comme ça, d'un revers de main infligée par une gamine qui était trop occupée à gérer les disputes de ses amis imaginaires. Je veux dire si moi j'arrivais à faire ça, à tuer un être vivant, alors nul doute que des animaux plus grands allaient avoir envie de me tuer aussi, et le pourraient, sans grands efforts. La seule différence, c'est que du côté des humains, on a la loi et les prisons, et on a beau aller en prison en torturant des chats, on n'enverra jamais personne en prison pour avoir torturé des fourmis. Alors okay, c'est bien beau d'avoir réussi à construire la société, d'avoir réussi à établir des règles tacites entre peuples, mais le résultat est que nous ne valons pas mieux qu'une mouche. Nous sommes des parasites à la surface de la terre qui ne pensent qu'à eux-mêmes, et on ne se rend pas compte que nous ne sommes rien. 


Mais c'est ce qui nous rend si extraordinaires. Ma chatte regarde toujours sept fois à droite ET à gauche lorsqu'elle traverse pour ne pas se faire renverser, et moi, j'ai la prétention humaine de parfois ne même pas me fader un regard avant de me lancer sur la route. J'ai confiance (comment & pourquoi, ça me dépasse, car je croyais pourtant ne faire confiance à personne) que je ne mourrais pas aujourd'hui, et ça me suffit comme croyance pour me lancer dans des actes irréfléchis. On a pourtant la capacité cérébrale pour trouver la vitesse de la lumière et inventer le concept mathématique d'intégrales, mais on est toujours en train d'appuyer plus fort sur le bouton de notre télécommande en croyant que ça marchera mieux. Incroyable de voir comment l'humain peut avoir de multiples facettes.

Je reste donc bien fidèle à ma condition humaine, heureuse de savoir mieux appréhender ma vie sur terre et ce que je suis, mais tout de même un peu déçue d'être forcée à rester jusqu'à la fin de la fête. Je n'aime pas les fêtes. Je reste persuadée que ça n'est pas mon monde (je ne rigole qu'à moitié lorsque je dis que le docteur est ma religion), je dois venir d'une planète où personne ne se parle, excepté en musique et pour se donner du chocolat. Je ne me sens pas à ma place, et je crois que ce sentiment perdurera (à tort, sûrement), et je ne vois pas l'intérêt d'être heureuse de tout ça. 

Mais c'est bien là mon problème avec la vie : je ne vois pas l'intérêt d'être heureuse de choses naturelles. Bien que je sois heureuse de voir des choses naturelles (je rêverais de voyager autour du monde pour me remplir les pupilles). Dualité à la con.

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mardi 25 avril 2017

She only walks just to count her footsteps

Avant, quand j'étais jeune & fringante (mais toujours dotée de ma taille de fille fragile de CM2, trop petite dans les pantalons "pattes d'eph" de l'époque Loana), j'écrivais tout le temps, j'écrivais dès que quelque chose d'un peu extraordinaire m'apparaissait, j'aimais consigner les moindres faits dans leur exactitude (j'ai toujours aimé l'exactitude, il est ironique de voir que ma mémoire n'est que partielle), je faisais une jolie collection de moments, je les enfilais comme on enfile des perles sur un fil (et quand j'avais huit ans je faisais des libellules/tortues/crocodiles/tortues de rocaille alors j'en ai enfilé, des perles), de manière à me confectionner une parure, bien sertie, originale, que je pourrais présenter à tout un chacun dès la première interaction.

Etant plutôt stressée lors de rapports humains (& même non humains, vu la fréquence avec laquelle je m'excuse aux objets... mais jamais à mon portable pour une raison obscure ?), j'égrenais ces perles, de ma petite vie, assez banale en somme, mais quand même remuée (mais ça, c'est parce que mon cerveau est trop hyperactif, il a tendance à s'exploser dans toutes les directions, bonnes ou mauvaises).

Je me disais que ça faisait un bon CV : tu sais que je suis capable de me pointer au collège affublée d'un déguisement de nain de jardin, que j'ai déjà fait du stop en contrées allemandes, que j'ai eu (brièvement, mais tout de même notable) une forme de respect pour Patrick Sébastien, ou encore que j'étais incapable d'ouvrir des bières avec un briquet (hier, j'ai même repoussé les limites de cet acte : j'ai voulu utiliser un briquet pour ouvrir une Kronembourg qui s'ouvrait en tournant la capsule). Tu savais que j'étais prête à tout pour voyager, j'ai même voulu vendre certaines parties de mon corps (mais pas dans un sens sale, dans un sens mère porteuse ou donneuse d'ovules, vu que franchement, les gosses c'est comme les punaises de lit, je préfère quand c'est les autres qui en ont) afin de pouvoir être immensément riche, ce qui m'aurait permis de me débarasser de certaines parties de ce même corps (épilation au laser définitive, cheveux arc-en-ciel en tout temps), ce qui m'aurait permis d'être repérée dans un casting de mannequins nains (je vous ai bassiné longtemps avec mon envie d'être mannequin pour pieds en Chine, j'ai appris cet hiver grâce à un vendeur de chaussures de ski que je faisais du 34, ce rêve est donc plus proche que jamais), de tuer toutes les autres participantes grâce à mes connaissances extrêmes en Agatha Christie (on peut tuer quelqu'un avec du phosphore, ce qui fait qu'un halo phosphorescent s'échappe de sa bouche au moment de la mort, j'aurais pu faire croire que j'étais prêtresse vaudoo tranquille), donc de gagner, et d'être riche, célèbre, avec un sentiment de puissance. 

J'aimais beaucoup toutes mes anecdotes, je me considérais comme une série d'évènements plus ou moins plausibles, tous réels, qui déambulait dans l'espace temps qui lui a été donné afin de former plus d'évènements aléatoires dans son environnement immédiat. 

En grandissant, je suis devenue fatiguée des anecdotes, elles s'accumulaient en moi sans jamais donner une forme attrapable, sans jamais faire sens entre elles, elles s'additionnaient, là où elles auraient dû s'harmoniser. J'étais surtout persuadée que je ne pouvais être personne si je ne rentrais pas dans une case bien définie (ah, cette obsession humaine de vouloir rentrer dans des boîtes, et on ose que nous sommes supérieurs aux chats), si je n'allais pas dans une direction bien définie. J'avais l'impression qu'une série d'anecdotes plus aléatoires les unes que les autres n'était rien, que ça n'était pas solide.

J'étais donc devenue à mes yeux un petit épouvantail de papier, transperçable les jours humides, sec mais froissé dans ses beaux jours.

& je me suis mise à ne plus comptabiliser tous mes petits moments de vie. Je me suis mise à ne plus respecter mes listes, je me suis mise à remettre mes idéaux en questions (certains idéaux, ne pensez pas qu'un jour j'arrêterais d'aimer Jim Morrison ou le chocolat Lindt), j'ai voulu montrer que je valais quelque chose, en dehors du fait que je savais apprécier la vie pour qu'elle était -- un enchaînement plus ou moins provoqué d'histoires que l'on observe s'accomplir.

On nous demande de produire, en continu, notre chemin, mais on préfère quand ce même chemin reste dans l'orée de ceux déjà existants. Il ne faut pas tourner en rond, il faut être celui qui va le plus loin, celui qui a la meilleure voiture pour aller plus loin, à défaut, celui qui a la plus belle voiture, celui qui est le mieux accompagné. 

J'ai la sale impression qu'on nous demande en continu de nous justifier : on doit se justifier d'une passion, d'un type d'humain que nous préférons embrasser (je ne sais PAS répondre à la question "quel est ton type d'homme ?", je suis sortie avec des grands, des petits, des français, des non français, des gens sérieux, d'autres beaucoup moins, et on oublie la moitié de la population dont je serais susceptible de tomber amoureuse également), on doit se justifier d'avoir un logement fixe (LOL sur ce point je n'ai jamais été aussi SDF, je vis à moitié chez ma maman d'amour et l'autre moitié chez mon copain d'amour, ça n'a pas l'air de me gêner d'avoir des milliers de cahiers enfermés dans des boîtes, ce qui renforce ma conviction que je finirais à la rue), on doit se justifier d'avoir un boulot fixe, un joli CDI (mais est-ce que ça existe encore ?), d'être attirant, d'être attiré, on se doit en permanence d'updater notre photo facebook quand on estime que l'ancienne est un peu vieillotte, quand on vient de se couper les cheveux (et héhéhéhé vous aurez pas de photos de ma superbe décoloration ratée qui fait que je ressemblais à un guépard, mais seulement de tête), c'est un crime si on a gardé notre adresse mail AVEC NOS NUMEROS DE DEPARTEMENT DEDANS.

On se doit d'avoir des amis, d'aimer sa famille mais pas trop (sinon ça veut dire que t'as pas coupé le cordon), d'être drôle mais pas tout le temps, d'être raisonnablement en retard, de boire deux bières mais pas trois en semaine, de boire au moins trois bières mais pas moins de deux en week-end, on se doit d'aller voter (j'annonce : je ne crois pas aux élections, en fait je crois que je suis utopiquement anarchiste ?), on se doit de choisir un candidat même si on va pas voter, et puis si on choisit pas de candidat, alors on se doit de voter blanc, on se doit de porter les mêmes affaires qu'on va tous chiner d'un air snob dans des vide-dressings tenus par nos potes, on fait style que ces fringues sont trop belles & originales alors qu'on a tous les mêmes, être original est devenu banal, on se doit de ne pas baver en public, de ne pas montrer sa gorge quand on baille. Sachant que par le simple fait d'être une fille, il y a une chance non négligeable qu'un homme nous montre une autre partie de son anatomie un peu plus privée, sachez que je m'en contre-fous d'observer les molaires de certains de mes congénères humains. Je n'aime pas voir celles de MLP, parce que ça voudrait dire qu'elle rit aux éclats, et puis bon, je préfèrerais qu'elle se remette en question sur sa vie et que ses commissures atteignent ses pompes plutôt que ses joues (mais ça c'est mon avis tout personnel). En plus, parfois quand les gens baillent, je peux observer si ils ont des caries ou non, & dans l'affirmative, sachez que je me sens beaucoup moins seule (je n'aime pas les dentistes. je n'aime pas mes dents. je n'aime pas que l'on fasse mal aux dents des autres). 

On se doit d'être beau, si on est pas beau, alors on se doit d'être intelligent, si on est pas intelligent, alors on se doit d'être utile, si on fait défaut à tout ceci, alors tu te dois d'être aimé, d'avoir des potes. Si tu n'as rien de tout cela : essayes encore. 

Donc j'ai voulu, à mon tour, essayer d'avoir une direction précise, j'ai voulu "devenir quelqu'un" (grande formule pour dire que tu souhaites devenir quelqu'un... comme tout le monde, au final), j'ai essayé de m'occuper de mon physique (je le fais toujours, à 24 ans, ça y est, je me suis enfin presque familiarisée avec le ROUGE A LEVRES que j'ai soigneusement évité pendant une décennie) en portant des talons aiguilles & des robes aguicheuses (je le fais toujours, j'adore mes robes & mes talons), j'ai voulu être intelligente (je me force actuellement à finir mon master en psychologie cognitive), j'ai voulu être utile (ceux qui traînent avec moi savent que j'aime aider, et j'essaye de toujours aider l'autre, dans la mesure de mon petit possible), j'ai essayé d'avoir une bande d'amis proches. J'ai voulu devenir quelqu'un, moi aussi, on n'a fait que me répéter à l'école que j'écrivais bien, que je lisais vraiment vite, que j'étais vraiment rapide, putain qu'est ce que j'allais aller loin. J'ai fait S, alors que j'aurais préféré ne rien faire du tout (j'ai détesté le lycée, excepté les moments hip hop passés avec Nadia d'amour), je me suis dit que j'allais être directeur artistique en pub (oui, j'ai vraiment cru que j'allais supporter bosser dans la pub, je ris à m'en dévoiler mes caries), avant de me rendre compte que j'étais définitivement pas assez mainstream pour ça. Après je me suis dit que j'allais aider les gens et faire de la psychologie (bonjour les bisounours, c'est moi, Bisounours Tahra), et puis au final, je me rend compte qu'en tant que personne, si je m'écoute moi-même, je n'ai envie de rien de tout cela.

J'ai envie de ne devenir personne, et de savoir être heureuse en étant personne (oui, mon personnage préférée de GoT est Arya Stark). C'est la chose la plus dure à effectuer dans ce monde peuplé d'injonctions qui viennent de partout, sauf de toi. C'est la master-class de la vie. Achievement Unlocked : Life Guru.

J'ai envie de ne travailler pour personne. Je n'ai pas envie d'être employée dans une boîte, j'ai essayé, ça m'a traumatisé (les gens, toujours, ils sont tellement tous regroupés dans un bureau que mon anxiété devient exponentielle - là, vous le sentez le bac S ?). Je n'ai pas envie d'être utile, j'ai envie d'être humaine, j'ai envie de ne pas renier ce que je suis, et de penser à mon prochain - car il pourrait être moi. Ca pourrait d'ailleurs être toi. Je n'ai pas envie d'être intelligente, ça fait maintenant quatre à cinq ans que je me prends la tête avec mon "intelligence", qu'il faut que je trouve quelque part où mon "intelligence" servira, mais j'ai pas envie de l'être. Être intelligent, c'est ne pas savoir vivre, c'est tout intellectualiser, et donc rater des émotions parfois incroyables (spoiler : le bonheur, par exemple). J'ai envie d'être heureuse, d'apprendre, toujours, mais je n'ai pas envie d'être scolaire. Je n'ai pas envie de mesurer mon intelligence à d'autres personnes. C'est tellement malsain. J'ai envie d'être simplement quelqu'un d'ouvert, prête à accepter des leçons quand j'en vois. Et les plus importantes ne sont pas dans des bouquins (cette phrase est à mettre en police spéciale sur une photo d'une pagode traversant un océan teinté d'un coucher de soleil). 

J'ai envie d'être en accord avec moi-même. De ne plus à avoir à me justifier si j'ai envie de voir personne - ça n'est pas que je ne vous aime pas, c'est que j'en ressens clairement moins le besoin que la plupart des gens, j'ai besoin d'être seule). J'ai envie de m'apprécier pour ce que je suis, actuellement, et non pas pour ce que je pourrais être plus tard. Je crois, même, que j'en ai cruellement besoin. C'est marrant, de se rendre compte que si notre société était différente, on ne sentirait pas aussi triste ou désoeuvré. Je ne serais même pas cataloguée de dépressive, vu qu'il n'y aurait aucun standard auquel coller : je serais juste moi, avec mes bons, & mes mauvais côtés. Mais je n'aurais aucune injonction, exceptée venant de moi-même, d'être plus efficace, de savoir manger équilibré (et non pas me gaver de pains belges), me lever le matin aux aurores & de se coucher avant minuit. Votre société crée mon handicap (parce que non, n'en déplaise à certains, je n'ai pas choisi d'être du côté dépressif de la force : c'est une maladie, qui me fait bien chier moi aussi, qui n'est qu'à moitié reconnue vu qu'on gave l'autre moitié de médocs), et ne m'accepte pas. C'est pas grave, je n'ai jamais été quelqu'un de très doué dans les foules (même respirer dedans c'était dur, BLAGUE D'AGORAPHOBE OUAICH).

Je n'ai pas envie d'être jugée à ma performance, en tant qu'humaine. Je n'ai pas envie d'aller bien haut. J'ai juste envie de continuer à collectionner mes anecdotes, plus ou moins plausibles, dans des carnets. Les relire, rire, ou pleurer, les raconter, échanger des choses qui me sont importantes. J'ai envie de continuer à ressentir, au lieu d'attendre. J'ai envie d'être ce que je suis à cent pour cent : non pas parce que je m'aime, ou parce que je me trouve géniale (je pense qu'à force de traîner par ici, vous aurez compris que mon égo est aussi épais que les cheveux de Moby), mais parce que c'est ce que je suis, et que j'aimerais pouvoir arroger le droit à mon existence. Je pense que sur Terre, on est différents, et que c'est une bonne chose. Qu'il serait stupide de tous nous transformer en "classes sociales" ou "personnalités". Cela divise. On est tous entremêlés comme les fils d'une grande broderie, et on s'acharne à vouloir faire notre dessin perso, en oubliant qu'avec un seul fil, c'est très compliqué. Alors qu'à plusieurs, on peut tous être très jolis.

Croyez-moi que si nous ne sommes pas seuls dans l'univers, je pense qu'on fait pitié. A courir après une reconnaissance qu'on se fabrique de toutes pièces. 

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Voilà, j'ai l'impression que dans ce monde on me force à bouffer de la merde, alors que je serais bien plus heureuse si j'écoutais ma voix intérieure.

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vendredi 24 février 2017

C'est les nerfs & la déprime qui me poussent à écrire, surtout quand je vois le shit bouffer mes frères

Le jugement du divorce est tombé : mon père a gagné. 

La justice a tranché, il n'a plus à s'occuper de ses enfants, ni de son ex-épouse. Il a tout. Il a eu tout ce qu'il voulait. Et nous sommes laissées avec rien.  Je n'ai pas pleuré. Ma mère a lâché quelques larmes. Puis on a repris le cours de nos vies. Ca ne changera rien, au final. 

Je n'ai donc plus rien à faire avec mon père, l'unique lien qui nous unissait, monétaire, vient de disparaître. Je n'ai plus rien à faire dans sa vie. 

Mais il se tuera lui même à célébrer sa victoire. Je lui souhaite tout ce qu'il a toujours voulu : les femmes, l'alcool, les paradis artificiels dans lesquels il s'enferme. Il mourra seul, car les gens qui ne sont remplis que par des substances et non pas par l'amour dépérissent bien plus vite que les autres. Car ils détruisent tout ce qu'ils touchent. Et personne ne souhaite approcher d'aussi près la destruction. Les démons ne lâchent pas si facilement leurs proies. 

J'aimerais pouvoir lui demander pourquoi il a voulu avoir des enfants un jour. Pourquoi, après m'avoir eue, il ne s'est pas arrêté. Non pas que je n'aime pas mes soeurs - elles sont ce que j'ai de plus cher à mes yeux. Mais pourquoi avoir persisté ?  Si ça n'est pas pour nous assumer ? 

J'estime que je n'aurais jamais de réponses à ces questions - l'esprit de mon père est bien trop pauvre pour que je veuille y faire irruption. Je m'imagine que ce qui l'a guidé, c'est son sempiternel égoïsme.  Comme un enfant gâté à qui on offre un chien, qu'il va abandonner lorsqu'il se rend compte que c'est plein de responsabilités. C'est, d'ailleurs, exactement ce qu'il a fait à ma chienne Shannen. C'est tout ce que nous sommes pour lui. 

Sa pauvreté d'esprit se reflète dans ce qu'il est. Il se dit artiste et sait peindre, mais ne sait pas communiquer les émotions - car il n'en a pas. Il se dit hippie et plein d'amour, mais toutes ses paroles sont violentes. Il se dit généreux & altruiste, mais il ne pense qu'à lui même. Je ne crois pas l'avoir déjà vu effectuer un seul geste qui ne soit pas bénéficiaire à lui-même. Et nous en avons eu marre de subir sa violence, en mots ou en actes. Alors nous l'avons fait partir. Et ça l'a dérangé. Mais au lieu de réfléchir aux raisons qui nous ont amenés à cette rupture familiale, il a décidé de se venger. Une vengeance qui a pris sept ans - sept longues années durant lesquelles son ombre se reflétait, soit beaucoup, soit minimalement, dans ma vie. Dans nos vies. 

Et je n'ai pas pleuré, parce que je me suis rendue compte que ça me dépasse. Dans le sens où, je crois que ça ne m'intéresse plus. Ca ne changera pas ma vie - je n'ai jamais eu de chance, jamais eu d'argent, cette décision de justice jusque là est normale, pour moi. Parce que je n'ai jamais compté ni sur la chance, ni sur l'argent, de toute façon. 

Là où je suis chanceuse, c'est que je ne regrette rien. Rien, rien rien. Si, des années plus tôt, j'aurais pu voir l'issue de ce conflit, si j'avais pu voir à quel point ça allait être compliqué, à quel point j'allais devenir parano, à quel point j'allais souffrir, à quel point j'allais être déçue... j'aurais tout de même recommencé. Pour en arriver exactement là, où je suis actuellement. Je n'aurais rien changé. L'amour que j'ai ressenti, l'introspection que j'ai faite, l'amour que j'ai donné à ma mère, à mes soeurs, ces moments de bonheur - même si ils étaient succincts -, ça vaut tout l'argent du monde. C'est la chance que j'ai. De recevoir autant d'amour, et d'en donner autant. 

Je sais que je passe mon temps à me plaindre, et à dire que la vie est noire, mais c'est justement parce que je la vois telle qu'elle est que ces moments de bonheur sont si chers à mes yeux. Et que je ne les lâcherais pour rien au monde. C'est ce qui fait que je suis toujours là aujourd'hui, et même si je titube, même si j'échoue, je suis toujours là, et j'avance. Et je n'y crois pas moi-même, mais je sais quelque part que je n'abandonnerai pas.

Alors que je crois que mon père regrette. On ne peut être aussi aigri si on ne regrette pas quelque chose. Et que ce jugement lui donnera peut être du baume au coeur pendant quelques temps. Mais, comme tout, l'effet retombera. Surtout chez lui, qui ne sait se satisfaire de rien. Et les regrets reviendront. 

Alors que pour moi, non. 

Je ne changerais d'avis quant à ma décision d'il y a huit ans. Je suis fière de m'être rebellée contre toi, papa. Je suis fière d'avoir soutenue ma mère durant ce divorce. Je suis fière d'avoir protégé mes soeurs la nuit. Je suis fière d'avoir appelé les flics contre toi. Je suis fière de m'être battue contre toi. Je suis fière d'avoir été là pour ma famille quand elle a eu besoin de moi. Je suis fière de ma famille & du combat qu'elles ont menées, elles aussi, de leur côté. Je suis fière de ma mère, qui malgré tout ce que tu lui a fait, sait encore donner de l'amour à profusion. Qui sait toujours faire des projets, qui a toujours de l'espoir, même si c'est minime. Je suis fière de ma soeur qui n'a jamais, jamais plié à ce que tu pouvais lui dire. Je suis fière de sa force, dont je devrais m'inspirer. Tu ne l'as jamais atteinte, et vu à quel point elle est forte, tu ne l'atteindras jamais. Je suis fière de ma dernière soeur, qui sait se faire respecter quand tu dépasses les bornes. Je suis fière de son courage de toujours vouloir te voir, d'avoir voulu te laisser une chance. Je suis fière de la voir si mature à un si jeune âge - même si cela implique forcément qu'elle a dû souffrir pour arriver à cette matûrité. Je suis fière de voir que nous quatre, nous sommes inséparables, et nous nous aimons d'un amour que tu ne ressentiras jamais. Je suis fière de voir que c'est la seule chose qui nous importe. 

& je suis fière de savoir enfin ce qui est important. Je ne vais pas mentir, je suis humaine, forcément que j'ai eu mal. Mais pas si mal que ça.

Et toi, de quoi es-tu fier ?

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jeudi 2 février 2017

Cat Got My tongue

blablabla, je me sens pas bien blablabla, j'aime pas ma vie blablabla, toujours la même rengaine que je peine à entendre. Mon dialogue intérieur qui ne s'arrête jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais. Je n'arrive pas à vivre avec. J'entends même pas le monde autour de moi tellement que mes pensées sont fortes. Je suis en perpetuelle négociation avec moi même, mais non ne fais pas ça, mais non ne pense pas ça, tu sais bien que c'est faux, etc, mais, le résultat reste le même. Je suis toujours incapable de faire quoi que ce soit, parce que j'ai envie de rien faire, parce que j'ai plus aucun plaisir dans la plupart des choses que je fais. Donc, je me trouve nulle. Donc, j'ai encore moins envie de faire des choses. Même quand je fais quelque chose, je m'autodétruis en deux minutes par la suite. J'ai réussi à avoir des bonnes notes alors que je ne vais pas en cours : je vois ça comme une affliction plutôt qu'une bonne chose. J'arrive à écrire quelques lignes pour mon mémoire alors que j'y ai pas touché depuis deux mois, je m'assassine mentalement pour être une grosse merde au lieu de me dire que c'est toujours mieux que rien. J'ai un copain merveilleux, et je  passe mon temps à être de mauvaise humeur. Je n'ai pas envie de mettre un pied dehors, parce que je ne supporte personne. Je voudrais être dans une grande cellule blindée & matelassée pour que je puisse crier, crier toute ma haine, me jeter contre les murs, j'ai envie de m'exorciser, d'exciser mon encéphale. J'ai une tête de gentil playmobil, mais intérieurement, intérieurement, j'ai envie de tout brûler, de tout détruire, de me détruire, car je ne me supporte plus. 

& pourtant j'essaye de changer. Je ne suis plus la même qu'il y a quelques années, mais je suis toujours aussi insatisfaite. J'ai trop d'habitudes négatives qui, je crois, ne partiront jamais. Je vois pas comment l'expliquer. Je sais que je pense d'une mauvaise manière, je sais prendre du recul avec mes pensées, mais mon sentiment reste le même. Je reste toujours insatiablement triste, et dénuée d'espoir. 

J'applique tout, n'importe quel conseil que je trouve. J'ai essayé de croire en dieu. J'ai essayé de méditer. J'ai essayé les psys -- je viens de me faire virer de ma propre psychothérapie. J'ai essayé les médicaments. J'ai essayé de parler, de m'exprimer. J'ai essayé l'auto-médication. J'ai essayé de faire des conneries. J'ai essayé le bénévolat. J'ai essayé de faire des études. J'ai essayé de faire de la musique. J'écris. J'ai essayé la scarification. J'ai essayé de collectionner les amants, puis j'ai essayé d'être en couple, j'ai essayé de trouver l'âme soeur, maintenant que j'y suis plus proche que jamais, je me rends compte que non, ça ne marche pas.

J'ai essayé de me comprendre, & je me comprends, mais je n'avance pas. J'ai juste encore plus de colère. J'ai essayé d'être nihiliste, j'ai essayé de couper les ponts avec mon père. J'ai essayé de voyager, vivre ailleurs. J'ai essayé le sport. J'ai essayé de dormir. J'ai essayé de ne pas dormir. J'ai essayé d'être optimiste. J'ai essayé de croire en moi. J'ai essayé d'avoir des amis, j'ai essayé d'être seule plutôt que mal accompagnée. J'ai essayé de m'accepter, telle que je suis, avec mes mauvais côtés - je sais que j'en ai des bons. 

Mais rien n'y fait. C'est comme si j'avais une notice de montage pour un meuble suédois super simple, et que je n'arrivais pas à en faire un meuble solide. Et que tout le monde autour de toi te répétait que c'est super simple, il suffit de faire ça, ceci, et ça. Mais toi tu restes bloqué, avec ton meuble qui reste en morceaux, pendant que tout le monde a plein de super meubles dans leur maison. 

Et toi tu restes bloqué. Tu réussis parfois à l'assembler en quelque chose que tu apprécies regarder, mais ça se casse la gueule un jour, deux semaines, trois mois plus tard. Et tu recommences. Parfois ça tient longtemps, mais le meuble est tellement moche, et tu te prends toujours le petit doigt dedans, et même si c'est fonctionnel, tu détruis ton meuble, parce que ça te fait chier de voir que t'es incapable de monter un PUTAIN DE MEUBLE.

Et puis tes amis voient à quel point ça te soûle de pas réussir à monter ton meuble, ils voient bien que c'est le bordel partout chez toi, et que ça va pas en s'arrangeant. Alors ils te donnent des conseils, comme de visser plus fort - mais toi, tu peux pas visser plus fort, parce que tu n'es pas comme eux. Certains rigolent de te voir galérer. D'autres veulent t'aider à venir monter tes meubles, mais une fois qu'ils passent le pas de ta porte, sont horrifiés par ce qu'ils voient. Et partent à jamais sans te dire un mot. D'autres voient dans ton chaos une opportunité te dérober des choses. Ils y a ceux qui veulent aider, mais qui se heurtent au même problème que toi. Et qui te répondent qu'ils ne savent pas quoi te dire. Et toi, de frustration de ne pas savoir monter un simple meuble, tu te mets à gueuler sur tout le monde, mais surtout toi. Tu vis avec, les autres construisent encore plus de meubles, et toi tu es toujours bloquée. Mais tu continues à vivre avec, et tu continues d'essayer -- tu continues de t'acharner, parce que c'est important pour toi, d'avoir un beau meuble. Au moins un. C'est tout. Partir en voyage n'y fait rien, parce que quand tu rentres, c'est toujours la même maison. Et tu le sais, que tu as fui. 

Y'a les amis qui en ont marre de ta négativité. Qui vont juste te dire que tu te prends trop la tête, qu'il faut que tu relaxes. Ils ont pas tort, mais c'est pas eux qui vivent dans un bordel innomable qui t'empêche de bouger dans ta vie. C'est pas eux qui se font mal à chaque fois qu'ils bougent dans leur maison. 

Et plus les années passent et moins tu y arrives. Moins tu y crois. Ca fait vingt ans que tu essayes de construire un meuble sans succès, alors que pour tout le reste des gens, ça coule de source. Eux aussi ont des problèmes à monter leurs meubles, mais ils parviennent à un résultat. Et toi non. 

Si c'était ça, mon problème, on me dirait juste que je suis pas douée pour le bricolage, et qu'il faudrait que j'abandonne mon idée de construire un meuble, ou alors que je paie quelqu'un pour le faire à ma place. Mais il est impossible d'abandonner sa vie (ou du moins, ça n'est pas une solution), et il m'est impossible de payer quelqu'un pour qu'il dirige ma vie à ma place, pour qu'il parle à ma place, pense à ma place, et agisse à ma place. 

 

Faudrait que je rase tout, et que je recommence tout. C'est ce que j'ai l'impression de faire en permanence, faire le ménage, mais mes pensées restent toujours aussi sales. 

 

yeeeesss

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samedi 10 décembre 2016

Cassius you're second best, second best, second best

Je procrastine.

 

Je passe mes journées à ne rien faire -- c'est, en ce moment, la seule chose qui ne m'irrite pas l'esprit. Je n'arrive à me lancer dans rien, définitivement pas dans ma vie, je veux simplement "faire ce que j'ai envie de faire", et parfois, ça implique buguer sur un aquarium pendant une heure à penser ce que les poissons peuvent passer leurs journées à faire. 

Je n'ai pas touché ma guitare depuis un mois et demie - elle refuse de me parler. Surtout, ça m'ennuie. Je ne sors rien de nouveau, je ne fais que jouer les mêmes mélodies en boucle, je n'arrive plus à m'envoler avec elle. 

Je n'écris plus sur mon blog de musique - parce que ça ne me fait pas vibrer comme avant. Même à l'écoute, j'ai l'impression que tout se ressemble, j'ai l'impression que mon coeur s'est fermé. Je n'arrive plus à me concentrer sur l'intégrité d'une chanson : elle est détachée, je l'écoute par à-coups, elle passe en fond sonore. La musique n'est plus elle-même, elle est, en ce moment, qu'une addition. Je déteste me sentir brimée, je déteste me sentir morte à l'intérieur, je déteste constater mon manque de réaction, je déteste remarquer que je ne réagis pas. Ou moins. 

Je n'arrive plus à écrire - j'écris les mêmes choses en boucle. J'écris que je suis dégoûtée, j'écris que je suis triste, bouhouhouh, pauvre petite personne occidentale du 21e siècle. Et quand je me relis, je veux tout balancer, parce que c'est moche, et parce que c'est triste (indice : je ne relirai pas cet article avant de le publier). Je me dis, à quoi bon, il n'existe pas d'histoire qui n'a pas déjà été contée, je n'ai rien de nouveau à apporter. Je n'ai aucun message à souligner. Je n'en vois pas le but, je n'en vois pas l'utilité, si ça n'est plus cathartique. 

J'arrive plus à rapper. C'est bête, mais je bugue une phrase sur deux. Même celles que je connais par coeur. Même celles que je débitais sans erreurs, maintenant ma pensée est moins claire, j'hésite, je suis imprécise. J'étais déjà pas très bonne à la base, maintenant, j'en ai peur d'ouvrir la bouche.

Je n'arrive plus à avoir envie de manger, autrement que par la sensation de la faim. Je ne rate jamais un petit-déjeuner, parce que c'est le meilleur moment de la journée, mais la suite, c'est plus du remplissage qu'un réel plaisir. Rien ne me tente, rien ne me fait envie, et surtout, l'aspect hédonique est réellement absent. 

Je n'arrive pas à me lever le matin. J'ai tellement pas envie de me lever. Je n'en vois pas l'intérêt, encore une fois. C'est bête, mais dès que je met le pied hors du lit, toute ma tranquillité s'effondre - c'est le principe même de vivre, je crois. Je pleure parfois, au réveil, parce que j'ai peur de la journée à venir. 

J'arrive pas à être satisfaite de mes études. J'ai l'impression de m'être trompée de voie, de ne pas être à ma place, c'est pas du tout ça, ce que je voulais.
Après je me demandais ce que je voulais, et je me souviens que j'ai jamais pu savoir. Même ça, je sais pas faire : choisir une idée & m'y tenir. 

Je ne suis pas satisfaite de mon travail, et là, par contre, je ne sais même pas pourquoi. C'est, pourtant, tout ce que j'aime. J'ai la chance de pouvoir exercer dans une équipe qui me correspond, dont la mission me correspond. Je suis au contact de personnes qui, déjà, m'apprécient, pour ce que je suis, pour ce que je fais. Je sais qu'on m'y attend, qu'on veut me voir. Je me sens utile, et j'ai toujours dit, si jamais tu es triste, fais quelque chose d'utile, tu te sentiras mieux. 
C'est dur de faire quelque chose d'utile quand on se retrouve bloqué à vouloir se frapper la tête contre un mur juste pour pouvoir arrêter de penser. C'est dur d'être utile quand on arrive même pas à lever la tête pour regarder les gens en face, et c'est dur d'être utile quand on arrive à peine à respirer. 

Je dors par contre, ça, beaucoup. Je pleure aussi, preuve que je ne suis pas entièrement morte, qu'il y a bien quelque chose, tout au fond, qui fonctionne encore, preuve que je me rend bien compte qu'il y a quelque chose qui cloche. 

Je dessine, aussi : des choses morbides, des dessins dégueulasses. Mais ça, ça me fait plaisir, j'admire les immondices que ma cervelle est capable de créer, et ça me rassure. Je me dis qu'au moins, ça je sais faire, être mélancolique, aimer les trucs gores; je me dis que j'appartiens au moins à un groupe, j'appartiens au moins à un sentiment. 

 

Je n'ai jamais eu autant envie de rien dans ma vie, en ayant tout. 

Je m'en veux, de ne pas réussir à saisir tout ce qui se trouve à ma portée. J'ai, pour une fois, de la chance dans ma vie, mais je suis incapable de savoir en profiter.

Alors je me demande pourquoi je faisais des choses avant, et la réponse, je crois, était pour me prouver que je n'étais pas une merde. 
Enfant, je voulais exceller dans le dessin, ou dans la musique, je me disais que comme ça, j'aurais des amis, ou, à défaut, des personnes qui m'envieraient. Qui me respecteraient, qui pourraient se dire "hey, cette personne là-bas, c'est pas une merde !".
J'ai couru dans tous les sens dans ma vie pour tenter d'être bonne en tout, plus je multiplie les domaines d'intérêt, plus j'aurais de chances que l'on m'apprécie. J'apprenais les chansons que les autres voulaient entendre, je dessinais pour les gens de ma classe, encore maintenant, j'aime bien quand on me demande de faire des croquis de tatouage, ou quand on me demande un dessin, aussi débile soit-il. Je me sens utile, encore. 
C'est de là que j'ai tiré le peu de fierté que j'ai pu ressentir dans ma vie, avant de me dire "de toute façon, ce que t'as fait, c'était nul", j'avais une demi-seconde de légèreté quand on me disait "merci", ou "tu sais bien jouer", ou "j'aime bien comment tu dessines".

 

Alors, je me demande ce qui a changé maintenant, et ce qui a changé maintenant, c'est que j'ai jamais été aussi déçue de moi-même. Pour plein de raisons, mais en ce moment, dans ma tête, je me shoote à l'arbalète quand je me vois passer. Ce qui a changé, c'est que je suis incapable d'être satisfaite de ce que je fais. Je n'ai plus huit ans, je n'ai plus seize ans, j'ai vingt-quatre ans, et je dois commencer à faire les choses pour moi-même.

Je dois commencer à m'auto-féliciter pour ne pas être une merde, parce que les adultes s'en foutent de savoir si tu sais chanter, faire du nasofûte, réciter Naheulbeuk par coeur ou dessiner des pénis plus-jolis-que-les-pénis-dessinés-par-les-autres. Je dois commencer à faire ma route pour ce que je suis, croire en mon potentiel, toussa, toussa.

Sauf que je n'ai jamais su comment faire, parce que je ne me suis jamais aimée. J'ai toujours attendu que quelqu'un d'autre le fasse à ma place. Mais c'est pas comme ça que ça marche. J'ai peur de ne jamais savoir comment faire, vraiment. J'ai l'impression qu'il me manque quelque chose de vital, et c'est de la fierté. J'ai pas cette case, chez moi. J'ai envie de me donner des baffes, plus que de me respecter, et c'est très clairement un problème.

J'ai, je crois, confiance en moi, par contre - je sais que je suis une bosseuse, que je peux connecter deux-trois neurones de temps en temps, je sais que je peux produire. Mais une fois que c'est fait, c'est tout : ça ne va pas plus loin. C'est le vide. J'ai confiance en moi comme on va faire pipi le matin : par habitude, par défaut, parce qu'avant, j'ai déjà fait, donc je suis supposée savoir refaire. Mécaniquement. Je n'attache pas de sentiments positifs sur ce que je fais. 
Que de la négativité, que les défauts, que des "peut mieux faire".

Alors pourquoi continuerais-je à faire des choses, si je n'en tire aucun plaisir ?

Je sais pas comment on fait pour être fier, et j'ai peur de ne jamais réussir.

yeeeesss

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mercredi 30 novembre 2016

How to disappear completely

Article initialement écrit le 2 Août 2016, j'essaye toujours de comprendre.


 

Le temps est pourri, je ne peux descendre de ma chambre actuellement sans imiter les kilos de pluie qui s'abattent sur La Haye. Je ne sais pas bien comment c'est arrivé, mais c'est, je crois, arrivé. J'ai de nouveau mes envies morbides qui me collent à la peau, j'ai de nouveau envie d'en finir avec ma vie, j'ai de nouveau la sensation que je me heurte à un plafond de ciment à chaque limite de ma vie, et comme une débile, je m'amuse à me jeter dessus en espérant que ça les éloigne un peu plus de moi.

Là, tout de suite, je veux m'enrouler dans une couverture et pleurer tout ce que j'ai dans mon corps (comme si ce que j'avais déjà pleuré n'était pas suffisant), j'en ai marre de tout, et plus que tout, je veux qu'on me foute une paix royale. 

Je me déteste comme à mon habitude, j'ai mes vieux flashs violents qui apparaissent toujours d'actualité (alors que j'étais persuadée les avoir laissés loin derrière moi), j'ai un niveau d'irritabilité qui bat des records, je me déteste encore plus pour être irritable et pour pas réussir à me combattre, je ne comprends pas pourquoi (et surtout comment) j'avais réussi à mettre mon ancien moi de côté pour si longtemps, et je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu le laisser revenir dans ma vie. Je m'en veux car je n'ai pas été vigilante, j'ai été naïve de me dire que tout ceci était fini, que ça se finirait aussi facilement, je m'en veux de ne pas avoir vu les signes (en regardant, il y en avait tellement), je m'en veux de ne pas avoir arrêté avant, je m'en veux de ne pas m'être arrêtée avant pour prendre soin de moi, car maintenant, le monstre est bel et bien là et m'attaque insidieusement sous plusieurs angles.

Seuls les dépressifs savent ce qu'est la dépression. Et encore.

Seuls ceux qui en ont réchappé peuvent savoir le bien que ça fait. D'enfin respirer et de ne pas perpétuellement se désigner comme coupable de tout ce qui arrive. Ca fait tellement de bien de pouvoir apprécier le monde à nouveau. De marcher et de se surprendre à sourire sans raison, d'avoir plein d'énergie pour faire des choses même stupides. Ca fait du bien de ne pas penser à l'après, et de se laisser couler -- d'avoir confiance en l'avenir, de se dire que ça y est, notre chemin va enfin quelque part. Le poids qui se soulève de nos épaules, parce que les nuages disparaissent petit à petit. Sortir de la dépression, même un court instant, c'est avoir été mort à l'intérieur, et sentir enfin le soleil réchauffer notre épiderme, c'est se réhabituer lentement à la sensation de chaleur, c'est la réévaluer sous toutes ses formes, c'est même apprécier la bourrasque de vent qui suit, même si elle gâche tout sur le moment, parce que vous comprenez enfin que tout va de pair, une douce chaleur peut devenir insupportable sous certaines conditions, et une bourrasque de vent non voulue peut être salutaire, sous certaines conditions. C'est apprécier le monde dans sa dualité, et dans sa richesse, c'est changer sa perspective et tenter de comprendre. 

Sortir de la dépression, c'est reprendre le contrôle. C'est se donner la force de pouvoir changer ce qui nous dérange dans nos vies, c'est avoir la sagesse de savoir accepter ce qu'on ne peut changer, et d'avancer avec les cartes qui nous sont données. Ne plus être dépressif, c'est arrêter de se demander pourquoi, c'est avancer vers les comment : comment puis-je m'en sortir, comment je peux me sentir mieux, là, tout de suite. C'est tellement libérateur de sortir des pourquoi, parce qu'on ne se pose plus comme victime, mais en tant qu'acteur de ce que l'on vit, on se permet de se donner quelques clés, quelques challenges, en souriant, parce que pour une fois, on sera toujours là après un échec, on aura la force qu'il faut pour se relever, on ne se détestera pas autant qu'avant. Donc on tente, et, petit à petit, on avance, on fait des choses dont on ne se saurait jamais soupçonnées (j'allais à la SALLE DE SPORT POUR SOULEVER DE LA FONTE nom de dieu), on se redécouvre sous un nouveau jour, non pas meilleur, car ça serait restrictif, mais un jour plus clément, ou avec plus de compassion dedans. Sortir d'une dépression, c'est être confiant dans l'avenir, non pas parce que c'est le monde des bisounours, mais parce qu'on a, de nouveau, notre pouvoir en tant qu'humain. On sait qu'on trouvera une solution ou une autre, de toute façon, qui marchera ou qui ne marchera. On sait que c'est temporaire, et qu'on continuera d'avancer. 

Ce que j'appréciais le plus, en dehors de la dépression, c'est que je me laissais vivre. J'ai toujours été effrayée des autres, du monde, des gens qui m'entourent, même mes amis, j'ai toujours été persuadée que les amitiés se font & se défont et ne sont jamais honnêtes à cent pour cent, j'ai toujours été persuadée que les personnes qui marchent avec toi, profitent en fait, de toi, d'une manière ou d'une autre. En sortant de la dépression, je me suis rendue compte qu'en fait, dans toute ma vie, je n'avais jamais fait vraiment confiance à quelqu'un. Parce qu'à chaque fois, dans chaque relation, je me suis toujours imaginé le moment où cette personne viendrait vers moi pour me sortir tous mes défauts dans ma face et pour me détruire.

Toujours. Toutes mes relations. Il n'y a pas une seule personne que je ne me suis pas imaginée me détestant sur cette terre. Je ne me suis jamais dit que je garderais mes amis pour toujours. Je ne vivais pas non plus dans un état de constante peur, si je m'entendais bien avec mes amis, je ne les emmerdais pas outre mesure, je restais avec eux, et je savais très bien que cette partie existante dans ma tête n'était qu'imagination. 

Mais ça n'empêche, qu'à chaque début de relation, j'en ai toujours imaginé la fin, et, je me suis toujours imaginé la meilleure fin possible. Celle qui serait la plus plausible. J'imagine les gens m'abandonner quotidiennement. J'imagine leurs pensées négatives sur moi, sans leur avis. Je me mets dans leur tête, et je me vois à travers leurs yeux, enfin, j'essaye, car je me diminue systématiquement. Et puis, ça m'a toujours rassurée : si je savais comment une relation avait de chances de se terminer, au moins j'étais préparée. Je pourrais en reconnaître les signes, je pourrais m'en sortir, et je ne tomberais pas de haut. C'était dans une logique de protection. 

En sortant de ma dépression, je me suis dit que pour une fois, les gens pourraient peut-être m'apprécier pour ce que je suis, au lieu de me détester pour ce que je suis. Ca a été, je pense, mon changement majeur, la chose qui me permettait de respirer le plus. J'arrivais plus ou moins à m'en foutre de ce pouvait penser l'autre (bien sûr, c'est faux, étant extrêmement anxieuse j'y pensais toujours quelque part, mais je laissais cette partie là n'être qu'imagination et ne pas influer sur ma position actuelle). En d'autres termes, ça n'empêchait pas mon cerveau de courir dans tous les sens pour trouver des preuves que cette personne me laisserait tomber comme toutes les autres, mais je m'en battais l'utérus avec des feuilles de palmier balinais.  Je me laissais une chance. Je me disais que j'étais pas si mauvaise que ça. Que j'y arriverais, un jour, à être quelqu'un avec un cercle normal autour de moi, que j'y arriverais, avoir un cercle d'amis en qui j'ai confiance, à qui je pourrais tout simplement dire "hey, ça ne va pas, j'aurais besoin qu'on me remonte le moral", sans se sentir faible, vulnérable, et en demande. Je me suis dit que j'allais y arriver, et j'y ai vraiment cru. 

Vous savez ce que je me suis dit également en sortant de ma dépression ? Que j'allais enfin pouvoir croire à ma vie parfaite. Vous savez, je me considère comme cassée, donc incapable de vivre une vie normale. Je me sens incapable d'avoir une carrière parce que je n'écoute personne et parce que je n'aime rien suffisamment pour me retenir longtemps dans un domaine en particulier, je me sens incapable de partager ma vie avec une même personne pour vingt ans car je ne crois tout simplement pas que ça soit possible pour moi, personne ne m'aimera aussi longtemps, et je me sens incapable de réussir ma vie selon les standards normaux donnés par à peu près tout le monde (avoir de l'argent, une carrière, une maison, un couple, des gosses attenant et pourquoi pas deux petits bassets), parce que ça ne m'a jamais intéressée. 
En sortant de ma dépression, je vous jure, je me suis dit qu'au fond, pourquoi pas. Pourquoi je voulais me limiter, alors que la vie est si longue, et pleine d'imprévus, pourquoi m'enfermer dans une future version de moi-même que je ne connais pas ? Pourquoi, alors que je suis si imaginative et prompte à imaginer des scénarios improbables, je ne pouvais pas croire en un scénario pourtant plausible ? Je me suis réellement rendue compte qu'il y avait un problème quelque part, dès le moment où je prenais l'option la plus ordinaire pour un futur extraordinaire. 

Et quand on sort de la dépression, on se rend compte à quel point notre cerveau peut être retourné. A quel point on peut changer. On se rend compte du pouvoir que l'on a, j'ai eu le pouvoir de ne pas avoir de crises de panique pendant un an et demie (peut être même plus). J'ai eu la chance de voir un monde entièrement différent, de me sentir entièrement différente, alors que j'avais pourtant les mêmes cartes en main. J'ai eu ce moment de soulagement, quand j'ai compris que non, le monde n'est pas forcément fixé dans l'image que tu t'en fais.
Ca a été ma plus grosse claque.

Parce que j'avais réussi à changer ma vision des choses, j'avais réussi, croyez-le ou non, à avoir de l'espoir. Du vrai espoir. Je n'en avais probablement jamais vraiment ressenti avant. Comment ai-je pu passer une vingtaine d'années à côté d'un sentiment aussi magnifique ?  

Comment ai-je pu croire pendant aussi longtemps qu'avoir de l'espoir, c'était nul et voué à l'échec ? Comment ai-je pu m'enfermer ainsi dans une vision des choses si étroites ?

Vous savez quelle est la chanson des Doors qui m'a toujours marquée (il y en a plusieurs, parce que ce groupe fait partie de ma vie au plus profond de mon être) ? C'est "Unhappy Girl". Les paroles ont toujours résonné dans mon esprit, et ce dès mon adolescence. Je l'ai toujours su, quelque part, que je me construisais ma propre prison, et ça m'avait apporté tellement de réconfort à l'époque de savoir que quelqu'un, même lointain, savait ce que c'était. C'est bête, mais ça me mettait un peu de baume au coeur, de me savoir comprise, même par quelqu'un qui était déjà mort. Et au moins les morts ne vous déçoivent plus, donc quelque part, Jim était un ami en or pour moi.  

J'avais réussi à mettre tout ça de côté. J'avais réussi à sortir de ma propre prison. J'étais putain d'heureuse, et j'ai été heureuse, de mes vingt & un an à mes vingt-quatre ans. 

Car là, il faut que je sois réaliste : je ne le suis plus. 
Et je ne suis pas très sûre de comment je suis retombée aussi bas. Ma dépression m'attaque, et je le sens. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais je la ressens revenir. Je ressens mon cerveau qui tente de me faire retomber dans mes démons. 

C'est tellement frustrant, et quelque part effrayant, de voir qu'il y a une partie de moi, qui souhaite en effet me faire retourner "là-bas". C'est lent, comme processus, mais je la sens revenir, ma dépression, je la sens m'attraper par la cheville, et je la sens me tirer petit à petit dans ses affres. C'est au détour d'une pensée, au détour d'un flash mental, qu'elle refait son apparition. 

J'avais pour habitude, pendant vingt ans, d'évoluer dans le monde en me répétant "et de toute façon, au pire, tu meurs", parce que c'était vrai, la pire des choses qui aurait pu m'arriver durant ces années, ça aurait été de me décevoir à mort et d'en finir avec ma vie. Ce qui résultait par m'imaginer mourir plusieurs fois par jour, de différentes manières, et avant d'aller me coucher, j'avais toujours cette habitude mentale de m'imaginer avec ma cervelle qui exploserait. Je m'imaginais les différents motifs que pourraient prendre ma cervelle sur le mur, si jamais j'arrivais à appuyer sur plus d'une gâchette à la fois -- par exemple, je m'imaginais la forme de mon crâne si jamais quatre pistolets rentraient par mon crâne simultanément seulement par la partie supérieure de ma tête. C'était tellement ancré comme habitude, je m'imaginais pendant cinq bonnes minutes chaque nuit avant de me rendre compte que c'était vraiment malsain.

J'avais réussi à ne plus avoir ces images. J'avais réussi, petit à petit, à modifier cette putain d'habitude qui me rongeait pendant mes nuits. J'avais réussi à me lancer dans des projets que j'aurais qualifié "perdus d'avance".  Et là, je me retrouve à m'imaginer mourir en pleine journée. Et je ne m'en rends même pas compte tout de suite. 

J'ai commencé à douter des gens, également. A douter à nouveau, à vrai dire. J'ai recommencé à me dire que tous ceux qui m'aiment veulent quelque chose en retour. Ca a commencé par les gens les plus éloignés, puis les gens de mon boulot, puis mes amis proches. Là, je regarde où j'en suis dans mes relations, j'ai plus confiance en personne, et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je crois que je n'ai plus d'énergie pour faire confiance. Je suis revenue dans ma vieille paranoïa adolescente, si les gens veulent me parler, c'est parce qu'ils veulent que je les aide, parce qu'ils ont besoin de se confier, parce que j'ai toujours écouté tout le monde et conseillé tout le monde en retour. Si les mecs viennent me parler, c'est parce qu'ils ont un quelconque espoir de sortir avec moi, mais ça sera jamais honnête. Alors que ça doit être faux, quelque part. Ca ne peut pas être toujours vrai, je le sais bien, il doit bien y avoir des gens qui veulent innocemment mon bonheur, mais, je n'arrive pas à le voir. Je n'arrive plus à le voir. Je laisse la main à mon démon intérieur qui s'arrange pour bien détruire chaque relation sociale que j'aurais l'audace de vouloir construire. 

Et j'ai perdu espoir dans la vie, tout simplement. C'est con, pour une fois que j'ai des projets, et de bonnes idées. Je me dis juste à quoi bon. Je me rends compte que l'argent est un frein, et je suis incapable de bosser plus de six mois dans le même poste. On me reproche les mêmes choses partout où je vais, en entretien. Et, plus j'y pense, plus j'ai envie de bosser pour personne. 

Je hais l'argent. L'argent est la chose qui me rend le plus malade. C'est une peur tellement ancrée : de ne pas en avoir, de me retrouver sans logement (ironique sachant que j'ai été mise à la porte y'a à peine un mois et demie hahaha), de retomber dans des logements de merde, plein de cafards, avec des voisins psychopathes. Plus je pense à l'argent dont j'aurais besoin pour accomplir mes rêves, plus je me bloque. 

Et j'ai l'impression tenace de ne pas être adaptée à ce monde. Je m'en bats les couilles, d'avoir du succès, d'avoir du pouvoir, ou des milliards de tunes. Je veux juste ne plus stresser. J'en ai marre du stress que cette vie m'impose, et ça me dégoûte de voir à quel point tout le monde semble trouver ça normal de vendre sa vie à des connards en costard qui te connaissent à peine et dont l'appréciation se jauge seulement au niveau monétaire. 

Qu'ils courent tous à leur perte en courant après leurs billets verts. J'irais pas faire un coup de pute pour trois centimes, j'ai, je crois, trop de conscience pour ça. 

Je suis donc aigrie. Et en colère. Un gamin m'a chopé le cul tout à l'heure dans la rue, après l'avoir incendié et maudit sur quatorze générations - le pauvre petit est parti en courant tellement que je l'ai effrayé. J'ai rien trouvé de mieux à faire que de le traquer dans le quartier pendant une demi heure d'un oeil mauvais. Je voulais le voir, je voulais qu'il me dise où il habite, histoire que j'aille engueuler ses parents, ou les autres gamins qui lui avaient lancé ce pari. 

Et je me suis observée du haut de mes trois pommes, et je me suis trouvée tellement, tellement, ridicule. Je me sentais donc agressée à ce point par un pauvre gamin de quatorze ans. C'est pas ma colère que je remets en cause, c'est ma réaction, complètement disproportionnée, et surtout, la réalisation que je voulais le corriger & le frapper. 

Cette violence en moi, qui ne m'a jamais quitté un seul instant, est revenue. Je veux dire par là que je l'avais enfouie, et j'avais espéré qu'elle parte loin, mais elle est toujours là. 

C'est cette même violence que je ressens dès que quelqu'un veut & tente de m'approcher physiquement quand je ne m'y attends pas -- n'essaye même pas de poser ta main sur moi si tu n'y es pas invité. 

C'est la violence avec laquelle j'ai voulu frapper la dernière personne qui m'a attrapée par l'épaule - mon propriétaire qui me faisait une leçon comme si j'étais une gamine de sept ans, et qui se permet de me prendre violemment par l'épaule pour me faire bouger de son chemin. Volte-face immédiate et je l'ai prévenu de ne même pas essayer de me toucher (petit fait marrant, il m'a répondu la même chose, "don't touch me either", et c'était cool parce qu'au moins on était d'accord sur ça). 

C'est la violence avec laquelle j'ai réagi la dernière fois qu'un gars a voulu me coincer dans la rue - et dans ce contexte là, c'est cette violence qui m'a sauvée.

C'est la violence à laquelle je suis obligée de recourir quand les gars lourds en soirée ne comprennent pas que non, je ne rigole absolument pas quand je te demande d'enlever ta main de ma cuisse/épaule/hanche, avant de m'énerver. 
C'est cette violence qui m'a fait écraser ma pinte de bière sur le front d'un connard au Scarabée. 
C'est cette violence avec laquelle j'ai tenté de donner fin à ma vie, plusieurs fois. 
C'est avec cette violence que je me suis retournée contre mon père quand il trouvait ça marrant de me pousser pour me provoquer. 

Et j'ai réalisé que cette violence vient de lui. Vous savez ce que je viens de réaliser ? Ce que je viens de voir, comme image ?
Je me suis revue, des années en arrière, être frappée par mon père quand ma mère n'était pas là. J'ai des souvenirs qui sont remontés, qui font assez mal, où je me vois, à quatre pattes, recevoir une raclée monumentale, et pleurer, et je revois tout en face de moi flou, flou flou flou, flou comme quand mes yeux étaient plein de larmes. 

 

Et, je me déteste plus que jamais. 

Parce que si je suis sortie de ma dépression, une fois, c'est que je le souhaitais. Rien a changé depuis ma première dépression. Mon passé reste le même passé. Je suis toujours la même personne. J'ai même avancé depuis. Je suis plus forte, j'avance mieux, en tout cas, c'est ce que je souhaite.

Alors pourquoi suis-je encore aussi faible. Pourquoi en suis-je toujours au même point, à me maudire, à me détester, pourquoi je pleure toujours sans raison alors que le danger est loin derrière moi ? Pourquoi je rechute, alors que j'ai tellement accompli, et, pour une fois, je peux dire que je suis au moins un peu fière de moi ? 

Pourquoi ma dépression revient ?

Pourquoi je ne suis pas assez forte pour terrasser mes démons, alors que je les vois arriver, petit à petit ?

Pourquoi je les laisse prendre contrôle de ma conscience, pourquoi je les laisse m'influencer ?

Et, est ce qu'un jour ça s'arrêtera ?

Est-ce qu'un jour ça s'arrêtera pour de bon, cette petite voix de merde que j'ignore de tout mon être, qui me crie à quel point je suis juste une grosse merde incapable de faire quoi que ce soit de bien dans sa vie ? Est ce qu'un jour, j'arriverais à battre mon moi le plus dégueulasse, celui qui ne cherche que la destruction ? 

Est ce qu'un jour, je pourrais être en paix, et ne pas regarder sans arrêt par dessus mon épaule pour être sûre de ne pas être suivie par des pensées malveillantes ?

Est-ce qu'un jour, j'arriverais à me faire confiance, à me dire que je suis pas si mauvaise que ça en tant qu'humaine, je suis même plutôt quelqu'un de bien ?

Quand est ce que j'arriverais à croire que je suis quelqu'un de bien ? A partir de quand je vais arrêter de me détester sans relâche ? 
Est ce qu'un jour je vais arrêter de m'imaginer me suicider ? 

Est ce que j'arriverais à terrasser mon passé ? Ou est ce que mon passé va m'engloutir toute crue ?

 

Je me débats. Je me débats tellement, je vous jure. J'ai envie de tout casser au fond de moi, j'ai tellement de colère, je suis tellement brisée, je crois que je n'ai même plus rien à perdre, mais JE SAIS QUE CE N'EST PAS LE BON CHEMIN. 

Et JE NE VEUX PAS PRENDRE CE CHEMIN. De tout mon coeur, je refuse. La dernière chose que je veux être, c'est finir comme mon père. 

Et je me déteste tellement parce que mon chemin contient des éléments familiers que j'aurais espéré ne pas croiser. Je pensais ne plus jamais revoir ces sentiers.

Alors je ne les prends pas. Aujourd'hui, j'ai fait de la corde à sauter pendant une heure, sous la pluie, histoire de faire passer cette envie de violence. 
Aujourd'hui, je me suis contrôlée. J'ai été forte parce que j'ai pas cédé.

Ce qui m'effraie, c'est que ces sentiers soient toujours dans mon champ de vision. C'est qu'ils soient toujours accessibles.

Et je m'en veux de les laisser accessibles. 

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mardi 18 octobre 2016

If I could sleep forever, I could forget about anything

Coucou, insomnie, seule vraie maîtresse de mes nuits. C'est fou comme on passe nos nuits ensemble, toi & moi. Assez souvent, je dirais, en tout cas, régulièrement, régulièrement assez pour te qualifier d'élément central de ma vie, que je le souhaite, ou non. On a eu beaucoup de nuits pas cools, toi & moi, souvent je t'évite, mais quelque part, tu arrives toujours à me retrouver. 

Ca a commencé il y a longtemps, très longtemps, quand j'étais encore marmot, je me souviens, j'aimais beaucoup les étoiles. J'aimais beaucoup les regarder, parce que ça me faisait un peu rêver -- alors que la nuit, non. J'étais une petite gosse rebellement passive agressive, j'allais me coucher MAIS je garantis rien sur le sommeil. Je me rappelle de longues histoires que je créais la nuit, allongée, à fixer le plafond. Ca m'amusait, j'étais au calme, personne pour m'embêter, pour me dire d'arrêter d'imaginer que je trouverais mon prince charmant, personne pour se moquer de mes espoirs bien trop hauts, personne pour se moquer de mon côté idéaliste qui rêvait de pouvoir parler aux animaux - à cinq ans, j'avais peut-être déjà compris combien j'allais préférer nos amis poilus à nos amis humains (moi je suis humaine & poilue, je devrais être double pote avec moi-même, mais dans la pratique faut croire que non). Je me rappelle même, j'avais un oreiller Simba (que dis-je, j'avais un combo peluche + draps + oreiller Simba), et vu que ses gros yeux étaient proches des miens, je lui racontais pas mal de choses. 

Mieux valait ça que mes amis imaginaires, j'imagine. 

Il y a toujours un peu de romance dans les débuts, et ça a été notre cas, ma chère insomnie. Plus tard, j'évitais le sommeil en lisant, je n'avais plus à me raconter moi-même mes histoires, elles étaient inscrites noir sur blanc, et je n'avais qu'à tourner des pages. C'est là où, je crois, je t'ai le plus aimée, insomnie. Je m'évadais tellement loin, grecs, hobbits, club des cinq, clan des sept, Agatha Christie & ses meurtres au bromure, tu me permettais de remplir ce grand vide que je ressentais dans ma journée à peu près inintéressante. A ce moment-là, insomnie, je dirais même que tu m'as aidée. J'étais pas très acceptée dans ma classe, ni même dans l'école, ça m'arrivait de vomir parfois dans les toilettes, parfois derrière des arbres parce que je ne sentais pas la montée de stress, une fois un gamin m'avait envoyé un ballon si fort dans la bouche que j'en ai saigné pendant dix minutes et j'étais persuadée que ma langue avait été coupée, tu vois, j'étais un peu cette gamine pathétique, et j'avais besoin de lire Fantômette le soir pour me dire qu'au final, je pouvais avoir aussi une double-vie. Combien de fois j'ai voulu partir à minuit, pour explorer la ville, en attendant de croiser des méchants que j'aurais niqué à coup de spray au poivre.  Moi aussi, je pouvais zoner dans les parcs et prévenir les policiers quand quelque chose d'horrible se produisait : j'avais peut être rien d'autre de mieux à faire de mes nuits, excepté de remplir ma tête de fantasmes permettant de croire à une version meilleure de moi-même. J'en ai lu, des bouquins, grâce à toi, insomnie. Ca m'a forgée, je crois. Je suis accro aux mondes imaginaires, à la belle écriture, à l'expression osée, j'aime les phrases alambiquées autant que les punchlines bien sorties, je peux passer de Baudelaire à Orelsan et toujours kiffer autant la langue française. Lampe torche à la main, j'ai nourri mes nuits de lettres, sans arrêt. On m'a offert un dictionnaire à Noël pour mes douze ans, et j'étais trop contente, c'est pour vous dire le level. J'avais commencé à le lire. 

 

Après, toi & moi, on a eu la désillusion, petite insomnie. J'ai eu des crises de paralysie du sommeil qui m'ont effrayée à tout jamais, à treize ans. Et j'ai commencé à sortir aussi, à voir qu'au final, je pouvais être aimée d'un certain groupe de potes. Et j'aimais ça. J'aimais me sentir entourée, dans "une bande", je faisais enfin quelque chose de normal. J'ai eu mes premiers petits copains. J'ai commencé à dormir chez les autres, pour me rendre compte que je ne dormais jamais très bien. Je me disais que je préférais mon lit, ou quelque chose dans le genre. 

Et puis, tu sais, c'était pas possible de sortir tous les soirs, à cette époque, j'étais encore au collège, je séchais pas encore les cours, j'étais encore sérieuse. Alors je traînais le soir tard sur internet, je jouais à des jeux en ligne (non, ne pensez pas CoD, pensez plutôt Marbleous), je chattais avec des gens, j'étais sur des forums de sujets qui m'intéressaient, parce que je me sentais encore une fois entourée. J'étais devenue un peu plus matûre socialement, en tout cas, je m'entendais bien avec beaucoup de gens, chose à laquelle j'étais loin d'être habituée. Je lisais toujours, mais ce qu'on m'écrivait en live. L'époque de MSN n'a pas arrangé les choses... Je préférais me sentir entourée de lettres vivantes plutôt que de lettres écrites par des gens parfois déjà morts depuis un bout de temps. 

La vérité, c'est que je me posais déjà beaucoup de questions, sur tout, la petite gamine qui se faisait rejeter à la récré n'était pas vraiment partie, et c'était devenu une drogue, de me sentir acceptée, de me sentir aimée. Mais je me voilais la face, je me disais juste, comme l'ado que j'étais, que j'étais rebelle & geek, et puis j'assurais à l'école, j'avais bien compris que c'était le plus important, ça m'a évité quelques questions. Ma mère n'a jamais su que je m'endormais en cours de maths à quatorze heures, et c'était très bien comme ça. 
Mais la vérité, c'est que je me mentais un peu à moi-même. J'étais effrayée, parce que je faisais des cauchemars pas cool. Parfois des paralysies amoindries (essayez de rêver que vous êtes coincée dans une prison triangulaire faisant pile poil le tour de votre corps assis en tailleur, de ne pouvoir rien voir, ni entendre, et de ne pouvoir bouger, pendant des heures, jusqu'à l'asphyxie), parfois des cauchemars violents, parfois des cauchemars juste un peu chelous, mais juste assez pour te faire gamberger. Assez pour ne pas avoir envie de se recoucher. A quoi ça sert, le sommeil, à part des sueurs froides & être seul dans un lit une place ? 

A ce moment, insomnie, on avait encore de beaux jours devant nous. Tu m'as tenue compagnie jusqu'au lycée, fidèle, au moins deux-trois fois par semaine, je tournais une heure dans mon lit avant de m'endormir dans les meilleurs cas, parfois plus, mais aussi parfois moins. Tu étais encore une compagnonne intermittente, même si je ressentais un peu ton ombre quelque part sur moi. 

Puis, est arrivé le lycée, les emmerdes, le moment où j'ai vraiment vrillé, où je me détestais plus que jamais, où j'ai voulu m'enterrer six pieds sous terre tellement de fois. Et c'est là, insomnie, que j'ai vu ton vrai visage. Que j'ai vu que je me faisais souffrir en boucle dans mon lit, à ressasser des pensées morbides, qui me faisaient souffrir. J'ai vu que tu n'avais ni logique, ni pitié, tu m'emportais bien souvent. Et puis il y a eu les moments qui ont aggravé, les moments que tu connais bien, les moments qui t'ont fixée en moi. Les moments où je ne me sentais plus en sécurité dans ma propre chambre. Les moments où mon lit n'était définitivement plus synonyme de repos, mais bien d'ennuis à venir, je n'osais plus m'endormir parce que je savais que j'allais être reveillée, et qu'il fallait que j'assure au moment d'être éveillée. Aucune envie de dormir quand tu sais que tu seras réveillée par des cris quelques heures plus tard, & que ces cris te sont destinés. J'avais donc peur dans ma propre maison, insomnie, et là, tu as été avec moi tout le long. D'un côté, insomnie, tu m'as aidée, en restant éveillée, je pouvais anticiper le moment où mon père allait entrer comme une trombe à trois du mat', je pouvais me préparer mentalement, grâce à ton sommeil léger, que tu m'as offert avec les années, je me réveillais dès que j'entendais un trousseau dans la porte. Quand j'entendais la grosse porte du bas claquer. Même, parfois avant, quand j'entendais la porte du portail extérieur s'ouvrir. Mes yeux s'ouvraient également. J'attendais que l'orage passe, et tu restais avec moi. Et puis, épuisée, je m'endormais.

Et j'ai arrêté de me lever les matins. J'étais épuisée, triste, colère. 

Et c'est là que tu as été problématique, insomnie. Parce que là, j'avais besoin de dormir. J'avais besoin de dormir des années pour récupérer, pour rêver, pour me dire que j'y arrivais encore. Mais tu m'empêchais. Parce que je me réveillais toutes les deux heures, parce qu'un cauchemar me réveillait, parce que je pensais avoir entendu quelqu'un marcher, alors qu'en fait, c'était que le chat. 

Alors j'ai voulu commencer à prendre mes distances, insomnie, parce que même si on a eu de beaux moments, que je ne regrette pas, il fallait que j'évolue, que je sache comment dormir, parce que je suis fatiguée, insomnie, je suis fatiguée. J'étais un peu lâche à l'époque, alors j'avais décidé de te contourner, en fumant, je m'endormais comme une masse, et tu n'avais plus ton mot à dire. Fini, tourner dans son lit pendant des heures. Fini, ces moments où des impatiences dans les jambes me guettaient, où j'avais envie de courir un marathon. Fi-ni. Je fumais & je ne cauchemardais plus.  Ca aussi, quel soulagement. Ne plus faire de cauchemars. Ne plus faire de paralysies du sommeil. J'ai remplacé les livres par la musique, puis par les séries. 

Le truc, c'est que je te l'avais pas dit en face, insomnie, que toi & moi c'était fini. J'ai préféré la fuite artificielle, tu sais, j'avais pas beaucoup d'énergie à cette époque, j'étais proprement épuisée, je n'avais aucune envie de te faire face. 

Et puis, depuis, c'est toujours le même rituel, je fume, je dors mal, mais je me réveille, et j'affronte ma journée, parce qu'il faut bien que je gagne ma croûte. J'ai raté beaucoup de cours commençant à huit heures, j'ai toujours bossé en restauration parce que j'aimais bien les horaires décalés, quitte à pas dormir, autant gagner des tunes. Ca me dérangeait pas de rentrer à minuit, de me taper un petit jogging, et de zoner jusqu'à quatre heures, jusqu'à ce que je sois assomée. 

Mais j'ai eu des gros soucis de sommeil, l'année dernière, un peu une sonnette d'alarme, et j'avais décidé de m'occuper de toi. Je travaillais beaucoup, je dormais mal, j'étais en plus stressée, j'ai commencé à avoir des mini-hallucinations par manque de sommeil, comme les cyclistes du tour de Six Jours qui dorment jamais, comme mon médecin l'a dit. Je voulais tellement dormir. Je voulais tellement dormir que je crois que j'aurais sauté à la gorge de la première personne qui m'aurait réveillé. J'ai commencé à faire du sport, parce qu'on m'a toujours dit que le sport, ça aide à dormir. Mais peut-être es-tu plus forte que ça, parce que je n'ai pas vu d'amélioration de mon sommeil, plus une amélioration d'humeur. Ce qui est déjà cool, en soi, mais pas l'effet recherché. 

J'ai essayé la méditation, mais j'y arrive pas. J'ai essayé de lire, mais en fait, j'arrête jamais mon chapitre, alors je me couche super tard. 

Et depuis un an, j'essaye de te prendre à la cool. De faire une rupture clean, et nette. J'essaye de dormir avec mon chat, quand il est là je bouge moins, j'ai peur de pourrir son sommeil. Et puis je peux le caresser, et ça me calme, et je dors au bout d'un moment. J'ai arrêté les siestes. J'ai bossé en service client en commençant à sept heures du mat', si je dormais mal, je m'en battais les ovaires, je me levais, et j'allais bosser. Au début. 

Avant de recraquer. 

Mais là, ça allait mieux.

Ca allait tellement mieux, que ce soir, quand j'ai pas réussi à m'endormir les premières demi-heures (j'ai une notion du temps plutôt acérée vu toutes les heures que j'ai passé à fixer l'horloge le soir), je me suis dit que ça allait passer. Je suis malade, je suis crevée, j'ai fait plein de trucs toute la journée, la nuit précédente, j'ai dormi huit heures et demie, pas non plus trop pour être surexcitée. J'ai pensé à des trucs cools, comme la paix dans le monde. J'ai fait de la méditation, je me suis réfugiée dans mes mondes imaginaires (parfois je m'imagine dans des lieux qui n'existent pas et je les explore et ça me calme), j'ai repensé à la paix dans le monde. J'étais bien, j'étais heureuse. Je le suis toujours. J'ai pensé à l'amour, j'étais toujours bien, dans ma petite bulle, je me suis dit que ça allait forcément arriver, que j'allais galérer une heure, deux heures, mais que ça allait venir, éventuellement. J'avais même pas beaucoup fumé (j'essaye de réduire, voulant pouvoir dormir normalement), j'ai résisté, pendant deux heures, à juste fumer un joint et m'endormir enfin (parce que cette technique a toujours marché), j'ai repensé à l'amour, aux gens que j'aime, à ce que je voudrais devenir, des trucs, somme toute, super positifs.

Et tu n'es pas partie.
Et dans ces cas-là, je ne sais pas quoi faire. Il faut que tu me dises pourquoi tu es toujours là, insomnie. Je dors dans un endroit sûr, je ne fais plus de crises de paralysie du sommeil, mes cauchemars sont beaucoup moins violents. J'ai mes mondes imaginaires dans ma tête, plus besoin de lire, je peux me projeter dans des lieux de ouf et me créer une histoire moi-même vu mon imagination. Je me sens entourée, je me sens bien. Je ne pense définitivement plus à des choses pas cool le soir. Je pense à des choses positives. Je fais barrage actif au stress, depuis déjà des années (technique du "ça sert à rien de stresser maintenant vu que tu ne réfléchiras pas correctement de toute façon"). Je suis MALADE et FATIGUEE. 

Alors pourquoi tu restes ? 

Pourquoi t'es toujours là ? 

Pourquoi je suis incapable d'éteindre mon cerveau deux minutes ? 

Il est quatre heures du matin, demain je me lève tôt, faut que je révise mes stats, que je trouve un taff (LOL), que j'affine ma problématique pour mon master parce que j'ai rien foutu les jours d'avant (trop occupée à voir des AMIS, j'ai passé une semaine complète entourée, du presque jamais vu chez moi), et puis après y'a l'anniversaire à un pote, alors tu vois, demain, je vais me réveiller d'humeur inégale, je vais avaler mon petit-dej avec joie (j'ai toujours de la joie pour le petit-déjeuner), je vais tourner au double ralenti vu qu'en plus, je suis malade, je vais devoir expliquer à tout le monde pourquoi j'ai une gueule de merde, pourquoi je suis irritable, je vais devoir expliquer que je vais boire qu'une bière parce que vu ma fatigue si j'en bois deux je me mets à chanter du Patrick Sébastien sur Ukulélé avec en prime un spectacle de hip hop claquettes, que je veux RENTRER, TÔT, parce qu'il faudra encore que je retente de dormir.

 

Mais tu sais quoi, j'accepte, insomnie, chiche. Tu me crèveras pas, & un jour tu partiras, même si c'est pas cette nuit. Je vais accepter cette condition de merde, c'est pas grave. J'ai réussi à survivre jusqu'ici, je peux sûrement survivre plus. Un jour, je m'endormirais en vingt secondes, dès que ma tête touche mon oreiller, je te le jure.

Sleep (Dandy Warhols)

- je sais pas si vous avez remarqué mais depuis l'ouverture de ce blog, chaque titre fait référence à une chanson -

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mardi 27 septembre 2016

We Can Work It Out

Je n'y arrive tout bonnement pas. Je suis rentrée depuis maintenant quinze jours, et comme dans La Haine, j'ai pas trop fait gaffe à mon atterrissage. 
Mais ça y est, j'ai atterri. Je suis de nouveau en France.

 

Tout a le même goût qu'avant. C'est comme si je n'étais jamais partie. Mes emmerdes se sont pointées aussi vite que Boutin était prompte à célébrer la mort de Chirac, et ça me gonfle. 

Tout est gris. Toujours les mêmes soucis qui tournent en boucle : la CAF, mon père qui m'assigne en justice pour la 54352e fois parce que je "ne fais pas d'études sérieuses", la fac qui n'est même pas capable de me donner correctement ma date de rentrée, l'EDF, ma carte sim jamais reçue -- car jamais envoyée, mais ça pour savoir, il FAUT APPELER, les mêmes soirées, les mêmes endroits, les mêmes rues. La même ville, ma même gueule, mes mêmes poils non épilés pour ma même flemme.

Rien de nouveau, j'ai l'impression d'avoir fait cent pas en arrière. Je vais rebosser à McDo, parce qu'il faudra que je me trouve un logement, parce qu'il faudra que je vive dans une ville que j'aime pas. 

 

Et puis après, j'en ai marre de moi, de mon insatisfaction. J'aimerais être satisfaite putain. Je crois que c'est ça que je veux dire lorsque je dis que je voudrais être normale : j'aimerais pouvoir être fière de moi et de ce que je fais. J'imagine que tu dois te sentir bien relax après. Pouvoir me dire "hey, mais j'ai fait CA", et arrêter de te détester deux minutes. Si je pouvais ne pas me détester pendant au moins une heure d'affilée par jour, ça serait cool.

Surtout que la personne lambda n'a pas l'air de se haïr. Je suis con, je pensais que tout le monde le faisait un peu. La personne lambda peut se satisfaire d'un "okay, j'ai merdé", et apprendre de ses erreurs, et recommencer tranquille. Personnellement, je me dis que j'aurais essayé, mais que quand même, j'aurais pu essayer mieux, do or do not there is no try, je me répète au moins un trillion de fois que je suis une merde, et puis après je m'excuse deux trillions de fois à la personne concernée, je me revois pendant des jours durant l'échec, une jolie rumination, je le revois tout en profondeur, en ralenti, en filtres Vintage, en pop-art, je sais, usuellement, exactement où je me suis plantée (mais pas le pourquoi). Je commence chaque tâche par "j'y arriverais pas de toute façon", avant de m'y atteler avec la foi d'un boeuf dans un champ Charal, puis je loupe, forcément, et après je m'en veux. 

Peut importe la tâche, je m'en voudrais. J'aurais pu sauter plus haut, j'aurais pu savoir faire une équation à trois inconnues, j'aurais pu déplumer ce paon sans vomir (note : NON), j'aurais pu avaler cette lave toute crue si je m'étais pas concentrée autant sur ma douleur, j'suis quand même faible, normalement, quand on veut, on peut. Y'a des histoires incroyables de personnes incroyables tous les jours, pourquoi pas moi. Et maintenant, je me demande si on peut vraiment dire de la "lave crue", car si elle est chaude, est-elle crue ? Elle est chaude mais non cuite, car son état naturel (et donc sans modifications) est d'être brûlante. Physicistes/linguistes, vous avez six heures. 

Et c'est même pas pour prouver quelque chose à quelqu'un d'autre. Je crois que c'est très personnel, que quelque part, je veux me prouver que je ne suis pas nulle. Sauf que, je ne prends pas les meilleures tâches pour me juger & me noter. Je prends les tâches les plus aléatoires où j'engage ma vision de moi-même, et bien sûr, lorsque je n'y arrive pas parce que c'est tout simplement pas mon domaine (POUR L'INSTANT), je me déteste un peu plus. C'est comme si qu'on jugeait un marin à sa capacité à cirer correctement des chaussures ou à résoudre le théorème de Fermat, pour le répudier car il n'est pas assez compétent. Je suis ce marin incompris, mais qui, libre, toujours chérira la mer.

J'arrête pas de répéter à tout le monde que je suis satisfaite d'être rentrée, satisfaite d'étudier, mais si vous saviez.

Si vous saviez combien je me chie dessus, il faudrait que je me fasse sponsoriser par Pampers. J'ai été refusée d'une Université, acceptée dans deux, et ce seul refus arrive à me faire penser que je ne suis qu'une sombre merde qui ne percera jamais académiquement. Que j'irais jamais en doctorat. Que je suis tellement débile comparé à tous mes camarades de classe. Je suis persuadée d'avoir un petit pois à la Homer Simpson. Ce qui m'interroge, car j'avais pourtant lu une étude déclarant que les personnes buvant le plus étaient les plus intelligentes (MAIS C'EST DONC CA, J'ESSAYE UN PEU D'ARRETER DE BOIRE DEPUIS UN AN, MYSTERE RESOLU).

Quand je raconte que je suis partie à l'étranger, je dis que j'ai "rien fait pendant deux ans". Je dis que "j'ai perdu du temps". Je dis que "je me suis perdue", que "j'ai travaillé pour des connards". Avant de me dire que non, j'ai quand même passé mon Master 1, j'ai trouvé des emplois dans un pays pas trop accueillant, et puis, j'ai survécu. 

Quelque part, ça n'est pas forcément négatif non plus, de se rendre compte de ses limites, et de vouloir exceller en tout. Tant qu'on est prêt à accepter l'échec de manière sereine par la suite. C'est cool, ça permet de se lancer dans l'inconnu, de ne jamais vraiment se limiter qu'à sa zone  de confort, de grandir. Ca permet également de se donner à fond dans ce qu'on fait, ce qui n'est pas une mauvaise chose.

Avoir une image réelle & réaliste de soi : je suis bon en macramé et à caresser des zèbres, mais je suis une douille quand il s'agit de remplir une bouteille avec un entonnoir (par exemple). Et ça sera pas très grave d'être naze en entonnoir, parce que de toute façon, plus tard, tu veux monter une école de macramé pour zèbres, alors bon.

Mais, c'est loin d'être mon cas. Je serais plus du genre à me demander pourquoi l'entonnoir agit comme un connard avec moi, c'est sûrement parce qu'il m'aime pas, ce putain d'entonnoir, et en fait il a raison, vu comment je le tiens mal il pourrait pas penser autrement, je suis sûre qu'il a déjà pris des milliards de photos de mon inconfort et qu'il les a déjà postées sur l'instagram des entonnoirs avec les hashtag #bolosse d'humaine #dégage et retourne en Humanie #grosse merde en entonnoir.

Voilà.

Et vous me verrez sourire, faire genre "ah désolé, je suis pas du tout forte en tenue d'entonnoirs, mais je vous l'avais dit en même temps", et repartir en toute loucedé, alors qu'en fait, dedans, y'a une partie de moi qui a déjà sorti un fouet, et qui pense à ériger une statue pour les entonnoirs en guise de pardon. Le tout arrosé de larmes qui coulent vers l'intérieur de mon corps, parce que le sel dans les organes, ça fait bien plus mal, et c'est bien plus rigolo comme ça. 

 

VOILA. 

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mardi 6 septembre 2016

You're my vice,

Mon été commence à toucher à sa fin (on aurait pu dire qu'il s'était déjà fini depuis longtemps, si on se fiait aux kilomètres d'eau qui se sont abattus dans ma vicinité), et ça y est, ça a été décidé, le marteau a frappé quarante fois, j'ai pris ma décision, je rentre au bercail en France. 

Je vais retourner chez ma maman, et me rouler en boule à côté de mon chat, et je passerais les dix prochaines années à lui gratouiller son ventre tout blanc (blague). J'ai même pas honte, j'adore ma maman. Je suis plus que contente de pouvoir enfin passer du temps près d'elle, vu que ça fait deux ans que je me suis expatriée, et que je suis pas la personne la plus douée pour donner des nouvelles,  ça m'aidera à rattraper le temps que j'ai moi-même perdu, à éviter les appels skype et autres formes de communication. 

Et donc, j'ai commencé à l'annoncer à mon entourage, d'abord bien entendu celui d'ici, des Pays-Bas, afin qu'ils puissent savoir qu'ils ne me recroiseront pas à chaque croisement de rue, et puis petit à petit, comme un chimiste distillant des mini gouttes d'argent, à mes amis de France. Et c'est étrange. C'est super étrange, car il y a des personnes que je laisse pour de bon derrière moi. Je sais que la vie ne nous réunira pas à nouveau, et c'est comme ça. Que j'ai eu ma fenêtre de temps pour m'intéresser et en faire des compagnons de route, mais que ça sera tout. Je sais pas comment l'expliquer, c'est bien entendu un sentiment, non pas quelque chose que j'aurais pu lire sur un fortune cookie (je ne fais pas confiance aux fortune cookies de toute façon), ou un don de troisième oeil ouvert sur ma glande pituitaire. Pour d'autres, je sais que nous avons encore notre bout de chemin, mais que ça n'est pas pour tout de suite. Pour tous, j'ai un peu le seum, j'ai jamais été super douée à dire au revoir, généralement, je disparais, ça m'évite bien des cris, larmes, et autres sécrétions (de ma part, bien entendu). Je sais pas comment forcément me comporter, ce qu'il faut faire dans ces cas-là. J'ai pleuré quand ma coloc de l'été est partie, parce qu'elle était super chouette et inspirante. J'ai fait des adieux records (je leur ai dédié quinze minutes en trois mois) à mon ex et son pote, avec qui j'ai pourtant habité cinq mois. Je me voyais pas faire autrement. Avec mes potos, j'ai pas arrêté de regarder l'heure. D'attendre l'heure à laquelle je devrais partir. Horrible. 

Non pas que je déteste tout le monde, mais je ne sais pas dire au revoir. Alors je ne viens tout simplement pas. 

Là où c'est marrant, c'est que j'arrive pas à dire au revoir à ma vie d'ici. Je suis satisfaite de rentrer, parce que c'est la bonne décision, parce que c'est le meilleur choix, rationnellement, il faut que je finisse mes études, il faut que je reparte avec de meilleures armes, un meilleur savoir. Je le sais. Je vais être entourée de gens que j'aime, et je vais pouvoir me reposer, je le sais. Sans oublier l'épisode chats, parce que vous pouvez rigoler, mais pour mon ADN à 45% félin, c'est super important.

Mais putain, ça a un vieux goût de dégoût. De coca sans bulles (je me suis remise au coca, bordel de merde, je suis définitivement accro). En partant, j'avais fait un gros doigt d'honneur à tout ce que je laissais derrière moi (dans ma tête hein, pas physiquement, mes doigts sont trop petits pour être pris au sérieux) : la fac que j'avais trop vue, mes plusieurs taffs dans la restauration, je laissais derrière une ville qui me rappelait mes plus noirs moments, une ville qui m'en a fait vivre de très beaux aussi, mais plus spécialement sous alcool, une ville dans laquelle je suis capable de me diriger les yeux fermés tellement que j'ai dû arpenter ses rues parfois vides et chaudes sous un soleil écrasant, j'ai laissé l'administration ubuesque qui me faisait galérer à chaque premier de mois avec des problèmes à chaque fois plus nouveaux les uns que les autres, j'ai laissé le français, j'ai laissé les français, j'ai laissé ma couverture sociale presque gratuite (ici j'ai payé 100 € PAR MOIS afin d'être couverte par mon assurance), j'ai laissé mes pains au chocolat bien-aimés, mais vous savez surtout, ce que j'ai laissé ?

J'ai voulu laisser mon ancienne moi, une moi que beaucoup appréciaient apparemment, mais que je ne pouvais plus voir matin après matin. J'ai voulu laisser ma vieille peau derrière moi, j'ai voulu m'offrir une renaissance, style jésus, je voulais changer, je ne voulais plus être cette putain de meuf à problèmes, trop incapable de réguler ses émotions, j'en avais tellement marre de voir ma tête et de voir que jour après jour, rien n'était vraiment différent, j'en avais marre de ma routine, de me réveiller et de penser que j'allais devoir encore affronter une putain de journée banale et chiante, une vie dans laquelle je ne croyais même pas, je me suis juste laissée guider par mon cerveau à tous ces moments, ces moments d'hésitation, où je me liquéfiais entre crise d'angoisse d'aller rejoindre une classe que je n'avais pas vu depuis maintenant deux bonnes semaines, et la douce haine de moi-même qui pointait le bout de son nez quand je décidais pour la énième fois de sécher les cours parce que j'avais plus important à faire (comprendre : j'avais la dernière saison de Chuck à regarder pour la troisième fois), j'ai voulu laisser une moi rendue apathique par des épreuves de vie contre lesquelles j'ai été trop faible pour me relever à ma juste valeur, j'ai voulu laisser mes anciennes peurs, avoir une nouvelle peau, style serpent (et NON PAS Mickaël Jackson), j'ai voulu laisser mon agoraphobie, j'ai voulu laisser ma haine du tramway (je ne hais pas le tramway en lui même, mais le fait que je reste coincée durant vingt bonnes minutes à la merci de regards de gens inconnus et une partie de moi hait ça), j'ai voulu abandonner la Tahra qui est prompte à la colère, j'ai voulu abandonner la Tahra qui ne croit en rien parce que rien n'est important, j'ai voulu laisser cette Tahra qui avance d'un pas tellement mal assuré qu'on dirait qu'elle a un pied-bot, la Tahra cynique qui casse tout, parce que rien n'est assez important à ses yeux. 

J'ai voulu devenir une Tahra 3.0 (je suis en version 2.quelquechosequelquechose), et grandir encore plus vers des horizons qu'une partie de moi pense ne jamais atteindre. J'ai eu envie de prouver que je peux me pousser plus loin, que ma carcasse ancienne ne définit pas mon chemin futur, je me suis dit, quitte à être malade dans un endroit qu'on apprécie que peu, autant tenter de trouver un remède dans d'autres horizons. Puisque le mien était déjà vicié. 

Et ça a failli - parce que je me suis rendue compte qu'on ne court jamais bien loin de soi-même, et que je ne pourrais jamais me fuir, j'arrive à me rattraper bien trop souvent (à chaque fois, en fait). J'ai compris que fuir (parce que c'est ce que j'ai fait, regardons les choses en face), ne sert à rien, ça ne résout pas qui je suis, et pourquoi je me déteste, et pourquoi je ne suis pas satisfaite de ma vie. J'ai appris que l'herbe est bien plus verte ici, mais parce qu'elle est pleine de THC fait pour me faire oublier tout ce qui m'angoisse chez moi. Sinon, c'est pareil, voir pire. J'ai appris que j'étais un peu une merde dans de nouveaux domaines, enfin disons que je l'ai vu avec des yeux un peu plus précis, et ça m'a fait rire. J'ai appris que je n'arrive pas à me contrôler, dans mon pays ou dans un autre. 

Et il m'est arrivé tellement de merdes cette année, je suis fatiguée. J'ai l'impression que l'univers m'a envoyé un message : ça n'est pas ta place. Ta place, c'est celle que tu tentes d'éviter si bien. 

Alors je me hais encore un peu plus, sur le départ. Je me dis que j'ai été débile de penser que tout s'en irait comme par magie, comme si qu'un nouvel horizon à lui seul suffirait à planter des graines nouvelles dans ma tête. Comme si que le fait d'entendre une langue étrangère jour après jour allait me faire oublier comment exprimer ma souffrance. J'ai bêtement pensé que la terre nouvelle me ferait prendre de nouveaux chemins, avant de comprendre que ce n'est pas le sol qui conduit mes pieds, mais bien l'inverse. Et, je le savais, avant de partir, que ça n'allait pas être si facile, mais je m'étais juste dit, quitte à galérer quelque part, autant galérer dans un endroit que je ne connais absolument pas. Mais je me sens quand même naïve d'avoir espéré que ça se passe plus facilement. 

Et puis, surtout, je me sens tellement triste de laisser "tout" ce que j'ai construit à l'étranger. Malgré que je sois acide sur le fait que ça n'était pas facile, que des emmerdes me soient tombées dessus, malgré le fait que j'ai eu plein d'expériences pas cool, et malgré le fait que je m'en veuille d'y avoir cru, bah vous savez quoi, la peine la plus dure est de dire au revoir à tout ça.

 

Parce que je pourrais dire ce que je veux, sur à quel point je me suis sentie seule, déracinée, loin de tout, à quel point je me suis perdue dans ma vie, pour aller travailler pour des compagnies que je déteste, pour me lever tous les matins à 5h (OUI vous avez bien lu, j'ai tenu six mois, une revanche énorme sur mon moi de l'année dernière qui répétait à qui veut bien l'entendre qu'elle ne peut physiquement pas se réveiller avant onze heures du matin), je pourrais dire ce que je veux sur mes putains de proprios qui, les trois à la suite, m'ont sucré ma caution, ce qui me fait mal, c'est que toutes ces emmerdes là, c'était MES emmerdes. C'est MOI qui les avait créées. Et ça, ça change tout. 

Ce n'est pas les emmerdes latentes qui me collent à la peau depuis tant d'années en France. C'était des emmerdes nouvelles, que j'avais décidé. J'en avais la responsabilité. En France, j'ai toujours considéré que mes emmerdes étaient l'extension de qui j'étais et de ma situation sociale. A l'étranger, personne ne connaissait mon ancienne vie, et je vivais une vie normale. Une vie dure, mais normale.

 

Et c'était de la merde. J'ai pas vécu un rêve doré néerlandais, à me rouler dans des stroopwafels et pindakaas, j'ai eu une vie toute somme normale, excepté que je pouvais aller aux putes si jamais un soir je me sentais trop seule (les avantages d'être bi). Mais c'était ma merde. C'est moi qui l'avait construite, comme une grande. C'est moi qui avait fait toutes les décisions qui ont mené à ma merde, et quelque part, j'en étais super fière. Et puis j'ai jamais eu le sentiment que j'étais limitée à l'étranger, quelque chose qui me retenait en France. J'étais libre ici, je ne sais pas pourquoi, mentalement, le fait de me dire que personne ne me comprend si je parle voulait sûrement dire qu'ils ne pouvaient pas savoir ce que je pense non plus. Je me sentais cachée - j'adore me sentir cachée, c'est sûrement pour ça, qu'à vingt-quatre ans, je veuille toujours construire des forts de couverture. 

Et le retour en France (j'ai déjà effectué un premier voyage, parce que galérienne que je suis, je déménage en bus youhou) a été dur, et putain de bipolaire. Je pleurais de joie quand je voyais le Sacré-Coeur au loin sur l'A1, je pleurais de tristesse quand j'entendais cette mégère gueuler toute son âme contre un groupe qui apparemment lui sucrait sa place de parking parce que j'avais oublié la diplomatie française (qui consiste à 1. penser que tout le monde SAIT ce qui se passe dans ta tête et 2. est plus prompte à la négativité avant de juste essayer de régler le problème sans râler). Je pleurais de joie à la pensée d'enfin manger une véritable baguette que je n'aurais pas payé plus d'un euro, et je fonds en larme quand je me rends compte que je comprends désormais tout sur les panneaux de circulation. Fuck. Je suis heureuse d'utiliser un vocabulaire que je n'ai pas utilisé depuis un trillion de jours, mais je suis ravagée à l'idée de me dire que je ne converserais plus en anglais tous les jours. J'ai l'impression que je dis au revoir à une partie de ma personnalité qui ne pourra pas s'exprimer correctement en France. Que j'ai un peu deux cerveaux, le normal, celui qui m'a façonné, et celui qui est parti et qui a voulu se frotter au monde, qui n'en est qu'à ses balbutiements. Donc je ne sais pas trop quelle émotion a raison, j'imagine sûrement les deux, elles sont juste contradictoires et sont forcées d'habiter dans le même encéphale. Et je suis obligée de rendre justice à chacune d'elle, pour pas laisser de frustration ou de regrets derrière moi. Et c'est pas forcément facile, mais j'imagine que c'est comme tout, on s'y habitue, et petit à petit, j'arriverais à faire face à l'incompréhension de moi-même qui me hante en ce moment. 

Enfin, je crois qu'il y a une dernière partie de moi, discrète, qui est contente de tout ça. Une partie qui est contente d'être en transition et de ne toujours pas savoir ce à quoi ressemblera ma vie dans les prochaines immédiates semaines. Une partie de moi qui est satisfaite de nager à nouveau en plein bordel émotionnel et cognitif. Une partie de moi qui ne s'exprime pas maintenant, car je crois que je n'aime pas m'avouer que j'aime la difficulté (bonjour je suis madame paradoxes). J'ai toujours aimé quand tout est chaotique et plein d'incertitudes, parce que j'ai l'impression que c'est là que je me teste vraiment. Je me regarde de super loin, et je me vois évoluer, apprendre des choses qui ne sont dans aucun livre ou mode d'emploi (idée pour devenir riche : écrire un mode d'emploi pour la vie), je me vois galérer, je me vois pathétique et morfler, et je me vois plus ou moins réussir, je regarde mes erreurs de super près, je les analyse, je les tords, je les presse jusqu'à ne plus pouvoir rien en tirer, et ça, je peux pas le faire quand ma mer est calme, quand mon horizon n'amoncelle aucune surprise, quand ma ligne de développement est aussi prévisible que la candidature de Sarkozy pour 2017. Je ne peux le faire que quand je suis troublée, que quand j'ai des océans d'émotions à faire face, et je me laisse souvent envahir par elles, mais j'arrive aussi, presque à chaque fois, à m'y retrouver, à assembler les morceaux importants, et à faire abstraction des poids, à en faire une image plus ou moins cohérente de ce que je suis, ce dont je suis capable, ce qui m'effraie, et ce qui me tient à coeur, ce que je déteste, ce que j'aime, ce que en quoi je crois. Et aussi épuisant que ça peut être, je crois que me réinventer en permanence  est une chose que je ne peux me permettre de ne pas faire. Pour la simple et bonne raison que je suis quelqu'un de chiant de nature car blasée, et je m'ennuie trop vite dans la normalité, je sais pas, j'ai toujours envie de fouiner et d'apprendre, d'aller voir ce qui me regarde pas, et de voir pourquoi ça me regardait pas, j'aime me tailler une place dans des endroits qui ne me seraient pas normalement accessibles, et pour ça, j'ai besoin de me confronter à des choses nouvelles. Donc, une partie masochiste de moi me regarde de loin, et sourit gentiment. 

Je souris parce que c'est justement ce à quoi je ne m'étais pas préparée, ce à quoi je ne voulais pas me préparer : me confronter à ce qui me faisait peut-être le plus peur dernièrement, retourner en France. Une partie de moi se dit qu'au fond, c'était ça le vrai challenge à faire, arrêter ma petite sauterie néerlandaise, passer à travers la gueule de bois, et se remettre au travail, au vrai travail. Me replonger dans un environnement qui ne me plaît pas, et être assez sage pour toujours continuer, et ne jamais abandonner mes projets. Pouvoir me tester, dans n'importe quel environnement, un que je choisis, ou un qui m'est plus ou moins imposé (et j'ai tellement de chance que mon nouvel environnement soit celui de ma maman, ça sera plein d'amour et de joie, et quelque part, c'est tout ce qui importe je crois). Devenir une Tahra 3.0 malgré mes échecs. Continuer à ne laisser rien, ni quoi que ce soit me définir, malgré que je sois une pauvre meuf hyperactive, impulsive, parfois un peu trop exubérante, qui fait beaucoup de fautes et fait tâche, toujours tenter d'amorcer le prochain pas, peu importe que j'aime la vue, ou non. Parfois il faut prendre des détours qui ne nous plaisent pas, et être patient, et c'est exactement ça que je dois apprendre : être calme, reposée, être prête à attendre, faire confiance en l'avenir, même si j'ai déjà extrêmement de mal à faire confiance à qui que ce soit excepté moi-même. Et garder une tête froide pour toujours se rendre compte des bénéfices que ce détour nous apporte, pour les leçons qui y sont toujours à prendre. Il y a un côté en moi qui a su grandir (je ne sais pas comment) en appréciant être en galère, parce que quand j'échoue, quelque part, ça titille cet esprit survival qui est terré en moi, et ça le pousse à me donner du courage, de la motivation, pour abattre ce que je perçois comme un problème, et ensuite regarder dans la face de ce même problème, afin de lui dire un "AH, je te l'avais bien dit que ça irait au fond !". Un type de challenge perpétuel entre moi et la vie, je suis contrôlée par un joueur un peu chelou et borderline qui n'est jamais sûr de rien, excepté qu'il aime les recoins inexplorés et les trucs bizarres et qui, par conséquent, ne sait pas forcément bien choisir ses destins, mais en tout cas, ce joueur n'abandonne jamais, et il réussit parfois dans des endroits entièrement improbables. Genre, j'étais incapable il y a deux ans d'appeler pour me commander une pizza sans avoir une anxiété non négligeable du téléphone et de la conversation téléphonique obligatoire pour la commande de la dite pizza. Et cette année, j'ai passé le plus clair de mon temps à bosser au téléphone. Qui l'eut cru (pas moi, je vous l'assure). Donc c'est cool. 

 

Donc, respirer un grand coup d'air frais néerlandais brassé par leur millier de moulins, et retourner à l'air salé du sud, finir mon master, et filer vers de nouveaux horizons à nouveau, intra-français ou extérieurs. Je verrais bien. Et je verrais d'autant plus mieux si je commence à avancer dès maintenant. 

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Un dessin inspiré de mes nombreuses heures en temps que service clientèle en call center

 

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dimanche 21 août 2016

Always Love

Voir sa famille deux fois par an. Organiser des vacances avec ses petites soeurs, toutes venues pour deux semaines pour squatter mon espace vital. Avoir peur, comme d'habitude, de voir sa routine bousculée, et se rappeler que c'est ce qu'il vous manque : qu'elles viennent vous bousculer, vous obliger à sortir, vous obliger à vous sortir de votre zone de confort. La plus petite me raconte les histoires de coeur de Justin Bieber & Selena Gomez, tout en rappant du Nekfeu sans complexes. Un autre monde. Elle a quinze ans, elle a tellement grandi, elle a le même caractère que moi, fière, décidée, têtue, un peu frappée, mais heureuse. Une adolescente qui ne parle pas d'elle même, qui occupe la conversation pour ne pas qu'on l'interroge sur ce qu'elle est vraiment, qui fait tout le temps la folle pour cacher ses secrets. Une soeur à qui parler en regardant les canaux, qui se confie, un peu, qui me fait pleurer, qui me raconte ce que c'est, maintenant, d'être jeune et de ne pas savoir où aller, excepté le pas suivant. La plus grande m'aide, fait le ménage à huit heures du matin, moi qui devait me battre il y a quelques années pour qu'elle passe un coup d'éponge sur la table. Me rassure & me dit qu'elle est là pour moi. Et, elle est là pour moi. Elle sait quand je commence à perdre pied, quand je commence à m'énerver sans raison, elle me rappelle doucement à la réalité avec des phrases pleines de sagesse. Une soeur qui m'offre un soutien incomparable, qui me répète, encore et encore, que tout est possible. Une soeur qui ravive tous mes rêves d'ados, que rien n'est jamais trop tard, qui a une force incroyable et qui sait rabattre mon caquet dès que je deviens trop négative. Voir sa soeur d'adoption rentrer la première fois dans un coffee-shop et qui rigole sans raison après avoir mangé des space cakes. Rire jusqu'à en tomber du canapé. Qui me replonge dans Blur, avec qui on partage des histoires tristes, on se conseille, mais surtout, on sait qu'on est pas seules, puisqu'on est ensemble. Une soeur d'adoption qui prend soin de mes autres soeurs, avec qui je partage une passion pour Archer & Eminem. Sortir et recevoir des câlins surprises par trois membres de ta famille, juste parce qu'aujourd'hui, ton sourire n'est pas aussi haut qu'hier. Sentir ta soeur de quinze ans te serrer la main comme quand elle avait quatre ans, et te dire qu'elle s'en fout du regard des autres, je suis sa soeur et rien ne changera le fait que je lui manque. Entendre ton autre soeur te dire que tu devrais relaxer, car tu en as déjà pris un peu plein la gueule. Entendre la dernière te remercier des efforts que tu fais. Passer deux semaines à leurs côtés, et remettre sa vie en perspective. 

 

Passer deux semaines à leurs côtés, et un beau matin, se réveiller. Descendre dans le salon pour les trouver endormies, et fondre en pleurs parce qu'elles s'en vont le jour d'après. Parce qu'après, tu vas te sentir putain de seule. Parce qu'elles sont la chose la plus importante que j'ai dans ma vie. Ne surtout pas réveiller ces petits anges. Descendre dans la cuisine, pleurer, pendant deux heures, et sûrement boire quelques unes de mes larmes qui ont coulé dans mon thé. 

Remonter, les réveiller avec le sourire, et leur annoncer le plan de la journée. 

triforce

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