Parfois, je me pose des questions métaphysiques de l'enfer qui, par leur granditude, m'emplissent d'angoisse. Enfin, angoisse est un grand mot, disons que je regarde le monde tout à fait d'un autre oeil, que mon ventre fait des remous, et mon cerveau m'envoie ce message en boucle "TU NE SAIS RIEN, TU NE SAIS RIEN, TU NE SAIS RIEN, SI CA SE TROUVE TON TOI DE TES RÊVES VIS VRAIMENT SUR UNE AUTRE PLANETE ET VOUS ÊTES RELIES TELEPATHIQUEMENT", ou autres "MAIS QUI TE DIT QUE LA REALITE EST REELLE", "SI CA SE TROUVE TES PELUCHES SONT VIVANTES", etc, etc.

Je vous avais déjà expliqué que si jamais je regarde Matrix, je viens à douter de la réalité durant les 48 prochaines heures. Et bien je vous annonce avec fierté que je peux me mettre toute seule, comme une grande, dans cet état. Il suffit que je commence à penser un peu au sens des choses, et paf, c'est parti. 

Ainsi je peux durant un trajet de tram commencer à réfléchir au fait que nous ne sommes rien comparé à l'histoire de la Terre. Que les dinosaures ont déjà regné, beaucoup plus longtemps que nous. Qu'au final, on mourra tous, et que, dans un futur plus ou moins proche, d'autres civilisations trouveront nos restes éparpillés sur cette planète (vous avais-je déjà parlé de ma peur que l'on retrouve uniquement des CD de CIndy Lauper et des millions de selfies avec des duckfaces ?).  Qu'on ne sait rien des civilisations qui ont existé avant nous, parce que reconstituer leur histoire à partir des preuves archéologiques qu'on a maintenant, ça équivaut un peu à résumer l'histoire moderne en trouvant une capsule de coca cola et des feuilles de papyrus ?

Après, généralement, je me mets à penser au futur, à tout ce qui pourra exister, à tout ce que j'espère de voir arriver dans le monde. En une trentaine d'années, on a fait des avancées spectaculaires dans le monde de la science. Peut être que dans quarante ans, on pourra se téléporter. Qu'on aura enfin compris comment communiquer par télépathie. Et après, je me pose les questions subsidiaires à tout ça : si jamais on aura droit à la téléportation, sera-t-elle régulée ? Les criminels auront ils le droit de se téléporter hors de leurs prisons ? Est ce que les prisons existeront toujours ? Est ce que, grâce à la télépathie, on pourra enfin savoir ce qu'il se passe dans leurs cerveaux et ainsi éradiquer toute forme de vie "dangereuse" ? Est ce que la téléportation sera payante ou sera un droit pour tous dans les années à venir ?

Est ce que toutes les civilisations seront au même "niveau", est ce qu'on aura enfin inventé l'eau en poudre, est ce qu'on se nourrira par capsules de nourriture ? Et, par extension, est ce qu'on perdra nos papilles gustatives ? Est ce qu'avec la télépathie, on pourra communiquer avec les animaux, un peu comme Elisa Delajungle ? Est ce qu'on vivra plus longtemps ? Est ce que le clonage amènera une nouvelle génératio d'esclaves (perso, jamais j'utiliserais mon clone pour me servir mais sait-on jamais) ? Est ce qu'on pourra choisir nos têtes comme des sims ? Est ce qu'on aura tous le même langage de pensée, ou est ce qu'il faudra apprendre les langues mentales des autres gens et civilisations ? Comment faire des jeux de mots par télépathie ? Est ce qu'on pourra envoyer les images mentales qu'on se représente dans la tête, ou est ce que ça sera seulement des mots ? Comment on fera pour discuter avec quelqu'un qui est loin de nous, est ce que ça sera plus épuisant ?

Et si on apprend la téléportation, quid de l'invisibilité ? Est ce que l'invisibilité reposera sur le fait de diviser tous nos atomes pour qu'on ne soit plus une seule et même personne, ou alors est ce qu'on se basera sur le principe du caméléon et qu'on sera, au final, des illusions d'optique ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Tant de questions.

Mais encore, tout ceci est très hétéro-centré. Partons encore plus loin, arrêtons de penser à notre propre espèce, pensons au tout.

Remettre notre histoire dans la perspective du temps me donne le tournis. Le genre homo n'existe que depuis 2 millions d'années, la terre existe depuis 4.54 milliards d'années. Nous ne vivons qu'au mieux qu'une centaine d'années, à peu près.  Que sommes nous pour la Terre ? Quel est le but de notre existence, qui est si éphémère au final ? Pourquoi on se prend pour la meilleure race, la plus intelligente, alors qu'on a vécu que si peu de temps ? Sans vouloir être en opposition avec les écologistes, la Terre a survécu à pire que la race humaine. La terre se remettra de notre passage, elle a déjà un peu vécu des pluies de météorites, une atmosphère irrespirable remplie de gaz agressifs pendant un petit bout de temps, elle a vécu des inondations, ses continents ont bougé, certains bouts de terre ont disparu, elle a eu des ères glaciaires, des ères non-glaciaires, et tant d'autres choses auxquelles, nous, petits humains, n'auront pas survécu une minute. On a juste profité d'une fenêtre temporelle minuscule et d'une période critique propice à notre développement pour se développer. Au final, pour la Terre, on est un peu comme cette colonie de souris qui s'impose chez un individu lorsqu'il est parti en vacances. Une question d'échelle. C'est à ce moment là que je commence à remettre en question tout le sens de l'univers. 

Nous ne sommes, au final, un malheureux hasard qui est fier de lui d'avoir survécu aussi longtemps. C'est assez flippant. Mais d'un autre côté, ça me rassure, car ça remet tout en perspective : qu'est ce que ma souffrance à l'échelle humaine ? Si l'univers n'a aucun sens, ma souffrance non plus, c'est juste moi, avec mes yeux d'humains et mon coeur d'humain qui lui donne du sens. Un échec n'a plus de sens à cette échelle. Si la Terre pouvait parler et nous remonter le moral, je me demande ce à quoi ressemblerait nos échanges sur le sens de la vie :

"- hey, Terre, aujourd'hui je me sens mal parce que j'ai été viré de mon boulot/on m'a quitté/quelqu'un est mort dans mon entourage...

- Petit, Hiroshima, pour moi, ça a été une égratignure. J'ai vu plusieurs milliers d'espèces disparaître et j'en vois arriver de nouvelles également. Et un travail ? Qu'est ce qu'un travail ? Perso, je suis à la moitié de ma vie, dans cinq milliards d'années le Soleil va exploser et m'emportera dans sa chute, je suis un peu en pleine crise existentielle. En plus Saturne a déjà plein d'anneaux et moi aucun, personne ne veut me passer la bague au doigt. J'ai envie de me casser de ce système solaire et voir autre chose que la Voie Lactée, mais mon orbite ne veut pas. Et on vient de rayer mon ami Pluton du rang des planètes, il fait une petite dépression et est parti bouder loin dans son coin. Sans compter que j'arrive pas à faire partir cette couleur bleue de mon corps, j'aurais bien aimé être violette, mais non, je suis toute bleue.  

- ... okay terre, okay."

Voilà. On est un peu rien du tout, en fait. Mais, en tant qu'humaine, paradoxalement, ça me fait extrêmement plaisir de participer à toute l'histoire de la vie. Du coup, je suis emerveillée par la moindre des choses, quand je pense à tout ce qui est mis en oeuvre dans notre corps rien que pour respirer, je trouve ça très chouette. Des millions de petites cellules se mettent à agir ensemble dans un but commun : faire entrer de l'oxygène dans le corps. Est ce que chaque cellule a une conscience et sait ce qu'elle fait ? Je me rends compte de tout ce qu'on a réussi à inventer, tout de même, en tant qu'humains, et ça me fait plaisir. Je me vois dans une conversation avec un extra-terrestre et lui expliquer le principe du Monopoly. Lui expliquer précisément la différence entre hip hop et rap. J'attends ce moment avec impatience, quand il rigolera devant le rôle de la photo ("oui, on aime se prendre en photo pour avoir des images de ce qu'on a vécu, c'est rigolo, et on en a plein en plus, regarde là c'est ce que j'ai mangé hier, ça c'est quand j'ai vu un joli nuage, ça c'est quand mon poto dormait d'une drôle de manière ça me fait rire de le revoir, ça c'est moi, ça c'est encore moi, ça c'est mon ombre avec un effet sépia sur un mur blanc je trouvais ça joli..."). Quand l'extraterrestre nous demandera le rôle des piercings (oh, on se fait des trous dans la peau juste parce qu'on trouve ça fun"), la publicité, ou même le rôle d'un ballon en baudruche ("ben écoute, c'est un genre de plastique tout plat, on s'amuse à souffler dedans, et après on l'accroche au mur parce que c'est joli" "Vous utilisez votre propre haleine pour en faire des décorations murales ?" "...oui, oui, c'est ça, et parfois on explose cette même haleine à la figure d'un ami").  Beaucoup de personnes se méprennent sur la conception de l'art à mon sens. Notre espèce est une forme d'art à elle toute seule, et, même si ça ne durera pas, même si nous ne sommes rien,  je trouve ça fou tout ce qu'on a réussi à créer, en fait. Je rêve de rencontrer d'autres espèces extraterrestres pour voir si on est les seuls à être comme ça : inutiles, drôles, inventifs, capable du pire comme du meilleur.

Après toutes ces pensées, quand je me demande si on est la seule espèce du genre, j'en viens à me demander les autres mondes. Les autres planètes. Je dis pas que je crois à la vie alien, je suis même pas sûre de la voir de mon vivant, mais on ne peut exclure la possibilité qu'elle existe. Pourquoi le monde a t'il été créé ? Pourquoi l'univers ? Pourquoi le big bang ?

Une idée qui ne me lâche pas, c'est celle de l'infiniment grand et de l'infiniment petit : on ne vit qu'à notre propre échelle. On ne sait pas ce qui se passe ailleurs dans l'univers. On ne sait pas ce qu'il se passe dans un seul atome. Alors peut être qu'on fait partie d'un puzzle géant, que la Terre n'est qu'un atome appartenant à un monde de géants. On se trouve grands, mais une bactérie se trouve sûrement très grande elle aussi face à un atome. Est ce que la bactérie sait qu'elle vit au sein d'un organisme encore plus grand qu'elle ? Sommes nous enfermés sur un atome qui serait, je sais pas, une partie d'une jambe d'un énorme géant ? Techniquement, c'est tout à fait possible.
Peut être qu'au sein de notre corps, on abrite des milliers de mondes comme le notre, sauf qu'on est trop grands pour le savoir.

 

Voilà, tout ça traverse ma tête en un quart d'heure, et après je me sens un peu bizarre d'avoir pensé à tout ça. Parce qu'au final, je n'aurais jamais la réponse. Mais c'est tout à fait possible théoriquement.

C'est juste que tout le monde s'en fout, tout le monde est préoccupé par les occupations du monde d'aujourd'hui  : se lever, checker son facebook ou sa boîte mail, s'habiller, se laver, sortir, rentrer, manger, penser à l'avenir, aux enfants, à l'âme soeur, à voir ses amis. Personne ne pense à regarder ailleurs, au dessus, au dessous, personne ne se demande tout ça. Enfin, la plus grande partie des vivants ne s'occupe pas de ça. Ca m'attriste un peu, parce qu'imaginez ce qu'on serait capables de faire et de découvrir ? Si toute la population, se mettait, à son échelle, à vouloir découvrir tous les secrets du monde ?

 

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Parce qu'au final, tout est une question de perspective