C'est dimanche, hier on m'a demandé si j'ai été élevée dans une ferme vu que mon seul passe-temps de la soirée a été d'ingurgiter de la binouze pour mieux la restituer sous forme de gaz organique. J'ai eu pas mal de temps récemment pour moi-même, alors j'ai bien réfléchi, comme d'habitude, sur les tenants et aboutissants de mon enveloppe charnelle et de tout ce qu'elle engendre. Et il y a un sujet que j'ai toujours tenté d'éviter, d'années en années, et j'ai récemment décidé que c'en était assez. Il était temps que je cours un peu plus vite vers moi-même pour que je puisse m'accepter dans sa totalité. J'ai accepté le fait que j'étais bisexuelle, après des années où je me considérais hétérosexuelle. 

J'ai eu des doutes, depuis toujours, au fond. J'ai toujours été plus ou moins attirée par les femmes, sûrement moins manifestement que par les hommes, mais le sentiment a toujours bien été là. Je pensais que ça n'était qu'une attirance sexuelle, et je ne me suis jamais définie comme "bisexuelle" à cause de ça : je voulais pas passer pour la meuf qui a le beurre, l'argent du beurre, le crémier et la crémière. Aussi concernant mon jeune âge, durant l'adolescence j'ai pensé que c'était pour mieux endosser cette image d'anti-système que je m'étais calquée. Et puis au final, ça ne concernait que moi - moi et les filles qui se sont prêtées au jeu. Je ne vois pas pourquoi je devrais me justifier devant la masse en me définissant comme telle. Bref, je ne me suis jamais posée trop de questions. Excepté celle-là, qui subsistait, qui tentait de me montrer la limite de ma logique : serais-je capable d'être amoureuse d'une fille ? comme je l'ai été d'hommes ?

L'expérience me faisait dire non. Non, parce que je ne me voyais pas avoir des rencards avec des meufs, je ne me voyais pas avoir une histoire romantique avec une femme, j'imaginais pas le train-train quotidien avec une copie corporelle de moi-même. Quelque part, cela sonnait faux. Mais, il faut déconstruire le problème pour mieux le comprendre. Et j'ai eu plusieurs petites révélations, l'une après l'autre. La première étant sûrement que j'ai été élevée comme une fille hétérosexuelle, j'ai eu la chance de pouvoir m'épanouir comme telle, comme je le voulais, même si le déroulement en a été un peu chaotique, je suis contente de pouvoir affirmer qu'à 22 ans, je suis à l'aise avec ma sexualité, vraiment, tandis que tant de femmes n'atteignent pas l'orgasme lors de leurs rapports sexuels. Je n'ai jamais ressenti de frustrations, parce que lorsque j'ai ressenti l'envie d'aller voir des filles, j'y suis allée sans me prendre trop la tête. J'aurais pu vivre toute ma vie sans réaliser, et ça n'aurait pas été bien grave, parce que j'aurais été heureuse quand même. Je n'ai jamais manqué de filles dans ma vie, parce que la bisexualité, telle que je la vis, ça n'est pas une question de ratios entre le nombre de filles ou de garçons que j'ai aimé - je pourrais tomber amoureuse six fois d'affilée d'une fille et seulement une fois d'un homme par la suite, ou vice-versa. Il n'y a pas de "point d'équilibre". Du coup, même si je m'étais limitée qu'à la moitié de ma sexualité, je n'en aurais jamais ressenti le manque. Peut-être qu'il y a plein de bisexuels qui s'ignorent, tout comme moi, parce qu'ils n'ont pas le courage d'aller au fond de ce qu'ils pensent. Et c'est pas grave, ils peuvent être très bien heureux comme ça. 

Mais moi, ça ne me satisfaisait pas. Même si je ne manquais de rien, j'avais le sentiment de ne pas être totalement honnête envers moi-même. J'avais la sensation que je me limitais, et que je pourrais rater des jolies occasions dans le futur. J'avais l'impression d'être un fake sur quelques extrêmités de ma personnalité. Rien de grave, mais je n'aime pas les mensonges ou les artifices, et je ne rate aucune occasion de me mettre à nue telle que je suis parce que je me déteste mieux comme ça. Je n'aimais pas cette sensation de cacher quelque chose. 

Après, j'ai du me rendre à l'évidence. J'aurais pu, deux fois déjà, être amoureuse d'une fille. J'aurais pu les aimer, on aurait pu prendre des petits-déjeuners ensemble, regarder Game Of Thrones, faire des blagues pourries, parcourir le monde en short, être complices, fans d'Eminem, se faire des câlins le matin pour mieux commencer la journée, s'envoyer des sms réconfortants à base de coeurs, on aurait pu s'engueuler pour la taille de mes jupes, on aurait pu se vexer, se faire mal, s'insulter, on aurait pu construire ensemble, pour tout détruire par la suite, peu importe l'issue mais on aurait pu. Mais ces filles n'étaient pas bi, encore moins lesbiennes, et je ne les ai jamais vues avec ce regard là. Enfin, pas plus de quelques minutes consécutives. Dans le cas présent, c'est tant mieux, parce que je sais qu'il n'y a aucun espoir entre nous, et je suis tout à fait à l'aise avec ça. Mais, j'ai dû me rendre à l'évidence : je ne me suis jamais imaginé ma routine de couple avec une meuf parce que je ne l'ai pas encore rencontrée, celle qui pourra satisfaire mes demandes (qui sont très élevées), être disponible, et être attirée réciproquement par moi (cela me semble tellement impossible et fou). Imaginons que cette suite improbable m'arrive : dirais-je oui ? 

Oui.

De plus petites évidences ont suivi. J'ai un type de fille. Tout comme j'ai un type de gars. Et je suis autant amoureuse de Kara Thrace que Jon Snow. Je me suis rendue compte aussi que j'avais évité cette question de la bisexualité à cause de mon passé, passé que j'ai maintenant accepté. Du coup, même si cette "déviance" a pu être causé/alimenté par un évènement de mon enfance, je suis d'accord avec ça. Parce que c'est ce que je suis, et j'ai décidé que je voulais être moi du mieux possible. Après, je l'ai annoncé à deux potesses proches, en soirée. J'avais besoin de me l'entendre dire, pour voir si ça ne sonnait pas faux dans ma bouche. Hé bien, ça a sonné de manière convaincante. Ca n'a pas été dur à dire, je n'ai pas eu peur, je n'ai pas été envahie par ce sentiment de honte que je connais si bien dans les secondes qui ont suivi. C'était naturel. C'était moi.

La plus grande preuve pourrait être celle-ci : rien n'a changé pour moi ces jours-ci, excepté que mon horizon s'est agrandi. Je ne me sens pas différente, j'ai juste réussi à embrasser une partie de moi que j'avais du mal à approcher, et je suis bien contente de l'avoir retrouvée. Du coup, je ne ferais pas de coming-out, parce que je trouve ça débile. Je vais juste l'écrire ici, l'écrire peut-être dans mon autre blog, parce que c'est important - pour moi, écrire est plus important que de parler, ça l'a toujours été, je vais laisser les gens prendre connaissance de cette nouvelle si ils le veulent, mais je ne vois pas l'utilité de changer mon image publique de ce côté-là, puisque je reste la même personne. C'est juste une question d'étiquettes, j'ai le courage d'en prendre une qui m'est désignée, mais je vois pas l'utilité de l'exposer fièrement à tout le monde. Mais, j'ai quand même envie de m'exprimer sur le sujet, et au lieu maintenant de dire "je suis attirée par les hommes et occasionnellement par les femmes parce que la conjoncture socio-économique mélangée à mon histoire personnelle n'est pas optimale maintenant", je vais pouvoir dire "je suis attirée par les êtres humains", ce qui est l'entière vérité. Et je ne remercierais jamais assez la personne qui m'a glissé cette phrase à l'oreille <3.

 

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tout à fait demoiselle