Pensées mortifères du dimanche soir (ou lundi matin, selon le fuseau horaire que nous choisissons de croire) bonsoir.

Je suis affectée par le manque d'empathie de ce monde. J'ai l'impression qu'on vit tous dans Koh Lanta (remplacez Koh Lanta par toute autre émission de télé-réalité impliquant un vanqueur et des vaincus - étant donné le voyeurisme qui prédomine actuellement, on peut également penser à vingt culs) et que notre sens profond de l'humanité se dégrade à la vitesse où rappe Busta Rhymes.

Les effusions sociales (et non sociales) de ce week-end m'ont amenée à observer d'un oeil critique de vifs échanges conversationnels entre plusieurs humains, sur divers sujets, allant de sujets sérieux (la bonne estimation de distance respectable à avoir entre son gros orteil et le reste de ses orteils, mettons) à de sujets moins sérieux (la politique et les campagnes pour les municipales), et m'a emplie, malgré ma bonne humeur à toute épreuve, malgré mon entrain à ma fête d'Halloween (fêtée donc en Mars), d'une petite tristesse. D'un blasage intense, comme lorsqu'on comprend que notre docteur préféré sera obligé de subir une regénération (allusion à doctor who, que tous les non-whovians ne me prennent pas pour une folle pensant VRAIMENT que nos médecins se regénèrent au lieu de mourir, je ne suis pas encore allumée à ce point là).

C'est tout con, je me suis simplement rendue compte que chaque personne est intimement persuadé d'avoir raison, peu importe le sujet qu'il défend. Tout le monde campe sur ses positions, érigeant des barricades aussi élevées et imprenables que Minas Tirith, dégommant les avis contraires à coup de catapultage et de tirage de flèches en pagaille. Les plus bourrins utiliseront l'acide, l'huile bouillante, de l'agent orange mais le résultat reste le même : détruire les positions adverses. Tout le temps. Ne rien lâcher. C'est pour ça qu'il ne faut JAMAIS engager de combats politiques à Noël, on a tous le souvenir cuisant de grande tantine Odile refusant d'adresser la parole à cousin Edouard, ou encore la magnifique performance de Finkielkraut hurlant son désormais célèbre "TAISEZ VOUUUUS". C'est fou, tout de même. Et le risque, à Minas Tirith comme dans la vraie vie, c'est de se retrouver seul. Seul à penser tout seul une pensée que l'on a construite seul.

Alors je ne suis pas contre d'être engagé, de suivre ses idées, ses accords, et de vouloir les démontrer à l'autre. Mais ce qui me gêne, c'est que souvent la personne en face est fière d'avoir raison. Fière d'être la seule à voir la vérité suprême, comme si elle était l'élue, qui devait croire envers et contre tous une idée qu'elle estime révolutionnaire et la seule bonne possible.

Haha, oui, avoir raison c'est bien, avoir raison tout seul, c'est juste triste. Personne ne semble comprendre que tout le monde a raison, selon le point de vue, selon le moment, selon tant de facteurs différents. Tout le monde a raison car il n'y a pas de vérité, et il y aura toujours une grosse part de doute. Je me remets en question à chaque moment de ma vie, c'est limite si en marchant j'en viens à douter de comment on utilise ses pieds pour marcher. Et même si du coup ça donne l'impression que je suis faible, que je suis toujours celle qui lâche un "oui, tu as raison, n'en parlons plus", celle qui évite les conflits, je me sens mieux comme ça. J'ai pas envie d'avoir raison toute seule et d'en tirer de la fierté, c'est un peu con comme raisonnement, et puis surtout c'est de l'énergie inutile à gaspiller. Quand une personne ne veut pas comprendre, tant pis, je n'y peux rien, ça me blase mais c'est la vie et je me gargarise pas d'une flopée de "oh comme j'ai raison je suis trop forte", je déplore que la personne ne fasse pas autant d'efforts que moi pour tenter de comprendre, pour tenter de trouver un compromis. J'aime bien débattre, pas battre.

Ca donne l'impression que j'ai pas de convictions, mais en fait, ce que peu de gens comprennent, c'est que je m'en tape, énormément, de savoir qui a raison ou pas, je m'en tamponne l'oeil avec une patte d'alligator femelle. Ca m'arrive d'être virulente sur certains sujets, mais je ne considère pas que j'ai raison (même si c'est ce que je tente de faire croire, même si c'est ce que je m'auto-persuade), au contraire : si j'en arrive à vouloir me défendre bec & ongles c'est qu'on m'attaque sur un sujet que je n'ai pas résolu. Si tu recours au cri pour montrer ton argument, ne cherche pas jeune padawan, tu l'as déjà perdu.

Tout ceci m'énerve d'autant plus que ça touche à une autre corde qui est un peu sensible en ce moment : celle où je me rend compte que personne ne pense aux humains en général, mais toujours à soi. A ses propres intérêts. Refuser de laisser couler de temps en temps pour permettre une meilleure entente, même si ça coûte, même si c'est chiant. C'est ce qui me désole le plus, ce côté Battle Royale du monde. Et qu'on me taxe de surcroît d'être naïve ou enfantine à chaque fois que je prend le pari que l'autre décidera de faire la bonne action (généralement la plus difficile) pour tous au lieu de faire sa petite action pour soi : non, ne vous inquiétez pas, je sais à quoi m'attendre avec les gens, mais j'ai décidé de toujours leur donner une chance d'être mieux. Je pense qu'à force de montrer l'exemple d'à quel point la vie pourrait être facile si tout le monde arrivait à mettre de côté ce qui les sépare et de penser plus à ce qui les rassemble, on commencera à me comprendre. On commencera à être unis, et on commencera à pouvoir faire de belles choses. Au lieu de se tirer dans les pattes pour mieux dépasser l'autre sur cette putain de course à l'égo. Je crois que j'ai jamais eu d'égo, c'est peut être pour ça. 

Et, ironie du sort, je me demande si c'est une bonne chose, vu comment je me sens seule et inadaptée au monde. Je me demande si j'ai vraiment raison.

 

the_demolished_man__bastien_lecouffe_deharme

Treat you better than me, cause that's the heavenly key
To unlock the inner strength where my essence will be
It's the knowledge of self, understanding of the things around me
That becomes the wisdom that I need