Clique ici pour croire au père noël

lundi 18 juin 2018

I want to be someone else, or I'll explode

26 ans (et toutes mes dents), anatomie d'une fille usée. 

Plus les années passent, plus je me félicite de les laisser passer aussi vite. J'aimerais les enchaîner vite, pour m'approcher de ma fin. J'ai l'impression que ce monde ne va pas assez vite, et je m'ennuie ferme dans les confins de ma cervelle. Ma seule satisfaction d'avoir 26 ans, c'est de m'approcher un peu plus de la ligne de fin. 

Tout n'est que répétition, après répétition. Peu sont les moments réellement novateurs, ceux qui mettent réellement le feu aux tripes. Et c'est cela mon but : tenter de multiplier les vrais moments, pour effacer les redondances, au maximum, dans ma vie.

 J'ai l'impression d'être désincarnée, d'être spectatrice de ma vie, qu'elle ne m'appartient pas. En vérité, c'est qu'elle ne m'importe pas assez, ma vie. Je vois les années à venir comme des devoirs à finir : essayer de faire un peu mieux, de réussir certains objectifs, dans le temps imparti. Et cela ne m'intéresse pas. 

Je n'arrive pas à me donner de l'importance, à me donner du crédit, que cela soit pour ma vie professionnelle, amoureuse, ou mes passions. Je suis un peu à moitié morte. J'attends que ça se passe. J'essaye, mais je n'ai jamais vraiment le déclic. Je suis fatiguée, surtout, et je crois que j'aimerais dormir pendant des années. Je ne vois pas forcément d'issue colorée, ou de dénouement heureux, à la vie humaine. J'ai l'impression qu'on est un tas de microbes qui s'agitent pour pas grand-chose. Parce qu'on a peur de mourir, parce qu'on a peur de ne pas être assez bien, parce qu'on veut laisser une trace de notre passage. Parce que nous sommes humains, nous avons un biais égocentrique incroyable : nous voulons avancer et être heureux, c'est inscrit lointainement dans notre code génétique. C'est ce qui nous pousse à nous relever, inlassablement, encore et encore, parce qu'on pense pouvoir prétendre à mieux. Je crois que c'est ça, ce qui nous caractérise le mieux. Cette pensée magique qui dirige nos actions inconsciemment : vouloir le meilleur pour soi, pour nos proches. Prétendre au mieux. Une assurance de jours meilleurs. 

C'est ça, je crois, qui est cassé en moi. Je n'y crois pas, aux jours meilleurs, alors je ne m'engage pas du tout dans la bataille. Je reste sur le côté, et je laisse ma vie se jouer pour moi. Je ne mets que peu d'efforts dans quoi que ce soit, et j'attends que ça passe. C'est ça, ma maladie : c'est l'éradication totale de mon souhait de vivre MA vie. C'est une négation de mes envies, de mes désirs, de mes souhaits. C'est chercher à se motiver, sans cesse, sans jamais réussir -- encore pire, sans jamais COMPRENDRE pourquoi je devrais me motiver. 

Aujourd'hui, j'ai compris que c'était de la peur. J'ai tout simplement peur de ne plus avoir la force. Cette inaction, c'est mon équilibre à moi, il m'a fallu des années pour le trouver. Il m'a fallu des années pour comprendre (et réussir) comment ne plus me foutre en l'air, comment ne plus gâcher ostentiblement ma vie pour qu'elle raccourcisse (même si ce souhait n'a jamais vraiment disparu). 

J'ai tout simplement peur de croire en moi. J'ai peur de l'échec, pas au sens où la plupart des gens l'entendent. Je n'ai pas peur d'échouer. J'ai juste peur de ne pas avoir assez de force pour me relever. J'ai l'impression d'avoir tellement peu de force, d'être tellement fragile, que j'ai peur de me lancer à nouveau. 

 

C'est là que je me regarde avec incompréhension : comment je peux continuer à avoir peur de tomber, si mes projets n'ont pas d'importance ? Comment pourrais-je ne pas avoir peur d'échouer, mais en repoussant systématiquement le moment où je dois me mettre au boulot ?  Pourquoi je répète que rien ne m'importe, alors que je ne suis qu'un tas de nerfs & d'émotions entremêlées ? 

 

La réponse reste la peur. Je choisis de me mettre en veille, parce que c'est moins coûteux pour mon énergie personnelle. Parce que je n'ai pas envie de me ramasser, encore. Parce que je n'ai pas été éduquée avec beaucoup de success stories. Ca me coûte moins de perséverer dans mon schéma actuel, plutôt que de changer ma manière de voir les choses. Vingt-cinq ans de pessimisme, ça ne s'enlève pas d'un coup. Alors je préfère continuer à m'anésthésier. A vivre à moitié. Au moins je ne souffre pas.  Au moins je reste dans le confort de la carapace -- ce mur entre moi et le reste, que je ne comprends pas. Je reste proche du cloporte : si tu me touches, je me roule en boule. 

Posté par Paperboat à 18:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]


lundi 30 avril 2018

Mémoires d'un sale from (Lettre à mon père)

Bonjour papa,

 

Sache que tu me manques aussi, peu importe l'âge ou les circonstances, je pense qu'il est toujours difficile de vivre sans père. J'aimerais que l'on ait une relation normale, j'aimerais pouvoir te pardonner, parce que cela voudrait dire que je serais guérie de toutes ces histoires.

Mais, comme tu le sais, à ce jour, je suis toujours en colère contre toi, papa.

 

Depuis que nous nous sommes éloignés, beaucoup de changements ont eu lieu. A commencer par le fait que je me sens globalement mieux dans ma vie, j'arrive à faire des projets, à aller de l'avant. Je suis moins stressée, moins pessimiste. Je m'aime beaucoup plus – chose qui ne m'était jamais arrivé par le passé.
Maman va beaucoup mieux aussi. Il y a toujours des hauts & des bas, certes, mais depuis que tu n'es plus dans sa vie, les choses s'améliorent pour elle.
J'aimerais penser que c'est le hasard, mais cela n'est pas le cas. Vivre avec toi a été douloureux, et a laissé des séquelles, papa.

 

Nous avons eu plusieurs discussions sur ce qui a été fait, sur ce que je te reproche. Je te reproche toujours les mêmes choses.

 

Je te reproche le fait de ne jamais m'avoir soutenue dans ce que je faisais, je n'ai jamais eu ton approbation, ou des compliments de ta part, sur ce que j'ai pu accomplir dans la vie. J'ai tellement cherché ton approbation dans tout ce que j'ai fait, et des années plus tard, je ne me rappelle pas d'une seule fois où tu m'as félicité. Pas une seule.
Je me rappelle au contraire tes paroles dures, qui me tiraient vers le bas. Lorsque j'ai pris le bus quelques heures avant le concours des Beaux-Arts, je me rappellerais toujours ce que tu m'as dit.
Tu m'as souhaité d'échouer. Ce sont les mots qui sont sortis de ta bouche, papa.

Et, tu vois, je ne peux pas les oublier. Parce que je ne comprends pas quel genre de père souhaiterait à sa fille d'échouer.

Et je l'ai eu, ce concours. Sans jamais avoir pris un seul cours de dessin, sans jamais avoir fait aucune prépa.

Mais tu sais quoi ?
J'étais tellement sûre que j'étais une merde, que je n'ai jamais continué sur cette voie.

Ça, je l'ai pardonné. Je fais d'autres choses artistiques désormais, et je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau.

 

Depuis que nous ne sommes plus proches, certaines choses me sont revenues, aussi (les bizarreries de la mémoire). Je me rappelle de très peu de choses de toute mon enfance, mais certains souvenirs refont surface.
Je me rappelle de la première raclée que tu m'as donnée. Je devais avoir 3 ou 4 ans,on habitait toujours au Val Fourré, et je ne sais plus pourquoi, j'étais très en colère contre toi ce jour-là. Je me rappelle avoir écrit dans la poussière du meuble télé que je te haïssais. J'ai écrit très exactement « Papa je te hais ». Je m'en rappelle.

Et tu l'as vu, et je me rappelle de ton regard. Plein de haine. Tu m'as attrapée, et tu m'as fessée jusqu'à ce que je pleure, jusqu'à ce que j'en crie. Je me rappelle de mes larmes, et toi qui ne t'arrêtais pas. Alors je comprends qu'en tant que père, tu as dû te sentir lésé que j'écrive une chose pareille. Je comprends que cela ait pu te faire mal. Mais me frapper, à ce point ? Mon interrogation est là.

 

Dans le même genre, je me rappelle d'un soir où maman n'était pas là, bien des années plus tard, c'était à Limay, à Jean Zay. Ysa était atteinte d'énurésie (encore une chose qui s'est arrêtée une fois que tu nous a quitté, qui me pousse à penser que vraiment, nous allons mieux sans toi). Je devais avoir 8 ou 9 ans, donc ça veut dire qu'Ysa en avait 4 ou 5. Elle voulait maman pour dormir. Tu lui répétais, énervé, que maman n'était pas là. Alors on est parties se coucher. Elle a fait pipi au lit. Tu es venu dans la chambre, et tu l'as frappée tellement fort, papa. Elle pleurait, elle n'arrêtait pas de pleurer – et tu continuais. J'étais pétrifiée. Dès que tu es rentré dans la chambre, même le chat est parti en courant. Pour dire à quel point ta colère était terrifiante.

Là, ce n'est pas à moi de te pardonner. C'est à Ysa.

Moi, j'essaye de me pardonner de n'avoir rien fait à ce moment là. De n'avoir rien dit à maman. De ne pas avoir compris, en fait, ce qu'il se passait.

 

Je me rappelle une fois également chez Mamie. Tu t'es disputé avec maman. Tu lui as envoyé une brosse à cheveux dans la tête. Tellement fort, la brosse à cheveux s'est pétée en deux sur son front. Je m'en rappellerais toute ma vie. Maman aussi, parce qu'elle a toujours la cicatrice.

J'ai beaucoup de mal à pardonner la violence physique, papa. Mais ça n'est pas à moi de te pardonner pour ça : c'est à maman de voir.

 

Je te reproche le fait de ne pas avoir joué ton rôle de père durant mon adolescence. Tu sais, quand on sortait en concerts, tu buvais, et tu me laissais boire. J'avais 13 ans. Tu le savais. Tu ne m'as jamais rien dit, aucune réflexion. Je pensais, à l'époque, que tu étais un papa cool.

Maintenant, avec le recul, je me rends compte que c'était de la négligence. Je t'en veux pour ça, parce que tu sais, quand on commence à boire jeune, après on boit beaucoup plus, et les risques d'alcoolisme sont élevés. J'aurais aimé que tu joues ton rôle de père. A la place, je n'ai jamais arrêté, et j'ai commencé à boire sérieusement au lycée. A 16 ans, je buvais des bouteilles de vodka au lieu d'aller en cours. Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour avoir mon bac.

Ça, je te pardonne aussi – j'aurais pu, et du, demander de l'aide quand je me suis rendue compte que ma consommation était anormale pour mon âge.

Surtout, j'ai compris mon alcoolisme, encore une fois avec le recul. Je ne bois plus comme avant. J'ai réussi à avoir une consommation « normale ».

 

Et tu ne t'en es jamais rendu compte, peut-être, que j'ai passé mon lycée à boire. Parce que toi-même tu buvais. Tu sortais, et rentrait éméché à 3 heures du matin, en réveillant tout le monde. Au début, j'étais là pour toi. Je me rappelle que je prenais soin de toi. Je te disais de te laver les dents, de parler moins fort pour ne pas réveiller tout le monde. Je te demandais d'aller te coucher, tout simplement, pour que tu dessoûles.
Et puis, les choses se sont envenimées.

Tu as entièrement perdu le contrôle sur ta boisson. Tu dépensais tout l'argent que nous avions pour sortir. J'ai retrouvé des tickets de caisse d'une centaine d'euros provenant de bars.
Ce sont des bars où je ne suis jamais allée, parce que tu vois, ça me rappelle de trop mauvais souvenirs.


Et tu devenais violent quand tu rentrais. Jamais physiquement avec nous, non, mais tu hurlais et tu terrorisais tout le monde.

Tu nous faisais tellement peur, papa, que j'enfermais Ysa & Talitha dans leur chambre, quand je t'entendais claquer la porte du bas de l'immeuble. Est-ce que tu te rends compte de la gravité de la chose ? Je préférais enfermer mes sœurs plutôt que tu sois près d'elles.

Je ne dormais plus très bien, parce que j'avais toujours peur du moment où tu allais rentrer. Toujours. Et je voulais être prête pour mettre mes sœurs à l'abri. Je préférais que tu t'en prennes à moi, plutôt qu'à elles. Elles étaient tellement jeunes.


C'est une période confuse de ma vie, où je n'allais plus en cours. Ça non plus, tu ne t'en es jamais rendu compte. Parce que tu n'étais pas là. Je me rappelle juste attendre, effrayée, que tu rentres. Une fois que tu étais là, que tu criais, tu te fatiguais, et tu dormais. Je ne m'endormais qu'à ces moments là.

J'ai commencé à fumer de l'herbe pour dormir à cette époque là. Parce que je ne dormais plus.

Et, un soir, ou une journée (je ne me rappelle même plus), tu es allé trop loin. Tu faisais trop de bruit. Non seulement nous, mais également tout l'immeuble, papa. Là, je sais que j'ai appelé la police. J'ai aussi appelé la DDASS, parce que je pensais à mes sœurs, je me disais que ça n'était pas un environnement propice pour elles. J'ai entendu la police à l'autre bout du fil me rétorquer qu'ils ne pouvaient rien faire, parce que tu étais dans ton domicile. Parce que tu étais à ton domicile, tu avais le droit de nous crier dessus comme des merdes, de nous insulter. Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante de toute ma vie. Pareil pour la DDASS : pour le moment, rien ne pouvait être fait. J'avais l'impression de remuer ciel et terre, et rien ne s'arrangeait jamais. Personne n'était au courant. Je me suis sentie tellement seule et désemparée à ces moments-là.


Et puis, tu l'as appris. Tu as appris que j'avais voulu te dénoncer aux flics. Tu l'as très, très mal pris. A partir de ce jour-là, tu m'as haï, papa.

Lorsque tu rentrais, bourré, tu venais directement dans ma chambre.

Tu m'insultais de tous les noms. Très précisément, tu m'insultais de pute, de petite pétasse parisienne, de connasse. Et j'avais l'impression que c'était ta seule occupation : boire, rentrer à l'appartement, aller dans ma chambre pour m'insulter. Je ne sais même pas combien de temps ça a duré.

Je sais juste qu'à un moment, un soir, j'ai perdu patience. J'ai commencé à répondre, parce que je ne supportais plus tout ça : je ne te supportais plus. Et on a commencé à se battre. Je n'ai jamais rien eu, parce que tu étais trop saoûl de toute façon pour vraiment me frapper, tu ne tenais pas debout.
Mais on en est venus aux mains, toi et moi. Encore des années plus tard, je dis que tu n'es pas violent.

Mais tu étais violent, papa. Une fois, tu as fait un trou dans un mur : trop bourré, trop énervé. Je suis juste contente du fait que ce coup de poing n'ait touché personne.

Et, tu sais quoi ?
Je crois que quelque part, je te pardonne pour tout ça, parce que tu étais alcoolique. Je sais que l'alcool peut amener les gens à faire des choses qu'ils ne feraient pas en temps normal, je connais l'addiction, je connais le déni. Tu nous a fait souffrir, et je t'en veux, mais quelque part, je suis contente que tu aies une excuse. De pouvoir me dire « oui, il a fait tout ça, mais il avait bu ».

 

Je te reproche le fait d'avoir trompé maman pendant toutes ces années. En fait, c'est même pas le fait de l'avoir trompée que je te reproche : c'est la manière dont tu as traité maman, jour après jour. De lui avoir menti, jour après jour. De lui dire des paroles méchantes, et dénigrantes, jour après jour. J'étais là, je m'en souviens.
Je me souviens d'une multitude de moments, où tu prenais plaisir à la voir être de plus en plus mal.

Et, encore une fois, je me demande : tromper sa femme, c'est une chose, mais l'enfoncer et la maltraiter psychologiquement, c'est autre chose.
Tu n'as jamais réagi lorsqu'elle ne pesait que 45 kilos.
Tu ne l'as jamais encouragée à aller mieux, à se soigner, à prendre soin d'elle.

Non, tu as préféré lui dire à quel point elle n'était plus attirante dans tes yeux. Tu as préféré lui retirer toute sa confiance en elle, au moment où elle en avait le plus besoin.
Ça, tu vois, je ne te le pardonne pas. Je ne te pardonne pas de l'avoir laissée mourir, et de n'avoir eu aucune, je dis bien aucune, réaction bienveillante à son égard. Tu n'avais pas l'excuse de l'alcool. Ce sont des choses que tu pensais réellement. Je ne pardonne pas la maltraitance psychologique.

 

Il y a particulièrement un moment que je ne te pardonne pas : c'est le moment où j'ai compris que tu étais dénué de toute empathie. Le moment où j'ai compris que maman n'était, au final pas grand-chose pour toi. Un jour, elle était dans la chambre, déprimée.

Elle buvait et avalait ses comprimés un à un. Je le sais, parce que je suis rentrée dans sa chambre, parce que je m'inquiétais pour elle. Je l'ai trouvée l'air hagard, elle ne parlait plus correctement.

Alors je suis partie te voir. Je m'en rappellerais toujours : tu étais assis, dans le salon, tranquillement, sur ton ordinateur portable. Tu écrivais sûrement à l'une de ces multiples maîtresses que tu avais à l'époque. Je t'ai dit que maman était en train de faire une tentative de suicide dans la chambre.

Et tu m'as calmement répondu : « Je sais, qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? ».

Et je t'ai demandé d'y aller, de l'aider, de réagir. J'étais tellement en colère par ta réponse. Je ne comprenais pas comment moi, adolescente, pouvait être autant affolée par la situation, tandis que tu exhibais un calme absolu. Tu m'as même dit que si ça me tenait vraiment à cœur, c'était à moi de réagir, à moi de faire quelque chose.

Et là, ton regard papa. Ton regard tellement vide de tout sentiment, tellement vide de sens.

C'est là que j'ai compris. Que j'ai compris, dans mes tripes, que tu étais dénué de toute humanité.

Quelques années plus tard, je crois que j'ai même compris où tu voulais en venir : tu aurais aimé que maman meurt ce jour-là. Comme ça, tu te débarrassais d'elle sans avoir à divorcer. Tu aurais gardé tes enfants, l'appartement, tu aurais été libre pour tes autres conquêtes. Je crois, sincèrement que c'est ce que tu voulais. Et, tu sais, j'espère me tromper. Mais j'ai la certitude que c'était ton intention.

Ça, je crois que je ne te le pardonnerais jamais.

 

Tout ça, tout ce que je t'ai cité, ça n'est pas ce qui m'a fait le plus mal. Ça n'est pas ce qui a brisé notre relation. Ce qui a brisé notre relation, c'est tout ce qu'il y a eu après.

Quand maman a eu le courage de demander le divorce. Elle avait appris que tu avais une garçonnière au centre-ville, tu dépensais 400€ par mois pour faire je ne sais quoi en dehors de ton domicile.

En fait, tu as abandonné ton domicile, et tu nous a laissé toutes les dettes.
Maman a été exemplaire tout au long du divorce, et s'est battue pour ne pas avoir à payer un centime de ce que tu as dépensé.

Tu nous menais à la faillite.

Maman a dû déménager, parce qu'elle ne pouvait plus payer le loyer. On commençait à lui parler d'exclusion – avec deux enfants encore à charge, ça fait mal.

 

Ce qui a brisé notre relation, c'est ton attitude durant ce divorce, une attitude d'enfant. Tu as tout nié en bloc, tu n'as voulu prendre la responsabilité de rien.

Tu as entièrement retourné la situation à ton avantage, en te faisant passer pour la victime, tu expliquais, larmoyant, que maman t'avais mis à la porte, pauvre de toi.

Tu disais que tu n'avais pas un sou, que tu avais du mal à payer tes dettes, que tu ne gagnais pas beaucoup – mais tu es fonctionnaire, papa. On a pu trouver un fichier en ligne, de l'éducation nationale, où l'on a appris que tu gagnais au moins 2600€ par mois.

Pour toi TOUT SEUL.

Maman a vécu avec 800€ par mois, avec deux enfants à charge.

Et tu le savais, tout ça. Mais ça n'a rien changé à ta stratégie de lâche, qui a été de te défiler de toutes tes responsabilités. Toutes. Tu as été égoïste, et menteur, papa, pour ton seul intérêt.

 

Pire que ça, tu as osé dire aux avocats qui te défendaient que c'était maman, la personne violente au sein du couple.

Tu sais que je me pose vraiment la question : est-ce que tu crois en tout ça ? Est-ce que tu as réussi à te convaincre de tes propres mensonges ? Ou est-ce que c'était calculé pour que le divorce soit à ton avantage ?

Je ne sais même pas ce qui serait le pire entre ces deux options.

Tu m'as assigné en justice un nombre incalculable de fois, parce que tu ne supportais pas de me donner 200€ par mois de pension alimentaire. J'ai été obligée de te rappeler que lorsqu'on fait des enfants, papa, on doit s'en occuper. Moi je n'ai jamais demandé à naître. Et tu sais quoi, maman ne voulait pas d'enfants non plus. Quelque part, je suis née parce que TU avais envie d'avoir des enfants.

 

Alors, quand tu dis que je te manque tous les jours, j'ai bien envie de te répondre que toi aussi, tu me manques. Mais, après je me rappelle que je vis beaucoup mieux sans toi. Que tu as été néfaste pour moi, pour mon développement, en tant qu'adulte. Je me rappelle que tu n'as jamais été là pour moi, et que tu m'as toujours tirée vers le bas. Et je ne veux plus vivre ça, parce que j'aime être heureuse.

 

Et quand tu dis que tu m'aimes, j'en doute, sérieusement. Je pense que tu aimais l'attention que je te portais. Parce que tu étais mon papa. Tu aimais sentir que tu étais aimé. Parce que je t'ai aimé. Parce que je t'ai respecté. Parce que je t'ai admiré : ça n'est pas pour rien que j'aime écrire, avec tous les livres que tu avais à la maison. Ça n'est pas pour rien que j'ai fait de la guitare, parce que je pensais qu'un jour, on pourrait jouer ensemble. En 4 ans, où l'on a vécu côte à côte, dans la même maison, tu ne m'as jamais rien appris de ce que tu savais, et nous n'avons jamais joué ensemble. Ce sont les petites choses, comme ça, qui me montrent l'intérêt que tu avais à mon égard : il était proche de zéro.

 

Tu aimais le fait d'être entouré, d'avoir ta femme qui t'attendait sagement à la maison, qui t'a aimé, de toutes ses forces. Je n'ai jamais respecté quelqu'un autant que maman, et c'est l'une des raisons : malgré tout ce que tu lui as fait, papa, malgré tout ce que tu lui as fait subir, tout le désamour que tu avais pour elle... Elle n'a jamais faibli devant ses responsabilités. Elle t'a aimé.

Je suis tombée, durant un déménagement, sur un mail qu'elle t'a envoyé, celui où elle t'annonçait le divorce. Elle a écrit, très simplement, qu'elle demandait le divorce parce que tu l'avais trompée. Et seulement parce que tu l'avais trompée, non pas pour toutes les autres crasses que tu lui as faites.

Ça, c'est de la force, inouïe. J'espère en être digne un jour.

Heureusement que maman était là pour nous, papa, à elle seule, elle a fourni l'amour nécessaire à ses enfants pour remplacer tes méfaits.

 

Je ne pense pas que tu m'aimes, parce que je pense que tu ne sais pas aimer.

Et, crois le ou non, j'ai de la peine pour toi, parce qu'aussi fou que cela puisse paraître, je sais que tu souffres.

Mais, tu sais, on s'était déjà échangés quelques mots à l'issue du divorce, et je t'avais simplement dit que j'attendais des excuses pour tout ce que tu avais fait. Après tout ça, la seule chose que je te demandais, en fait, c'était de reconnaître tes erreurs. D'accepter que tu avais fait beaucoup d'erreurs, et de t'excuser, sincèrement, pour celles-ci.

Tu m'as répondu dans un long email que tu étais la victime, et que je ne comprenais pas. Et tu as raison, je ne te comprends pas.

 

Voilà, maintenant, tu sais exactement ce que je t'ai pardonné, et ce que je ne te pardonnerai jamais.

En même temps, il m'est difficile de pardonner une personne qui me rétorque qu'elle n'a rien fait de mal.

 

Tu me manques aussi, mais je préfère ça. Je préfère ne pas avoir de père pour l'instant, plutôt que te laisser revenir dans ma vie. J'ai envie que tu ailles mieux, mais ça ne sera pas au détriment de mon bien-être. Tu n'as toujours pensé qu'à toi, alors c'est de bonne guerre si je commence enfin à penser à moi.

 

Je t'embrasse, et je te souhaite d'aller mieux, papa. Il existe encore une partie de moi qui t'aime.

 

28472219_10215257292648308_6571404232932835858_n

Posté par Paperboat à 03:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 5 mars 2018

Let me be the last to say, please don't stay.

Je ne sais même pas comment vraiment commencer cet article, je sais juste que je ressens vraiment le besoin d'en parler. 

Les attentifs ont pu remarquer que les deux derniers posts n'étaient pas vraiment positifs - et pour cause, je n'étais pas du tout positive. Mais avec le recul, je crois pouvoir expliquer ce soudain retour en arrière dans mon mental, ma régression vers le mal. 

J'ai appris, il y a cinq mois, qu'une ancienne amie d'enfance a été assassinée par son copain. Battue, torturée, assassinée, et violée, pour être exacte, car je ne veux pas qu'on oublie ne serait-ce qu'une partie de son calvaire. Elle n'est pas juste morte, sa vie a été enlevée d'une manière horrible. 

Elle a vécu un certain temps dans notre famille, durant quelques mois, sa famille ayant des difficultés de logement. Ils arrivaient directement d'Algérie, ils venaient de se convertir au christianisme. Ma mère, chrétienne, et fréquentant activement l'église, a décidé de les aider.J'ai vécu aux côtés d'Halima, mais surtout avec sa soeur, Amina, qui avait un âge plus proche que le mien. Je vous raconte ça, mais vous savez, j'ai des souvenirs tellement flous de cette période. Je me souviens juste qu'à l'époque, j'étais pas forcément heureuse de partager mon logement avec deux autres personnes (ça voulait dire que j'allais dormir avec ma petite soeur et que j'allais perdre une certaine intimité). Je sais que c'est stupide, mais je m'en veux tellement d'avoir ressenti ça désormais. 
Bref. 
Je me rappelle d'elles, de leur famille, de leur bataille pour vivre une vie meilleure, en France, en accord avec leurs convictions religieuses. 
L'été dernier, ma mère a déménagé, et on a fait le tri dans toutes les photos qu'elle possédait. J'en ai retrouvé certaines d'Halima et d'Amina, elle portait même mes vêtements parfois, et je me suis demandé naïvement ce qu'elles devenaient.

La vie étant ce qu'elle est, quelques mois plus tard, je reçois un article de journal sur Facebook, d'une amie d'enfance de Limay. On allait à la même école, et vu qu'Halima vivait chez nous, elle était scolarisée dans la même école que nous. Cette amie m'envoie cet article, horrible, en me disant qu'elle se souvient d'Halima, et qu'elle est vraiment choquée. Et, vraiment, je comprends pas sur le moment.

J'ouvre l'article, et je vois sa photo. Déjà, beaucoup de souvenirs affluent. Et puis arrive l'horreur, l'horreur de lire son calvaire, de voir ce qu'elle est devenue.


Elle a vécu une nuit de calvaire. Elle a été fouettée. Sept côtes cassées. 81 lésions sur le corps, donc 15 au visage. Elle a été violée. Puis étouffée.  Son calvaire existait déjà depuis des années, en fait.  Elle est morte il y a déjà 5 ans. Notre famille prend connaissance de ce drame seulement maintenant, via cet article de journal. On a déménagé il y a environ 15 ans de Limay, et personne dans nos contacts parisiens nous avait prévenu. En même temps, c'est pas quelque chose qu'on s'empresse de raconter. 

Je n'ai pas de mots - il m'a fallu déjà cinq mois pour essayer d'en parler maladroitement ici - pour décrire ce que ça m'a fait. Pour exprimer réellement ce qui s'est passé en moi, à ce moment là. J'ai eu du mal à lire l'article jusqu'au bout, tellement que je pleurais, je criais en même temps je crois.  J'ai annoncé la nouvelle à ma mère, qui a crié aussi au téléphone. J'imagine même pas sa douleur : elle, elle s'en rappelait parfaitement d'Halima. Elle l'avait accueillie comme sa fille au sein de notre famille. Elle était beaucoup plus proche de ses parents que je ne l'étais. 

Je bloque pour écrire ce que je ressens. Je sais que les mots ont un certain pouvoir, le fait d'écrire, souvent, veut dire que j'accepte, et je n'ai aucune envie d'accepter ça. Aucune envie d'accepter que c'est réellement arrivé. Aucune envie de me dire que j'ai connu quelqu'un qui a été victime de violences innomables. Aucune envie d'accepter que ça soit arrivé dans ma réalité. Et pourtant. 

Depuis Octobre, je vois son visage tous les jours. Souvent, quand je prends ma douche, quand je suis seule, j'ai envie de pleurer, et parfois je pleure. Il n'y a pas un jour qui passe sans que je lui envoie mes pensées. Alors que je ne crois pas au paradis, ni à l'enfer, je sais très bien que mon comportement n'a aucun sens. Mais je peux pas m'en empêcher. Je peux pas m'empêcher de me dire que quelque part, elle sait que je pense à elle, et que je ne l'oublie pas. De me dire qu'elle est mieux où elle est actuellement, au moins, personne ne lève la main sur elle. Je continue à lui dire que je suis désolée, que je suis tellement désolée, désolée qu'elle ait traversé autant d'épreuves, pour avoir une meilleure vie, et finalement se faire faucher par un être humain que j'ai même pas envie de mentionner. Je n'arrive pas à la laisser derrière. Je n'ai tout simplement pas envie qu'on la laisse derrière. Je n'ai pas envie de m'habituer à penser que c'est la vie, c'est comme ça. Je n'ai pas envie de m'habituer à son absence.

C'est là, en fait, où j'ai mis du temps à me comprendre. J'ai eu l'impression que c'était une de mes soeurs qui était morte au combat.
Je sais, ça peut paraître débile dit comme ça. 
Surtout quand je ne me souviens pas clairement de moments passés avec elle.
Surtout quand je n'ai pas eu de nouvelles depuis quinze ans.
J'ai eu l'impression que ma réaction était disproportionnée, démesurée.
Je me suis sentie coupable de ressentir autant de peine -- c'était surtout le fait de penser que sa famille a du ressentir ma douleur fois mille. 
Je me suis sentie coupable de ne pas aller mieux, de ne pas faire preuve de plus de parcimonie dans mes réactions. 

J'ai fait des cauchemars, pendant une semaine, environ. J'ai eu la nausée durant trois jours, je n'arrivais pas à manger. Je suis partie la voir à Paris, parce que j'avais besoin de la voir, de me recueillir, je crois pour me rendre compte que c'était réel. J'ai eu les dents serrées pendant tellement de temps. Un pote m'a fait une blague, de me dire "je vais te tordre le cou", et j'ai fondu en pleurs. Je bloquais en regardant des ceintures (elle a été fouettée avec une ceinture, "jusqu'à ce que le médaillon soit tordu"), et j'y pensais.  J'ai bu, et j'ai fumé, parce que je ne voulais pas vivre ça, je crois.
Et, toujours, cette culpabilité, mon cerveau qui me répétait que j'en faisais trop, dans ma douleur. 

Mais pour moi, tout ça était tellement nécessaire, et j'en pleure toujours. 

Alors j'ai lentement compris pourquoi je me sentais comme ça : c'est tout simplement parce que ça me rappelle de très mauvais souvenirs. Je n'ai jamais été battue de cette manière, mais j'ai vécu au contact d'une personne que je considère comme psychopathe, insensible au sort des autres, et à leur souffrance. Cette personne a été violente -- envers des meubles, envers des murs, parfois envers ma mère, parfois envers moi, parfois envers ma soeur, mais rien, rien de semblable, et je le sais.

Mais justement. J'en ai tellement souffert. Ca m'a empêché de vivre correctement, d'avoir été victime de violences (je n'ose même plus dire ça désormais, j'ai l'impression de mentir). Ca m'a tellement fait souffrir. C'est définitivement l'une des raisons pour lesquelles j'ai été au plus bas pendant si longtemps. 
Alors, j'ai eu trop d'empathie pour elle. Tellement d'empathie, de savoir qu'elle a vécu dans la peur, dans ce climat de violence. 
Et je suis en colère, je suis tellement en colère, que ça lui soit arrivé. Le peu que j'ai vécu, je ne le souhaite à personne, tout en sachant très bien que le mal continue à sévir dans l'ombre. 
J'ai de l'empathie pour les enfants (qui étaient présents durant sa mort). Je suis tellement en colère pour eux, je n'arrête pas de me demander ce qu'ils vont devenir. Est-ce qu'ils vont réussir à vivre heureux, en harmonie avec les autres ?
Ou est-ce que leurs relations vont être viciées de manque de confiance, tâchées de dégoût envers le reste du monde ? 

Et, au dessus de tout, aussi bête que cela puisse paraître, je me sens coupable.
Je me sens coupable d'avoir survécu à mes violences, en fait.
Je me sens coupable d'avoir passé autant de temps à me plaindre sur ma vie.
Je me sens tellement coupable d'être toujours là, je me sens coupable d'avoir eu de la chance d'être tombée sur de bonnes personnes dans ma vie. 
Je me sens coupable d'avoir eu un premier copain qui m'a vraiment aimée, et d'avoir su être correctement aimée par la suite.

Mais j'ai eu tellement de chance, de sortir de cette relation abusive, et d'avoir su faire la différence par la suite entre véritable amour et possession. 

Elle est morte lorsqu'elle avait 24 ans. Mon âge. Ce qui rend la chose encore plus dure, en fait. Parce que ça aurait pu être moi, vraiment. J'ai manqué d'amour, dans ma vie, au point de faire des choses vraiment stupides. 
Alors pourquoi tout ceci ne m'est pas arrivé ? 
Pourquoi j'ai eu de la chance, pourquoi elle non ? 

J'ai souhaité mourir, un million de fois au moins, parce que j'estimais que ma vie était trop dure. Je ne sais pas ce qui lui passait par la tête, mais le soir de son calvaire, elle a trouvé la force d'aller nourrir ses enfants dans la chambre, entre deux sévices. Je ne sais même pas par où commencer, pour décrire la force qu'elle a eu. Je n'aurais pas eu cette force -- je ne l'ai jamais eue, et j'ai même pas assez d'amour en moi pour vouloir faire des enfants. 

Et c'est ça, je crois, qui me fait mal chaque jour. Je vois son visage, et je pleure, parce que ça me rappelle ma propre incompétence. Mon incompétence à prendre ma vie en main et à perdre du temps sur mes sentiments négatifs, quand une autre personne n'a pas eu la chance que j'ai eue.

Et je reste paralysée depuis. 

Il reste encore des choses dont je ne me suis pas remise. Notamment la condamnation à 30 ans de réclusion, pour une personne qui a trois chefs d'accusation (torture, viol, et meurtre). Ca fait 10 ans par chef d'accusation. C'est rien.
Quand j'ai lu tout ça, j'ai eu envie qu'il meure. J'ai eu envie qu'on le dépèce, pour qu'il se rende compte du mal qu'il a fait. Qu'il se rende compte qu'il a franchi des limites qu'aucun être humain aurait du franchir. 
Et je sais que j'ai tort. J'ai voulu faire de la recherche pour trouver un meilleur moyen de réhabiliter des prisonniers, j'ai voulu (et je crois, que quelque part, je le veux toujours) comprendre ce qu'il se passe dans la tête de ces psychopathes, juste pour pouvoir tenter de pardonner, ne serait-ce qu'un peu. Au mieux, trouver une manière pour que cela n'arrive plus jamais. C'est vraiment une des choses qui me faisait vivre : traiter l'autre d'une meilleure manière qu'il nous traite. Non pas pour tendre bêtement l'autre joue, mais pour ne pas faillir à un niveau inférieur. Avoir sa dignité, en tant que personne, de mieux réagir, avec moins de violence, avec plus d'amour, justement quand cela coûte beaucoup d'en avoir. 
Mais là, j'avais tout oublié. J'avais oublié toutes mes convictions. J'ai juste de la colère. Et de la fatigue, de voir des choses pareilles arriver, inlassablement, autour de moi.

C'est une deuxième chose, avec laquelle j'ai du mal actuellement : j'ai l'impression que la vie me nivellera toujours par le bas. J'aurais beau avancer, j'aurais beau essayer de faire quelque chose de positif dans ma vie, d'essayer de contrer mes pensées négatives sur le monde : c'est inutile. 
Mon monde, à moi, depuis petite, est rempli de violences, différentes mais toujours bien présentes. De pédophiles aux violences conjugales à la violence psychologique, j'en suis malade, en fait, de tout ça. Ca m'a pourri pendant tellement de temps -- 21 ans de ma vie, pour être exacte, ou au moins, c'est la sensation que j'en ai. Là, vraiment, j'avais l'impression d'aller vers un mieux. Et, en fait, je retombe dans ma dépression, parce qu'il y a cette petite voix en moi, qui me chuchote que le monde est vil, le monde est méchant, plein de négativité, et que je ne sers à rien. Je suis insignifiante dans cette marée de mal, alors pourquoi continuer ? 
Quand quelqu'un est heureux, et qui me dit que la vie sur terre est belle, je reconnais sa version des choses, et j'ai tellement envie de lui dire que c'est facile à dire, que c'est biaisé comme point de vue.
Je m'en veux d'exprimer de la jalousie envers les personnes heureuses, et même si désormais, je sais que je ne changerai ma vie pour rien au monde, je le ressens, ce petit pincement au coeur, qui me rappelle continuellement que j'ai juste eu l'impression d'avoir été pillée de ma joie en continu. 

Comment croire qu'il y a du bon en chacun de nous, que la vie est belle, quand à chaque moment de mon existence, le macabre me rappelle à l'ordre ? 

Et je retombe dans ma culpabilité, de ne penser qu'à moi, qu'à mon malheur, et je reste encore paralysée... 

 

IMG_20171023_142136

 

 

Pour ce que ça vaux, Halima, je suis désolée. Je suis désolée d'en faire une affaire personnelle, et de ne penser qu'à mes petits malheurs, alors que de ton côté, cela fait 5 ans que tu nous a quitté. Je suis désolée de ne pas savoir vivre à la hauteur de ma chance, et de me laisser bouffer par ton passé, alors qu'on t'a ôté ton futur. Je suis désolée qu'une telle violence soit encore possible dans notre monde, sans aucune autre raison que celle d'être une femme. Je suis désolée de ne pas te faire honneur. Je suis désolée de me plaindre, continuellement. J'espère me remettre en selle d'ici peu, et inverser la tendance, de laisser un peu de ma faiblesse pour m'inspirer de ton courage. 

Posté par Paperboat à 12:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 7 janvier 2018

Pousse au milieu des cactus, ma rancœur

Pour continuer dans le ton du post précédent, sachez que je continue de descendre. C'est comme ça, apparemment. J'essaye de me battre contre mes sentiments négatifs, mais je n'y arrive pas, blablabla, blablabla. Alors j'accepte c'est bon. Je redescend. 

J'ai l'impression que tout me file entre les doigts, que tout se fait la malle. Incapable de garder un taff plus de six mois, j'ai démissionné. J'ai toujours eu une grande envie pour les portes ouvertes, de me faufiler dedans, d'aller vadrouiller vers l'inconnu. Je ne peux pas m'en empêcher. 

Je cherche désespérement la cause, le pourquoi, tout en sachant que c'est inutile. C'est des manigances de mon esprit pour me faire croire que j'ai toujours le contrôle de la situation, lorsque clairement, je ne l'ai pas. Mais personne ne l'a vraiment, et c'est peut-être là que j'ai un avantage. 

Tout m'insupporte, j'ai l'impression d'avoir à nouveau seize ans et de détester tout le monde sur mon passage. Les gens m'épuisent, le monde m'épuise. Avant, je me mettais en colère, maintenant, je pleure, il y a déjà une amélioration quelque part. Mais j'ai le sentiment continu que rien ne va. Et que rien n'ira jamais. Je suis frustrée, alors que mes attentes sont au plus bas : là, je veux juste arrêter, tout, me rouler dans mon éternelle favorite position foetale, et dormir, dormir, dormir, jusqu'à ce que ma mauvaise saison passe. C'est lâche, je sais, mais je n'ai rien d'autre sous la main. 

Je me réconforte en me disant qu'à chaque descente, j'ai amorcé la remontée. Il me faut du temps, il me faut des pleurs, du coeur, du sang, mais je remonte la pente. Je me déteste, je peste, j'empeste la défaite, je siffle entre mes dents, j'ai la sensation de ne jamais réussir à m'élever, et puis je râle, pour à peu près tout, mais je remonte, lentement. C'est juste tellement épuisant, de passer par toutes ces émotions, et pourtant, c'est à chaque fois c'est nécessaire. Juste, je suis tellement fatiguée. J'ai l'impression de craquer, continuellement, d'être une banquise qui se brise entièrement, pour gentiment dériver vers des eaux inconnues pas forcément accueillantes. 

La sensation d'être toujours en décalé par rapport à tout ce beau monde bien rangé, bien dans leurs baskets, qui ne passe pas par la haine et la destruction dès lors que quelque chose va mal. Alors, pourquoi est-ce l'une de mes réponses favorites ? 

Mais surtout, pourquoi je me sens bien à chaque effondrement ? A chaque fin, couplé à ma tristesse, je ressens un doux soulagement. J'adore couper les cordons : ce moment où ma peur, mon appréhension s'envole, pour laisser place à l'excitation de la suite. C'est ça, avancer : c'est savoir dire au revoir à certains éléments du passé. Non pas que ces mêmes éléments soient moins bons, mais ils sont seulement vieillissants. J'ai trop usé mes yeux à regarder ces mêmes choses, et je veux changer de paysage. 

Avant chaque nouveau commencement, ma tristesse fait l'éloge de mon amour pour ce que j'abandonne derrière moi. J'ai le cerveau vagabond : il ne supporte pas la routine, il n'aime pas être restreint, il n'aime pas se sentir bridé. Une soif de nouveauté qui ne s'arrêtera, je crois, que lorsque je serai morte. Une envie inextingible d'avancer, d'explorer, j'ai la bougeotte de l'encéphale. Je n'aime pas les habitudes, je n'aime pas la paresse cérébrale, et je me fustige en permanence pour ne pas repasser deux fois au même endroit. 

Donc, je descend dans mes émotions comme un randonneur qui descend d'une montagne (A CHEVAL. ELLE DESCEND DE LA MONTAGNE A CHEVAL. pardon mais j'ai pas pu m'en empêcher, pour les sceptiques : non, je n'ai pas de cheval, et si un jour je me mettais à l'équitation, j'aurais sûrement un poney nain, à la limite un Falabella). Descendre, pour mieux observer tout ce qu'il y a encore à grimper. Descendre dans le froid, loin du soleil, pour renforcer mon moi, ce qui est important, ce qui me motive, ce qui est vrai. Pour mieux remonter, encore plus forte, et décidée, vers les sommets que je choisis. 

 

Le bonheur que j'ai longtemps recherché est finalement surfait. J'ai toujours été triste, j'ai toujours été émotive, dégoûtée des hommes, de leur bêtise constante et de leur asservissement à leurs habitudes. Je me suis toujours sentie en marge, de par mes émotions négatives, par mon enfermement sur moi-même, par ma vision des choses, pessimiste.

Et je n'avais jamais compris que cette bassesse d'esprit a toujours été mon moteur : j'ai toujours voulu "plus" : être plus heureuse, être plus joyeuse, quitte à frôler l'hystérie. Je me suis tellement affamée de bonheur, que c'en est devenu une obsession. Cette obsession m'a fait souffrir et m'a fait galérer durant une bonne vingtaine d'années. 

Mais cette obsession du bonheur s'est petit à petit transformée en ambition : une chose que je pouvais, finalement, approcher. Le fait d'avoir été au plus bas permet de savoir, de se dire que rien n'est important, de se lancer, peu importe le résultat : je suis déjà déçue, pour un millier de raisons, autant être déçue par moi-même et m'offrir ma compassion. 

J'ai toujours affirmé, qu'être heureux c'était être bête, avant de changer d'avis, car évidemment, vivre toute une vie dans la souffrance n'est pas une option viable. Mais vouloir être heureux à tout prix, vouloir être toujours au top, au-dessus, ça, c'est être stupide. C'est une vaine tentative de masquer sa réalité, au lieu de l'accepter, et je crois qu'ENFIN, à 25 ans, ça commence à entrer dans mon petit crâne. 

 

Alors vous savez quoi ?

J'accepte, j'accepte ma maladie, j'accepte mes afflictions mentales, j'accepte et j'embrasse toute ma souffrance. Parce que cela me fait encore plus de mal lorsque je la refoule. Et parce que ma souffrance m'a énormément apporté. Contre-intuitivement, ma souffrance m'a appris à être réellement heureuse. Et c'était tout ce que je voulais. 

J'accepte d'être "tarée", d'avoir mon pet au casque (que j'ai toujours eu, quand j'avais 3 ans j'ai chié sur la moquette du banquier de mes parents, à croire que j'ai toujours été anti-conformiste). 

J'accepte mon auto-mutilation : ça faisait 4 ans que je n'avais pas craqué, et là, récemment, j'ai craqué, je me suis infligée des micro-coupures.

Je m'étais dit plus jamais, plus jamais de comportement auto-destructeur. Mais ça m'a fait un bien fou : je ne cherche plus le suicide, je ne cherche plus à me détruire systématiquement. Ces coupures ont été différentes, car en "replongeant", j'ai compris que ce qui était destructeur, c'était de ne pas m'aimer telle que je suis, dans toute ma folie négative et positive. Ce qui est destructeur, c'est de refouler toutes ces tendances au fond de moi en les ignorant, en les dénigrant, en les détestant, car en ce faisant, je me déteste aussi. Et j'ai déjà assez perdu de temps comme ça, inutilement, à me détester.  

Je ne peux pas être sans accepter toute la douleur en moi, car elle fait partie de moi. Je n'ai pas été seulement victime "d'épisodes dépressifs". J'ai grandi de cette manière. La souffrance fait partie de moi, et la douleur me fait vivre. Il existe sûrement des manières plus saines de vivre, et je n'exclus pas qu'un jour, je troquerai mes douleurs contre de la sérénité. Mais, j'ai compris que ma capacité à être triste cache une énorme capacité : celle d'être également heureuse avec pas grand-chose. Si je peux être triste à -4000, cela veut dire que je peux aussi ressentir du bonheur à + 4000. Parce que ma douleur et ma capacité à être triste reflètent tout simplement ma sensibilité. C'est mon spectre de ressenti. Je suis bénie, de pouvoir ressentir les choses aussi intensément, autant dans la joie que dans la tristesse. Et toute l'énergie que je mets à vouloir effacer ce côté de moi, c'est de l'énergie perdue. 

 

Enfin, malgré toute ma négativité, constante, ambiante, malgré tout ce qui m'est arrivé, tout ce qui aurait pu me pousser à choisir la haine, la frustration, le dédain, j'ai toujours choisi l'amour. Il m'a fallu beaucoup de temps, parfois, pour pardonner, il a fallu que j'écoute toutes les personnes qui m'ont fait du mal un jour, et même s'il m'a fallu parfois des années, j'ai toujours donné à l'amour une plus grande place qu'à ma haine et à ma colère. Je suis colérique, c'est vrai, mais je ne me suis jamais vraiment donné raison. Il a fallu que j'écoute des amis et proches qui osaient me dire que j'avais tort, pour me remettre en question, pour faire passer l'amour avant mon égo. 

Et, j'en suis fière, je crois. Il existe même une personne que je n'ai pas encore pardonné. Je ne sais pas si j'aurais la force de lui pardonner un jour, mais j'ai toujours dit que ce jour-là serait mon jour de paix. Donc, vous voyez, malgré toutes mes émotions négatives, au final, j'ai toujours choisi l'amour pour les autres, la compréhension, et le respect. Et ça a été dur, car choisir l'amour, ça n'est pas naturel pour moi, mais au final, ça reste plus fort que tout. 

 

Alors si je suis capable d'autant d'amour pour les autres, il serait peut-être temps que je m'en accorde à moi-même. Que je me pardonne, de la même manière dont j'arrive à pardonner les autres. Et je n'ai pas à m'excuser d'être qui je suis, car je ne l'ai pas choisi. Ce que j'ai choisi, par contre, c'est de m'améliorer à chaque instant, d'inverser la tendance en moi. 

 

tumblr_nru4xn6JFd1ut1kpfo1_500

 

Posté par Paperboat à 01:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 4 décembre 2017

What goes around comes around

Très cher journal de bord,

Plus les années passent, et moins je viens te rendre visite. J'ai eu la sensation, il y a quelques années (deux, ou trois, parfois quatre, selon mon degré de positivité du jour), j'ai commencé à réellement aller mieux, à arrêter de me détester sans raison, à sortir, petit à petit, de ma dépression. J'ai même eu un moment d'amour fugace envers moi-même, chose que je ne pensais pas, un jour, ressentir. Parfois, je ressens ce qui s'apparente à de la fierté, ou au moins, de la satisfaction : j'ai fait beaucoup de chemin, beaucoup, beaucoup beaucoup, et j'ai travaillé, énormément, sur moi-même. J'ai travaillé inlassablement pour me remettre en question, remettre en question mes schémas de pensée négatifs, remettre en question mon pessimisme ambiant. J'ai dû travailler sur mes raccourcis (de merde) dans ma tête, et, je crois que c'est ça qui me permet de me dire que j'aurais pu être pire. 

J'aurais pu persévérer dans ma souffrance, en continuant à la subir sans la comprendre réellement. Et je me remercie d'avoir eu un jour un déclic, d'avoir décidé, après ma dernière tentative de suicide, de ne plus jamais descendre dans ces affres là. Vraiment, j'ai souhaité ne plus jamais souffrir de la sorte, et je crois que ça a été le cas : bien que j'ai eu des moments où j'avais très, très très très envie de recommencer à me faire du mal, à ce jour, ce n'est plus d'actualité. 

 

Mais j'ai fait une erreur, et c'était celle de croire que je serai une personne radicalement différente après ma "guérison". Je ne me considère plus dépressive : j'ai des moments de mou, il est vrai, j'ai des crises, parfois, mais je ne cherche plus à mourir par tous les moyens, et écoutez, c'est déjà énorme, et ça m'a permis de tellement respirer. 

Je n'avais cependant pas compris que cette tristesse, cette colère d'être moi, fait partie de moi-même, au même titre que mes yeux, au même titre que mes mains, ou mes ongles. Je pourrais passer mon temps à les vernir, je pourrais passer mon temps à me mettre du fond de teint, mes cicatrices ne partiront jamais réellement. Elles me dérangent moins, mais il y a des jours, ce genre de jour où l'on est fatigué, où l'on est fragile, où l'on ne sait plus réellement comment prendre soin de soi-même, qui remettent à vif ces blessures. 

Il y a des jours, parfois des week-ends, parfois des périodes, où j'ai une boule au ventre, où mes larmes coulent, seules, sans mon accord, sans rien me demander. Des moments où mon discours mental n'a pas beaucoup évolué. Je deviens réellement mélancolique, et j'ai beau mettre en pratique tout ce que j'ai appris ces dernières années (la méditation, le yoga, l'écriture, le chant, le dessin), rien ne semble faire effet. 

J'ai juste envie de me mettre en boule et pleurer, sans aucune raison apparente, excepté celle d'être moi-même. 

Rien ne fait passer mon sentiment de tristesse, il me faut plusieurs tentatives, plusieurs moments où je m'accompagne par la main, comme un gamin qui aurait peur de la lumière. J'essaye de me tirer vers le haut, de me dire qu'à une époque, je n'avais même pas l'espoir d'aller mieux. J'essaye, vraiment, de faire baisser ma colère, j'essaye de respirer, j'essaye d'être active, de ne pas me laisser bouffer par mon engrenage dépressif.

Je résiste, je résiste, je me promets d'y arriver, pour ne jamais respecter cette promesse envers moi. Je n'arrive jamais à résister longtemps, et de toute façon, je ne crois pas que résister m'est bénéfique : le temps passé à résister n'est qu'un miroir qui me montre à quel point je ne contrôle pas ma situation.

Alors je sombre, je me dis tant pis, c'est pas grave, j'ai déjà été tellement mal, je suis déjà heureuse d'avoir pu goûter au bonheur, d'y avoir cru, d'être allée le chercher de mes propres mains. Pour moi, rien n'était plus important que ça : me sentir, un jour, satisfaite de ma vie, et de moi-même.

Et j'ai mis toute la volonté du monde pour perpétuer ce sentiment, en moi. 

C'est ici que ça fait mal : toute ma volonté ne suffit pas, en fait. Parfois, c'est pas une question de volonté. Parfois, c'est une question de maladie, c'est une question de fonctionnement cérébral, c'est une question de sérotonine et de récepteurs. C'est une question d'handicap.

Je répète que je vis bien avec ma dépression, et franchement, c'est vrai, je suis désormais quelqu'un qui vit, au lieu d'être une personne prostrée qui ne sort que 2 jours dans sa semaine.  Il y a eu des semaines où je ne sortais même pas. Maintenant, je m'autorise 2 jours sans sortie par semaine MAXIMUM. J'ai inversé la tendance, et y'a rien à redire là-dessus. 

Excepté le fait que renverser la tendance ne veut pas dire échapper aux pensées noires qui m'envahissent, comme ça, sans raison. J'ai fait l'erreur de voir mon humeur comme une pente, qui monterait ou descendrait de manière simple. J'ai fait l'erreur de croire qu'en étant en haut de cette pente, il faudrait du temps pour redescendre, j'ai fait l'erreur de croire que mes efforts maintiendraient cette pente à son beau fixe. 
C'est pas du tout comme ça, mes humeurs. 
Je suis au beau fixe, et je vais me coucher, et le lendemain, je me réveille en pleurant sans aucune raison, et rien, rien ne va. Alors je redouble d'efforts : mais non Tahra, tu sais que c'est faux, tu sais bien que ça va, tu sais bien que tu es chanceuse, tu sais bien que tu es plus heureuse maintenant, tu le sais. Allez Tahra, ne te laisse pas abattre, lâche-rien, continue tes activités sans te poser de questions, sans réfléchir. Laisse la petite voix te pourrir de l'intérieur et n'y prête pas attention, tu sais qu'elle a tort, tu le sais, qu'elle a une vision tordue de la réalité, tu le sais bien. Tu le sais, qu'en pensant de cette manière, tu entretiens ton mal-être. 
Et je suis calme, je vous jure. Je me répète ces pensées en boucle, comme un mantra : non, non, bats-toi, non, ne retourne pas "là-bas". 
Mais au bout d'une vingtaine de minutes, au bout d'une heure, au bout de deux jours, ça dépend des fois, ça dépend des périodes, je craque, parce que mes efforts me servent à rien. 

Réellement, ça ne me sert à rien. Je me sens toujours aussi nulle, je me dégoûte toujours autant, je suis toujours aussi apathique. j'essaye de faire des choses pour ne pas penser, vraiment, mais ça revient, ça revient toujours.

Ca finit toujours par revenir, et je m'effondre, je pleure, je dors. Rien de nouveau sous le soleil quant à comment faire passer sa tristesse. 

Et ça reste compliqué à vivre (côtoyer des collègues, vivre en colocation donc laisser les colocataires te voir dans cet état, se renfermer sur soi-même parce qu'on n'arrive pas à pleurer avec un ami, inquiéter ta famille lorsqu'ils entendent ta voix). Et ça me gonfle.  Je pensais sincèrement que j'allais réussir à contrôler mes états d'âmes, au moins, à m'en détacher pour moins les subir. 

Mais non.
Il y a deux semaines, j'ai tellement craqué que j'ai eu envie de m'ouvrir le crâne. Je m'enfonçais mes ongles dans ma main pour ne pas succomber à la tentation de me griffer. J'avais vraiment cette obsession : je voulais me griffer tout mon crâne, mon front, mes joues, j'avais envie que ma peau se décolle de mes os. 
Je me sens tellement nulle de continuer à ressentir ce genre d'émotions. Alors que je crois dur comme fer qu'un jour, j'irais mieux, encore mieux. Pour moi, ça ne fait aucun sens, aucune consistance : comment je peux croire qu'un jour, je changerai, quand je me comporte de cette manière envers moi-même ? ALORS QUE JE NE SUIS PLUS DEPRESSIVE ?!

Et vous me direz "mais lol elle s'en rend pas compte qu'elle est toujours tellement déviante, même si elle dit qu'elle va mieux ?", et je vous répond, si, bien sûr, bien sûr que je m'en rend compte, et c'est bien là où ça me fait mal, ça me fait tellement mal, ça me met en colère, tellement en colère, de me rendre compte que j'en suis toujours là, que je ressens toujours de la haine à mon égard, que j'ai toujours envie de m'éliminer. Ca me fait mal d'avoir autant travaillé, pour continuer à vivre ces crises. 

J'ai l'impression d'être juste encore plus nulle que je me décris, si c'est possible. J'ai l'impression d'être un alien, d'être seule, cachée dans la société, à vivre de cette manière. Parce que je fais presque tout pour me sentir mieux, et je retombe, inlassablement, dans les mêmes trous. On dirait que je n'ai rien appris du tout. 

J'ai eu une attente trop élevée avec moi-même, qu'il faut que je revois à la baisse (même si je ne fais déjà qu'un mètre cinquante cinq). Il faut que j'accepte, définitivement, que mon cerveau n'est pas le même que la population normale, dans laquelle je cherche à m'insérer. Une population que je déteste faussement, car je la jalouse. Une population que j'essaye de copier par tous les moyens. 

Alors je me rend compte que j'ai peur de moi-même. J'ai peur de ce que je peux devenir, j'ai peur de faire de la merde, comme j'en ai toujours fait jusqu'ici. J'ai peur de continuer à réaliser que je me cause mes propres soucis, sans trouver comment m'échapper de mon cercle vicieux (je pense que je suis nulle alors je fais des trucs nuls alors j'apparaîs comme nulle alors je pense que je suis nulle, ad libitum). 

 

Il faut que j'accepte que je suis une personne noire, fragile, qui déborde d'optimisme parfois mais jamais bien longtemps, il faut que j'accepte que je vais passer 50% de ma vie à ressentir des émotions négatives, parce qu'apparemment, je ne le choisis pas, je n'arrive pas à le combattre, je n'arrive pas à enrayer mon système. Il faut que j'arrive à me satisfaire de mes petites victoires : j'ai réussi à finir mes études, j'ai réussi à rapper en open mic et à être applaudie, j'ai réussi à avoir un copain depuis plus d'un an maintenant sans le tromper, et j'ai passé quatre putain d'années sans m'auto-mutiler. 

La seule grande différence entre la moi de maintenant, et la moi dépressive, c'est que la moi de maintenant sait que ses états dépressifs sont passagers. Ils peuvent être parfois courts, parfois longs, intenses, modérés, exagérés, provoqués, mais ils ne durent pas. 

 

Et pour tenter de me remonter le moral, voici ce que j'ai écrit en février 2017 (ça y est je m'auto-cite, il faut que je brûle) : 

"Je sais que je passe mon temps à me plaindre, et à dire que la vie est noire, mais c'est justement parce que je la vois telle qu'elle est que ces moments de bonheur sont si chers à mes yeux. Et que je ne les lâcherais pour rien au monde. C'est ce qui fait que je suis toujours là aujourd'hui, et même si je titube, même si j'échoue, je suis toujours là, et j'avance. Et je n'y crois pas moi-même, mais je sais quelque part que je n'abandonnerai pas."

 

a5bBELG_700b

 

Le premier parle sans voir, sans observer. 
Le second se laisse porter par les autres.
Les troisièmes restent en cercle fermé, créant ainsi leur propre réalité. 
Le quatrième donne sans réfléchir.
Le cinquième observe sans parler. 

Ils sont tous moi, à leur manière.

Posté par Paperboat à 18:40 - Commentaires [1] - Permalien [#]


samedi 17 juin 2017

All nineteen years of my life I've been in conflict with myself

Le dernier mois a été plutôt riche en enseignements, donc fidèle à ma plus vieille habitude, je reviens noircir quelques pages web de ma logorrhée mentale, histoire d'y faire le tri, et d'y voir un peu plus clair. 

Je voulais écrire quelque chose de positif, car je m'efforce toujours de consigner mes pires pensées, mais jamais les lumineuses, jamais celles pleines d'espoir. J'en ai, parfois, qui partent & virevoltent aussi vite que Valls quitte le PS.

Je voulais raconter la première fois où j'ai réussi à méditer. Cela fait plusieurs années maintenant que j'essaye de devenir Aang (déjà parce que moi aussi j'ai envie de me raser le crâne, parce que je suis persuadée que mon élément c'est l'air, et parce qu'accessoirement je dois également avoir le même montant de centimètres) et de maîtriser un état d'Avatar, et bien que je suis descendue (ou montée, selon les jours) plusieurs fois dans mon esprit, je n'y ai jamais été apaisée. Je n'arrive pas forcément à combattre mes pensées - vous savez, la dernière fois j'ai lu "Jardin des Planctons" à la place de Jardin des Plantes et j'étais morte de rire en imaginant Plankton de Bob l'éponge envahir un jardin entier, PAR EXEMPLE -, je suis plutôt du genre à me laisser emporter par mon flot (flow ? i wish)(ou fléau ?)(stop les parenthèses multiplicatrices), et à ne jamais savoir m'arrêter. Et bien, récemment j'ai réussi à me faire revenir à moi-même, à observer mes pensées, et à revenir en méditation, et ça pour moi, c'est beaucoup. Je suis affligée par mes propres pensées la plupart du temps, j'ai tendance à penser que mes états négatifs persévèrent et ne partiront jamais, ne me laisseront jamais tranquille, je suis d'avis à penser que je resterais aussi pessimiste toute ma vie, et que ma déprime me collera au train aussi bien qu'un chewing gum s'accroche à la semelle d'une vieille basket : sans que l'on s'en rende compte, on a déjà parcouru des kilomètres avec, et avant qu'on puisse penser à l'enlever, il a déjà infiltré les rainures de la chaussure, et on ne peut plus s'en débarasser. Je suis persuadée que je n'évoluerais jamais (c'est comme si j'avais un très mauvais maître pokémon, ou alors il m'aime pile comme je suis)(je n'ai jamais joué à Pokemon), et donc il est DUR de me dire qu'un jour j'arrêterais de faire mon ado déprimée de tout, de me dire qu'un jour moi aussi j'aurais des relations stables, un cercle d'amis que je verrais régulièrement, que j'arrêterais de piquer des crises de colère pour des choses au fond insignifiantes.

Mais là, j'arrive à revenir à des états neutres. C'est pas tout le temps, c'est pas rapide, mais j'arrive à changer mon paysage mental par ma volonté. Et je crois que ça ne m'était jamais arrivé avant. Du coup, c'est déjà sacrément positif. Forte de cette nouvelle capacité (sagesse +14), je me suis adonnée de manière plus fréquente à la méditation - c'est toujours plus plaisant de s'engager dans quelque chose que l'on réussit, bien que le but de la méditation soit justement... de ne rien changer et d'apprécier les choses telles qu'elles sont. Et pour la première fois de ma vie (encore une fois), j'ai réussi à méditer durant une vingtaine de minutes. Je n'ai jamais réussi à méditer longtemps parce que lorsque je faisais "le vide" dans mon esprit, j'y retrouvais certaines images mentales difficiles, et surtout je m'entendais en continu m'insulter et me dénigrer. Je n'arrivais pas à me battre contre ça, et ces 5 minutes de méditation étaient déjà épuisantes, je finissais par pleurer, ce qui me déshydratait, parce qu'on est en plein mois de Juin à Montpellier et chaque goutte d'eau devient vitale. Je n'aimais pas méditer pour me rendre compte qu'au plus profond de moi-même, je me hais, et ça, ça n'a pas changé d'un iota depuis des chandeliers (lustres, chandeliers ? vous voyez ma blague ?). Avant de comprendre que méditer n'allait pas m'aider à combattre ces pensées morbides, mais à les accepter, et à ne plus leur prêter attention. J'ai été libérée d'un poids tellement énorme lorsque j'ai compris ça. Que je n'allais plus gaspiller mon énergie à ne pas être ce que je suis (un coton-tige mi gothique-mi marshmallow), mais que j'allais m'employer à faire ressortir le meilleur de moi-même (et vu qu'il y a pas grand-chose, ça facilite la tâche). 

Et donc pour revenir à nos brebis, cette fameuse méditation de vingt minutes (la seule à ce jour), j'étais comme sur un pétale dans mon esprit, et j'étais en sérénité, et je flottais parmi tout ce que j'étais, et pour une fois j'étais pas prise de violents relents de vomi parce que je me dégoûtais, j'étais apaisée, et ça fait la différence. J'ai vu pourtant les mêmes choses, mais mon regard a changé. Et, au fond, de nulle part, j'ai entendu mon cerveau me répéter en boucle "ça ira, ça ira, ne t'inquiète pas ça ira", et ça m'a tellement frappée que j'ai ouvert les yeux, et je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer, de soulagement. Donc je voulais quelque part faire honneur à cette pensée, et au fait que parfois, je suis capable de m'attirer aussi de bonnes foudres (comme un orage rafraîchissant après trop de chaleur). 

 

Sinon, mon anniversaire approche à petits pas petits petons, et ça, par contre, ça m'apaise pas du tout. C'est toujours pour moi l'occasion de faire le bilan et d'être déçue (mon humeur number one), parce que je considère que je ne fais rien, ou que je fais de la merde. Cette année, malgré mes nouvelles aptitudes bouddhistes, je n'ai pas échappé à la règle et ça fait bien un mois que je me morfonds POUR UNE PUTAIN DE DATE. Alors j'ai essayé de méditer dessus, et il en ressort qu'au delà de la haine que je me porte, je n'aime pas les anniversaires parce que je ne vois pas l'intérêt de les célébrer. Dans ma grande tradition nihiliste, je trouve que nous sommes juste un amas de cellules qui se prend un peu trop au sérieux, et j'attends sagement la mort. Dans le sens où c'est tout de même l'un des derniers gros mystères qu'il nous reste à élucider et que je suis trop curieuse. Je fais ma vie comme on va au lycée, en attendant d'en être libérée, et en essayant de m'autoriser le plus de libertés possibles pour que mon temps paraisse moins long.  J'ai hâte de mourir, non plus par amour pour les sphères suicidaires, mais parce que ça m'intrigue réellement, tout comme quand j'avais cinq ans et que j'avais passé une demi-heure à faire le deuil de la première mouche que j'ai tué. Je crois que c'est là que je me suis demandée au fond à quoi ça rimait d'être en vie, si tu pouvais mourir comme ça, d'un revers de main infligée par une gamine qui était trop occupée à gérer les disputes de ses amis imaginaires. Je veux dire si moi j'arrivais à faire ça, à tuer un être vivant, alors nul doute que des animaux plus grands allaient avoir envie de me tuer aussi, et le pourraient, sans grands efforts. La seule différence, c'est que du côté des humains, on a la loi et les prisons, et on a beau aller en prison en torturant des chats, on n'enverra jamais personne en prison pour avoir torturé des fourmis. Alors okay, c'est bien beau d'avoir réussi à construire la société, d'avoir réussi à établir des règles tacites entre peuples, mais le résultat est que nous ne valons pas mieux qu'une mouche. Nous sommes des parasites à la surface de la terre qui ne pensent qu'à eux-mêmes, et on ne se rend pas compte que nous ne sommes rien. 


Mais c'est ce qui nous rend si extraordinaires. Ma chatte regarde toujours sept fois à droite ET à gauche lorsqu'elle traverse pour ne pas se faire renverser, et moi, j'ai la prétention humaine de parfois ne même pas me fader un regard avant de me lancer sur la route. J'ai confiance (comment & pourquoi, ça me dépasse, car je croyais pourtant ne faire confiance à personne) que je ne mourrais pas aujourd'hui, et ça me suffit comme croyance pour me lancer dans des actes irréfléchis. On a pourtant la capacité cérébrale pour trouver la vitesse de la lumière et inventer le concept mathématique d'intégrales, mais on est toujours en train d'appuyer plus fort sur le bouton de notre télécommande en croyant que ça marchera mieux. Incroyable de voir comment l'humain peut avoir de multiples facettes.

Je reste donc bien fidèle à ma condition humaine, heureuse de savoir mieux appréhender ma vie sur terre et ce que je suis, mais tout de même un peu déçue d'être forcée à rester jusqu'à la fin de la fête. Je n'aime pas les fêtes. Je reste persuadée que ça n'est pas mon monde (je ne rigole qu'à moitié lorsque je dis que le docteur est ma religion), je dois venir d'une planète où personne ne se parle, excepté en musique et pour se donner du chocolat. Je ne me sens pas à ma place, et je crois que ce sentiment perdurera (à tort, sûrement), et je ne vois pas l'intérêt d'être heureuse de tout ça. 

Mais c'est bien là mon problème avec la vie : je ne vois pas l'intérêt d'être heureuse de choses naturelles. Bien que je sois heureuse de voir des choses naturelles (je rêverais de voyager autour du monde pour me remplir les pupilles). Dualité à la con.

Posté par Paperboat à 00:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]

mardi 25 avril 2017

She only walks just to count her footsteps

Avant, quand j'étais jeune & fringante (mais toujours dotée de ma taille de fille fragile de CM2, trop petite dans les pantalons "pattes d'eph" de l'époque Loana), j'écrivais tout le temps, j'écrivais dès que quelque chose d'un peu extraordinaire m'apparaissait, j'aimais consigner les moindres faits dans leur exactitude (j'ai toujours aimé l'exactitude, il est ironique de voir que ma mémoire n'est que partielle), je faisais une jolie collection de moments, je les enfilais comme on enfile des perles sur un fil (et quand j'avais huit ans je faisais des libellules/tortues/crocodiles/tortues de rocaille alors j'en ai enfilé, des perles), de manière à me confectionner une parure, bien sertie, originale, que je pourrais présenter à tout un chacun dès la première interaction.

Etant plutôt stressée lors de rapports humains (& même non humains, vu la fréquence avec laquelle je m'excuse aux objets... mais jamais à mon portable pour une raison obscure ?), j'égrenais ces perles, de ma petite vie, assez banale en somme, mais quand même remuée (mais ça, c'est parce que mon cerveau est trop hyperactif, il a tendance à s'exploser dans toutes les directions, bonnes ou mauvaises).

Je me disais que ça faisait un bon CV : tu sais que je suis capable de me pointer au collège affublée d'un déguisement de nain de jardin, que j'ai déjà fait du stop en contrées allemandes, que j'ai eu (brièvement, mais tout de même notable) une forme de respect pour Patrick Sébastien, ou encore que j'étais incapable d'ouvrir des bières avec un briquet (hier, j'ai même repoussé les limites de cet acte : j'ai voulu utiliser un briquet pour ouvrir une Kronembourg qui s'ouvrait en tournant la capsule). Tu savais que j'étais prête à tout pour voyager, j'ai même voulu vendre certaines parties de mon corps (mais pas dans un sens sale, dans un sens mère porteuse ou donneuse d'ovules, vu que franchement, les gosses c'est comme les punaises de lit, je préfère quand c'est les autres qui en ont) afin de pouvoir être immensément riche, ce qui m'aurait permis de me débarasser de certaines parties de ce même corps (épilation au laser définitive, cheveux arc-en-ciel en tout temps), ce qui m'aurait permis d'être repérée dans un casting de mannequins nains (je vous ai bassiné longtemps avec mon envie d'être mannequin pour pieds en Chine, j'ai appris cet hiver grâce à un vendeur de chaussures de ski que je faisais du 34, ce rêve est donc plus proche que jamais), de tuer toutes les autres participantes grâce à mes connaissances extrêmes en Agatha Christie (on peut tuer quelqu'un avec du phosphore, ce qui fait qu'un halo phosphorescent s'échappe de sa bouche au moment de la mort, j'aurais pu faire croire que j'étais prêtresse vaudoo tranquille), donc de gagner, et d'être riche, célèbre, avec un sentiment de puissance. 

J'aimais beaucoup toutes mes anecdotes, je me considérais comme une série d'évènements plus ou moins plausibles, tous réels, qui déambulait dans l'espace temps qui lui a été donné afin de former plus d'évènements aléatoires dans son environnement immédiat. 

En grandissant, je suis devenue fatiguée des anecdotes, elles s'accumulaient en moi sans jamais donner une forme attrapable, sans jamais faire sens entre elles, elles s'additionnaient, là où elles auraient dû s'harmoniser. J'étais surtout persuadée que je ne pouvais être personne si je ne rentrais pas dans une case bien définie (ah, cette obsession humaine de vouloir rentrer dans des boîtes, et on ose que nous sommes supérieurs aux chats), si je n'allais pas dans une direction bien définie. J'avais l'impression qu'une série d'anecdotes plus aléatoires les unes que les autres n'était rien, que ça n'était pas solide.

J'étais donc devenue à mes yeux un petit épouvantail de papier, transperçable les jours humides, sec mais froissé dans ses beaux jours.

& je me suis mise à ne plus comptabiliser tous mes petits moments de vie. Je me suis mise à ne plus respecter mes listes, je me suis mise à remettre mes idéaux en questions (certains idéaux, ne pensez pas qu'un jour j'arrêterais d'aimer Jim Morrison ou le chocolat Lindt), j'ai voulu montrer que je valais quelque chose, en dehors du fait que je savais apprécier la vie pour qu'elle était -- un enchaînement plus ou moins provoqué d'histoires que l'on observe s'accomplir.

On nous demande de produire, en continu, notre chemin, mais on préfère quand ce même chemin reste dans l'orée de ceux déjà existants. Il ne faut pas tourner en rond, il faut être celui qui va le plus loin, celui qui a la meilleure voiture pour aller plus loin, à défaut, celui qui a la plus belle voiture, celui qui est le mieux accompagné. 

J'ai la sale impression qu'on nous demande en continu de nous justifier : on doit se justifier d'une passion, d'un type d'humain que nous préférons embrasser (je ne sais PAS répondre à la question "quel est ton type d'homme ?", je suis sortie avec des grands, des petits, des français, des non français, des gens sérieux, d'autres beaucoup moins, et on oublie la moitié de la population dont je serais susceptible de tomber amoureuse également), on doit se justifier d'avoir un logement fixe (LOL sur ce point je n'ai jamais été aussi SDF, je vis à moitié chez ma maman d'amour et l'autre moitié chez mon copain d'amour, ça n'a pas l'air de me gêner d'avoir des milliers de cahiers enfermés dans des boîtes, ce qui renforce ma conviction que je finirais à la rue), on doit se justifier d'avoir un boulot fixe, un joli CDI (mais est-ce que ça existe encore ?), d'être attirant, d'être attiré, on se doit en permanence d'updater notre photo facebook quand on estime que l'ancienne est un peu vieillotte, quand on vient de se couper les cheveux (et héhéhéhé vous aurez pas de photos de ma superbe décoloration ratée qui fait que je ressemblais à un guépard, mais seulement de tête), c'est un crime si on a gardé notre adresse mail AVEC NOS NUMEROS DE DEPARTEMENT DEDANS.

On se doit d'avoir des amis, d'aimer sa famille mais pas trop (sinon ça veut dire que t'as pas coupé le cordon), d'être drôle mais pas tout le temps, d'être raisonnablement en retard, de boire deux bières mais pas trois en semaine, de boire au moins trois bières mais pas moins de deux en week-end, on se doit d'aller voter (j'annonce : je ne crois pas aux élections, en fait je crois que je suis utopiquement anarchiste ?), on se doit de choisir un candidat même si on va pas voter, et puis si on choisit pas de candidat, alors on se doit de voter blanc, on se doit de porter les mêmes affaires qu'on va tous chiner d'un air snob dans des vide-dressings tenus par nos potes, on fait style que ces fringues sont trop belles & originales alors qu'on a tous les mêmes, être original est devenu banal, on se doit de ne pas baver en public, de ne pas montrer sa gorge quand on baille. Sachant que par le simple fait d'être une fille, il y a une chance non négligeable qu'un homme nous montre une autre partie de son anatomie un peu plus privée, sachez que je m'en contre-fous d'observer les molaires de certains de mes congénères humains. Je n'aime pas voir celles de MLP, parce que ça voudrait dire qu'elle rit aux éclats, et puis bon, je préfèrerais qu'elle se remette en question sur sa vie et que ses commissures atteignent ses pompes plutôt que ses joues (mais ça c'est mon avis tout personnel). En plus, parfois quand les gens baillent, je peux observer si ils ont des caries ou non, & dans l'affirmative, sachez que je me sens beaucoup moins seule (je n'aime pas les dentistes. je n'aime pas mes dents. je n'aime pas que l'on fasse mal aux dents des autres). 

On se doit d'être beau, si on est pas beau, alors on se doit d'être intelligent, si on est pas intelligent, alors on se doit d'être utile, si on fait défaut à tout ceci, alors tu te dois d'être aimé, d'avoir des potes. Si tu n'as rien de tout cela : essayes encore. 

Donc j'ai voulu, à mon tour, essayer d'avoir une direction précise, j'ai voulu "devenir quelqu'un" (grande formule pour dire que tu souhaites devenir quelqu'un... comme tout le monde, au final), j'ai essayé de m'occuper de mon physique (je le fais toujours, à 24 ans, ça y est, je me suis enfin presque familiarisée avec le ROUGE A LEVRES que j'ai soigneusement évité pendant une décennie) en portant des talons aiguilles & des robes aguicheuses (je le fais toujours, j'adore mes robes & mes talons), j'ai voulu être intelligente (je me force actuellement à finir mon master en psychologie cognitive), j'ai voulu être utile (ceux qui traînent avec moi savent que j'aime aider, et j'essaye de toujours aider l'autre, dans la mesure de mon petit possible), j'ai essayé d'avoir une bande d'amis proches. J'ai voulu devenir quelqu'un, moi aussi, on n'a fait que me répéter à l'école que j'écrivais bien, que je lisais vraiment vite, que j'étais vraiment rapide, putain qu'est ce que j'allais aller loin. J'ai fait S, alors que j'aurais préféré ne rien faire du tout (j'ai détesté le lycée, excepté les moments hip hop passés avec Nadia d'amour), je me suis dit que j'allais être directeur artistique en pub (oui, j'ai vraiment cru que j'allais supporter bosser dans la pub, je ris à m'en dévoiler mes caries), avant de me rendre compte que j'étais définitivement pas assez mainstream pour ça. Après je me suis dit que j'allais aider les gens et faire de la psychologie (bonjour les bisounours, c'est moi, Bisounours Tahra), et puis au final, je me rend compte qu'en tant que personne, si je m'écoute moi-même, je n'ai envie de rien de tout cela.

J'ai envie de ne devenir personne, et de savoir être heureuse en étant personne (oui, mon personnage préférée de GoT est Arya Stark). C'est la chose la plus dure à effectuer dans ce monde peuplé d'injonctions qui viennent de partout, sauf de toi. C'est la master-class de la vie. Achievement Unlocked : Life Guru.

J'ai envie de ne travailler pour personne. Je n'ai pas envie d'être employée dans une boîte, j'ai essayé, ça m'a traumatisé (les gens, toujours, ils sont tellement tous regroupés dans un bureau que mon anxiété devient exponentielle - là, vous le sentez le bac S ?). Je n'ai pas envie d'être utile, j'ai envie d'être humaine, j'ai envie de ne pas renier ce que je suis, et de penser à mon prochain - car il pourrait être moi. Ca pourrait d'ailleurs être toi. Je n'ai pas envie d'être intelligente, ça fait maintenant quatre à cinq ans que je me prends la tête avec mon "intelligence", qu'il faut que je trouve quelque part où mon "intelligence" servira, mais j'ai pas envie de l'être. Être intelligent, c'est ne pas savoir vivre, c'est tout intellectualiser, et donc rater des émotions parfois incroyables (spoiler : le bonheur, par exemple). J'ai envie d'être heureuse, d'apprendre, toujours, mais je n'ai pas envie d'être scolaire. Je n'ai pas envie de mesurer mon intelligence à d'autres personnes. C'est tellement malsain. J'ai envie d'être simplement quelqu'un d'ouvert, prête à accepter des leçons quand j'en vois. Et les plus importantes ne sont pas dans des bouquins (cette phrase est à mettre en police spéciale sur une photo d'une pagode traversant un océan teinté d'un coucher de soleil). 

J'ai envie d'être en accord avec moi-même. De ne plus à avoir à me justifier si j'ai envie de voir personne - ça n'est pas que je ne vous aime pas, c'est que j'en ressens clairement moins le besoin que la plupart des gens, j'ai besoin d'être seule). J'ai envie de m'apprécier pour ce que je suis, actuellement, et non pas pour ce que je pourrais être plus tard. Je crois, même, que j'en ai cruellement besoin. C'est marrant, de se rendre compte que si notre société était différente, on ne sentirait pas aussi triste ou désoeuvré. Je ne serais même pas cataloguée de dépressive, vu qu'il n'y aurait aucun standard auquel coller : je serais juste moi, avec mes bons, & mes mauvais côtés. Mais je n'aurais aucune injonction, exceptée venant de moi-même, d'être plus efficace, de savoir manger équilibré (et non pas me gaver de pains belges), me lever le matin aux aurores & de se coucher avant minuit. Votre société crée mon handicap (parce que non, n'en déplaise à certains, je n'ai pas choisi d'être du côté dépressif de la force : c'est une maladie, qui me fait bien chier moi aussi, qui n'est qu'à moitié reconnue vu qu'on gave l'autre moitié de médocs), et ne m'accepte pas. C'est pas grave, je n'ai jamais été quelqu'un de très doué dans les foules (même respirer dedans c'était dur, BLAGUE D'AGORAPHOBE OUAICH).

Je n'ai pas envie d'être jugée à ma performance, en tant qu'humaine. Je n'ai pas envie d'aller bien haut. J'ai juste envie de continuer à collectionner mes anecdotes, plus ou moins plausibles, dans des carnets. Les relire, rire, ou pleurer, les raconter, échanger des choses qui me sont importantes. J'ai envie de continuer à ressentir, au lieu d'attendre. J'ai envie d'être ce que je suis à cent pour cent : non pas parce que je m'aime, ou parce que je me trouve géniale (je pense qu'à force de traîner par ici, vous aurez compris que mon égo est aussi épais que les cheveux de Moby), mais parce que c'est ce que je suis, et que j'aimerais pouvoir arroger le droit à mon existence. Je pense que sur Terre, on est différents, et que c'est une bonne chose. Qu'il serait stupide de tous nous transformer en "classes sociales" ou "personnalités". Cela divise. On est tous entremêlés comme les fils d'une grande broderie, et on s'acharne à vouloir faire notre dessin perso, en oubliant qu'avec un seul fil, c'est très compliqué. Alors qu'à plusieurs, on peut tous être très jolis.

Croyez-moi que si nous ne sommes pas seuls dans l'univers, je pense qu'on fait pitié. A courir après une reconnaissance qu'on se fabrique de toutes pièces. 

tumblr_oo2m9yuDJU1r4w8k5o1_540

Voilà, j'ai l'impression que dans ce monde on me force à bouffer de la merde, alors que je serais bien plus heureuse si j'écoutais ma voix intérieure.

Posté par Paperboat à 22:51 - Commentaires [2] - Permalien [#]

vendredi 24 février 2017

C'est les nerfs & la déprime qui me poussent à écrire, surtout quand je vois le shit bouffer mes frères

Le jugement du divorce est tombé : mon père a gagné. 

La justice a tranché, il n'a plus à s'occuper de ses enfants, ni de son ex-épouse. Il a tout. Il a eu tout ce qu'il voulait. Et nous sommes laissées avec rien.  Je n'ai pas pleuré. Ma mère a lâché quelques larmes. Puis on a repris le cours de nos vies. Ca ne changera rien, au final. 

Je n'ai donc plus rien à faire avec mon père, l'unique lien qui nous unissait, monétaire, vient de disparaître. Je n'ai plus rien à faire dans sa vie. 

Mais il se tuera lui même à célébrer sa victoire. Je lui souhaite tout ce qu'il a toujours voulu : les femmes, l'alcool, les paradis artificiels dans lesquels il s'enferme. Il mourra seul, car les gens qui ne sont remplis que par des substances et non pas par l'amour dépérissent bien plus vite que les autres. Car ils détruisent tout ce qu'ils touchent. Et personne ne souhaite approcher d'aussi près la destruction. Les démons ne lâchent pas si facilement leurs proies. 

J'aimerais pouvoir lui demander pourquoi il a voulu avoir des enfants un jour. Pourquoi, après m'avoir eue, il ne s'est pas arrêté. Non pas que je n'aime pas mes soeurs - elles sont ce que j'ai de plus cher à mes yeux. Mais pourquoi avoir persisté ?  Si ça n'est pas pour nous assumer ? 

J'estime que je n'aurais jamais de réponses à ces questions - l'esprit de mon père est bien trop pauvre pour que je veuille y faire irruption. Je m'imagine que ce qui l'a guidé, c'est son sempiternel égoïsme.  Comme un enfant gâté à qui on offre un chien, qu'il va abandonner lorsqu'il se rend compte que c'est plein de responsabilités. C'est, d'ailleurs, exactement ce qu'il a fait à ma chienne Shannen. C'est tout ce que nous sommes pour lui. 

Sa pauvreté d'esprit se reflète dans ce qu'il est. Il se dit artiste et sait peindre, mais ne sait pas communiquer les émotions - car il n'en a pas. Il se dit hippie et plein d'amour, mais toutes ses paroles sont violentes. Il se dit généreux & altruiste, mais il ne pense qu'à lui même. Je ne crois pas l'avoir déjà vu effectuer un seul geste qui ne soit pas bénéficiaire à lui-même. Et nous en avons eu marre de subir sa violence, en mots ou en actes. Alors nous l'avons fait partir. Et ça l'a dérangé. Mais au lieu de réfléchir aux raisons qui nous ont amenés à cette rupture familiale, il a décidé de se venger. Une vengeance qui a pris sept ans - sept longues années durant lesquelles son ombre se reflétait, soit beaucoup, soit minimalement, dans ma vie. Dans nos vies. 

Et je n'ai pas pleuré, parce que je me suis rendue compte que ça me dépasse. Dans le sens où, je crois que ça ne m'intéresse plus. Ca ne changera pas ma vie - je n'ai jamais eu de chance, jamais eu d'argent, cette décision de justice jusque là est normale, pour moi. Parce que je n'ai jamais compté ni sur la chance, ni sur l'argent, de toute façon. 

Là où je suis chanceuse, c'est que je ne regrette rien. Rien, rien rien. Si, des années plus tôt, j'aurais pu voir l'issue de ce conflit, si j'avais pu voir à quel point ça allait être compliqué, à quel point j'allais devenir parano, à quel point j'allais souffrir, à quel point j'allais être déçue... j'aurais tout de même recommencé. Pour en arriver exactement là, où je suis actuellement. Je n'aurais rien changé. L'amour que j'ai ressenti, l'introspection que j'ai faite, l'amour que j'ai donné à ma mère, à mes soeurs, ces moments de bonheur - même si ils étaient succincts -, ça vaut tout l'argent du monde. C'est la chance que j'ai. De recevoir autant d'amour, et d'en donner autant. 

Je sais que je passe mon temps à me plaindre, et à dire que la vie est noire, mais c'est justement parce que je la vois telle qu'elle est que ces moments de bonheur sont si chers à mes yeux. Et que je ne les lâcherais pour rien au monde. C'est ce qui fait que je suis toujours là aujourd'hui, et même si je titube, même si j'échoue, je suis toujours là, et j'avance. Et je n'y crois pas moi-même, mais je sais quelque part que je n'abandonnerai pas.

Alors que je crois que mon père regrette. On ne peut être aussi aigri si on ne regrette pas quelque chose. Et que ce jugement lui donnera peut être du baume au coeur pendant quelques temps. Mais, comme tout, l'effet retombera. Surtout chez lui, qui ne sait se satisfaire de rien. Et les regrets reviendront. 

Alors que pour moi, non. 

Je ne changerais d'avis quant à ma décision d'il y a huit ans. Je suis fière de m'être rebellée contre toi, papa. Je suis fière d'avoir soutenue ma mère durant ce divorce. Je suis fière d'avoir protégé mes soeurs la nuit. Je suis fière d'avoir appelé les flics contre toi. Je suis fière de m'être battue contre toi. Je suis fière d'avoir été là pour ma famille quand elle a eu besoin de moi. Je suis fière de ma famille & du combat qu'elles ont menées, elles aussi, de leur côté. Je suis fière de ma mère, qui malgré tout ce que tu lui a fait, sait encore donner de l'amour à profusion. Qui sait toujours faire des projets, qui a toujours de l'espoir, même si c'est minime. Je suis fière de ma soeur qui n'a jamais, jamais plié à ce que tu pouvais lui dire. Je suis fière de sa force, dont je devrais m'inspirer. Tu ne l'as jamais atteinte, et vu à quel point elle est forte, tu ne l'atteindras jamais. Je suis fière de ma dernière soeur, qui sait se faire respecter quand tu dépasses les bornes. Je suis fière de son courage de toujours vouloir te voir, d'avoir voulu te laisser une chance. Je suis fière de la voir si mature à un si jeune âge - même si cela implique forcément qu'elle a dû souffrir pour arriver à cette matûrité. Je suis fière de voir que nous quatre, nous sommes inséparables, et nous nous aimons d'un amour que tu ne ressentiras jamais. Je suis fière de voir que c'est la seule chose qui nous importe. 

& je suis fière de savoir enfin ce qui est important. Je ne vais pas mentir, je suis humaine, forcément que j'ai eu mal. Mais pas si mal que ça.

Et toi, de quoi es-tu fier ?

Posté par Paperboat à 13:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 2 février 2017

Cat Got My tongue

blablabla, je me sens pas bien blablabla, j'aime pas ma vie blablabla, toujours la même rengaine que je peine à entendre. Mon dialogue intérieur qui ne s'arrête jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais. Je n'arrive pas à vivre avec. J'entends même pas le monde autour de moi tellement que mes pensées sont fortes. Je suis en perpetuelle négociation avec moi même, mais non ne fais pas ça, mais non ne pense pas ça, tu sais bien que c'est faux, etc, mais, le résultat reste le même. Je suis toujours incapable de faire quoi que ce soit, parce que j'ai envie de rien faire, parce que j'ai plus aucun plaisir dans la plupart des choses que je fais. Donc, je me trouve nulle. Donc, j'ai encore moins envie de faire des choses. Même quand je fais quelque chose, je m'autodétruis en deux minutes par la suite. J'ai réussi à avoir des bonnes notes alors que je ne vais pas en cours : je vois ça comme une affliction plutôt qu'une bonne chose. J'arrive à écrire quelques lignes pour mon mémoire alors que j'y ai pas touché depuis deux mois, je m'assassine mentalement pour être une grosse merde au lieu de me dire que c'est toujours mieux que rien. J'ai un copain merveilleux, et je  passe mon temps à être de mauvaise humeur. Je n'ai pas envie de mettre un pied dehors, parce que je ne supporte personne. Je voudrais être dans une grande cellule blindée & matelassée pour que je puisse crier, crier toute ma haine, me jeter contre les murs, j'ai envie de m'exorciser, d'exciser mon encéphale. J'ai une tête de gentil playmobil, mais intérieurement, intérieurement, j'ai envie de tout brûler, de tout détruire, de me détruire, car je ne me supporte plus. 

& pourtant j'essaye de changer. Je ne suis plus la même qu'il y a quelques années, mais je suis toujours aussi insatisfaite. J'ai trop d'habitudes négatives qui, je crois, ne partiront jamais. Je vois pas comment l'expliquer. Je sais que je pense d'une mauvaise manière, je sais prendre du recul avec mes pensées, mais mon sentiment reste le même. Je reste toujours insatiablement triste, et dénuée d'espoir. 

J'applique tout, n'importe quel conseil que je trouve. J'ai essayé de croire en dieu. J'ai essayé de méditer. J'ai essayé les psys -- je viens de me faire virer de ma propre psychothérapie. J'ai essayé les médicaments. J'ai essayé de parler, de m'exprimer. J'ai essayé l'auto-médication. J'ai essayé de faire des conneries. J'ai essayé le bénévolat. J'ai essayé de faire des études. J'ai essayé de faire de la musique. J'écris. J'ai essayé la scarification. J'ai essayé de collectionner les amants, puis j'ai essayé d'être en couple, j'ai essayé de trouver l'âme soeur, maintenant que j'y suis plus proche que jamais, je me rends compte que non, ça ne marche pas.

J'ai essayé de me comprendre, & je me comprends, mais je n'avance pas. J'ai juste encore plus de colère. J'ai essayé d'être nihiliste, j'ai essayé de couper les ponts avec mon père. J'ai essayé de voyager, vivre ailleurs. J'ai essayé le sport. J'ai essayé de dormir. J'ai essayé de ne pas dormir. J'ai essayé d'être optimiste. J'ai essayé de croire en moi. J'ai essayé d'avoir des amis, j'ai essayé d'être seule plutôt que mal accompagnée. J'ai essayé de m'accepter, telle que je suis, avec mes mauvais côtés - je sais que j'en ai des bons. 

Mais rien n'y fait. C'est comme si j'avais une notice de montage pour un meuble suédois super simple, et que je n'arrivais pas à en faire un meuble solide. Et que tout le monde autour de toi te répétait que c'est super simple, il suffit de faire ça, ceci, et ça. Mais toi tu restes bloqué, avec ton meuble qui reste en morceaux, pendant que tout le monde a plein de super meubles dans leur maison. 

Et toi tu restes bloqué. Tu réussis parfois à l'assembler en quelque chose que tu apprécies regarder, mais ça se casse la gueule un jour, deux semaines, trois mois plus tard. Et tu recommences. Parfois ça tient longtemps, mais le meuble est tellement moche, et tu te prends toujours le petit doigt dedans, et même si c'est fonctionnel, tu détruis ton meuble, parce que ça te fait chier de voir que t'es incapable de monter un PUTAIN DE MEUBLE.

Et puis tes amis voient à quel point ça te soûle de pas réussir à monter ton meuble, ils voient bien que c'est le bordel partout chez toi, et que ça va pas en s'arrangeant. Alors ils te donnent des conseils, comme de visser plus fort - mais toi, tu peux pas visser plus fort, parce que tu n'es pas comme eux. Certains rigolent de te voir galérer. D'autres veulent t'aider à venir monter tes meubles, mais une fois qu'ils passent le pas de ta porte, sont horrifiés par ce qu'ils voient. Et partent à jamais sans te dire un mot. D'autres voient dans ton chaos une opportunité te dérober des choses. Ils y a ceux qui veulent aider, mais qui se heurtent au même problème que toi. Et qui te répondent qu'ils ne savent pas quoi te dire. Et toi, de frustration de ne pas savoir monter un simple meuble, tu te mets à gueuler sur tout le monde, mais surtout toi. Tu vis avec, les autres construisent encore plus de meubles, et toi tu es toujours bloquée. Mais tu continues à vivre avec, et tu continues d'essayer -- tu continues de t'acharner, parce que c'est important pour toi, d'avoir un beau meuble. Au moins un. C'est tout. Partir en voyage n'y fait rien, parce que quand tu rentres, c'est toujours la même maison. Et tu le sais, que tu as fui. 

Y'a les amis qui en ont marre de ta négativité. Qui vont juste te dire que tu te prends trop la tête, qu'il faut que tu relaxes. Ils ont pas tort, mais c'est pas eux qui vivent dans un bordel innomable qui t'empêche de bouger dans ta vie. C'est pas eux qui se font mal à chaque fois qu'ils bougent dans leur maison. 

Et plus les années passent et moins tu y arrives. Moins tu y crois. Ca fait vingt ans que tu essayes de construire un meuble sans succès, alors que pour tout le reste des gens, ça coule de source. Eux aussi ont des problèmes à monter leurs meubles, mais ils parviennent à un résultat. Et toi non. 

Si c'était ça, mon problème, on me dirait juste que je suis pas douée pour le bricolage, et qu'il faudrait que j'abandonne mon idée de construire un meuble, ou alors que je paie quelqu'un pour le faire à ma place. Mais il est impossible d'abandonner sa vie (ou du moins, ça n'est pas une solution), et il m'est impossible de payer quelqu'un pour qu'il dirige ma vie à ma place, pour qu'il parle à ma place, pense à ma place, et agisse à ma place. 

 

Faudrait que je rase tout, et que je recommence tout. C'est ce que j'ai l'impression de faire en permanence, faire le ménage, mais mes pensées restent toujours aussi sales. 

 

yeeeesss

Posté par Paperboat à 22:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 10 décembre 2016

Cassius you're second best, second best, second best

Je procrastine.

 

Je passe mes journées à ne rien faire -- c'est, en ce moment, la seule chose qui ne m'irrite pas l'esprit. Je n'arrive à me lancer dans rien, définitivement pas dans ma vie, je veux simplement "faire ce que j'ai envie de faire", et parfois, ça implique buguer sur un aquarium pendant une heure à penser ce que les poissons peuvent passer leurs journées à faire. 

Je n'ai pas touché ma guitare depuis un mois et demie - elle refuse de me parler. Surtout, ça m'ennuie. Je ne sors rien de nouveau, je ne fais que jouer les mêmes mélodies en boucle, je n'arrive plus à m'envoler avec elle. 

Je n'écris plus sur mon blog de musique - parce que ça ne me fait pas vibrer comme avant. Même à l'écoute, j'ai l'impression que tout se ressemble, j'ai l'impression que mon coeur s'est fermé. Je n'arrive plus à me concentrer sur l'intégrité d'une chanson : elle est détachée, je l'écoute par à-coups, elle passe en fond sonore. La musique n'est plus elle-même, elle est, en ce moment, qu'une addition. Je déteste me sentir brimée, je déteste me sentir morte à l'intérieur, je déteste constater mon manque de réaction, je déteste remarquer que je ne réagis pas. Ou moins. 

Je n'arrive plus à écrire - j'écris les mêmes choses en boucle. J'écris que je suis dégoûtée, j'écris que je suis triste, bouhouhouh, pauvre petite personne occidentale du 21e siècle. Et quand je me relis, je veux tout balancer, parce que c'est moche, et parce que c'est triste (indice : je ne relirai pas cet article avant de le publier). Je me dis, à quoi bon, il n'existe pas d'histoire qui n'a pas déjà été contée, je n'ai rien de nouveau à apporter. Je n'ai aucun message à souligner. Je n'en vois pas le but, je n'en vois pas l'utilité, si ça n'est plus cathartique. 

J'arrive plus à rapper. C'est bête, mais je bugue une phrase sur deux. Même celles que je connais par coeur. Même celles que je débitais sans erreurs, maintenant ma pensée est moins claire, j'hésite, je suis imprécise. J'étais déjà pas très bonne à la base, maintenant, j'en ai peur d'ouvrir la bouche.

Je n'arrive plus à avoir envie de manger, autrement que par la sensation de la faim. Je ne rate jamais un petit-déjeuner, parce que c'est le meilleur moment de la journée, mais la suite, c'est plus du remplissage qu'un réel plaisir. Rien ne me tente, rien ne me fait envie, et surtout, l'aspect hédonique est réellement absent. 

Je n'arrive pas à me lever le matin. J'ai tellement pas envie de me lever. Je n'en vois pas l'intérêt, encore une fois. C'est bête, mais dès que je met le pied hors du lit, toute ma tranquillité s'effondre - c'est le principe même de vivre, je crois. Je pleure parfois, au réveil, parce que j'ai peur de la journée à venir. 

J'arrive pas à être satisfaite de mes études. J'ai l'impression de m'être trompée de voie, de ne pas être à ma place, c'est pas du tout ça, ce que je voulais.
Après je me demandais ce que je voulais, et je me souviens que j'ai jamais pu savoir. Même ça, je sais pas faire : choisir une idée & m'y tenir. 

Je ne suis pas satisfaite de mon travail, et là, par contre, je ne sais même pas pourquoi. C'est, pourtant, tout ce que j'aime. J'ai la chance de pouvoir exercer dans une équipe qui me correspond, dont la mission me correspond. Je suis au contact de personnes qui, déjà, m'apprécient, pour ce que je suis, pour ce que je fais. Je sais qu'on m'y attend, qu'on veut me voir. Je me sens utile, et j'ai toujours dit, si jamais tu es triste, fais quelque chose d'utile, tu te sentiras mieux. 
C'est dur de faire quelque chose d'utile quand on se retrouve bloqué à vouloir se frapper la tête contre un mur juste pour pouvoir arrêter de penser. C'est dur d'être utile quand on arrive même pas à lever la tête pour regarder les gens en face, et c'est dur d'être utile quand on arrive à peine à respirer. 

Je dors par contre, ça, beaucoup. Je pleure aussi, preuve que je ne suis pas entièrement morte, qu'il y a bien quelque chose, tout au fond, qui fonctionne encore, preuve que je me rend bien compte qu'il y a quelque chose qui cloche. 

Je dessine, aussi : des choses morbides, des dessins dégueulasses. Mais ça, ça me fait plaisir, j'admire les immondices que ma cervelle est capable de créer, et ça me rassure. Je me dis qu'au moins, ça je sais faire, être mélancolique, aimer les trucs gores; je me dis que j'appartiens au moins à un groupe, j'appartiens au moins à un sentiment. 

 

Je n'ai jamais eu autant envie de rien dans ma vie, en ayant tout. 

Je m'en veux, de ne pas réussir à saisir tout ce qui se trouve à ma portée. J'ai, pour une fois, de la chance dans ma vie, mais je suis incapable de savoir en profiter.

Alors je me demande pourquoi je faisais des choses avant, et la réponse, je crois, était pour me prouver que je n'étais pas une merde. 
Enfant, je voulais exceller dans le dessin, ou dans la musique, je me disais que comme ça, j'aurais des amis, ou, à défaut, des personnes qui m'envieraient. Qui me respecteraient, qui pourraient se dire "hey, cette personne là-bas, c'est pas une merde !".
J'ai couru dans tous les sens dans ma vie pour tenter d'être bonne en tout, plus je multiplie les domaines d'intérêt, plus j'aurais de chances que l'on m'apprécie. J'apprenais les chansons que les autres voulaient entendre, je dessinais pour les gens de ma classe, encore maintenant, j'aime bien quand on me demande de faire des croquis de tatouage, ou quand on me demande un dessin, aussi débile soit-il. Je me sens utile, encore. 
C'est de là que j'ai tiré le peu de fierté que j'ai pu ressentir dans ma vie, avant de me dire "de toute façon, ce que t'as fait, c'était nul", j'avais une demi-seconde de légèreté quand on me disait "merci", ou "tu sais bien jouer", ou "j'aime bien comment tu dessines".

 

Alors, je me demande ce qui a changé maintenant, et ce qui a changé maintenant, c'est que j'ai jamais été aussi déçue de moi-même. Pour plein de raisons, mais en ce moment, dans ma tête, je me shoote à l'arbalète quand je me vois passer. Ce qui a changé, c'est que je suis incapable d'être satisfaite de ce que je fais. Je n'ai plus huit ans, je n'ai plus seize ans, j'ai vingt-quatre ans, et je dois commencer à faire les choses pour moi-même.

Je dois commencer à m'auto-féliciter pour ne pas être une merde, parce que les adultes s'en foutent de savoir si tu sais chanter, faire du nasofûte, réciter Naheulbeuk par coeur ou dessiner des pénis plus-jolis-que-les-pénis-dessinés-par-les-autres. Je dois commencer à faire ma route pour ce que je suis, croire en mon potentiel, toussa, toussa.

Sauf que je n'ai jamais su comment faire, parce que je ne me suis jamais aimée. J'ai toujours attendu que quelqu'un d'autre le fasse à ma place. Mais c'est pas comme ça que ça marche. J'ai peur de ne jamais savoir comment faire, vraiment. J'ai l'impression qu'il me manque quelque chose de vital, et c'est de la fierté. J'ai pas cette case, chez moi. J'ai envie de me donner des baffes, plus que de me respecter, et c'est très clairement un problème.

J'ai, je crois, confiance en moi, par contre - je sais que je suis une bosseuse, que je peux connecter deux-trois neurones de temps en temps, je sais que je peux produire. Mais une fois que c'est fait, c'est tout : ça ne va pas plus loin. C'est le vide. J'ai confiance en moi comme on va faire pipi le matin : par habitude, par défaut, parce qu'avant, j'ai déjà fait, donc je suis supposée savoir refaire. Mécaniquement. Je n'attache pas de sentiments positifs sur ce que je fais. 
Que de la négativité, que les défauts, que des "peut mieux faire".

Alors pourquoi continuerais-je à faire des choses, si je n'en tire aucun plaisir ?

Je sais pas comment on fait pour être fier, et j'ai peur de ne jamais réussir.

yeeeesss

Posté par Paperboat à 21:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]