Article initialement écrit le 2 Août 2016, j'essaye toujours de comprendre.


 

Le temps est pourri, je ne peux descendre de ma chambre actuellement sans imiter les kilos de pluie qui s'abattent sur La Haye. Je ne sais pas bien comment c'est arrivé, mais c'est, je crois, arrivé. J'ai de nouveau mes envies morbides qui me collent à la peau, j'ai de nouveau envie d'en finir avec ma vie, j'ai de nouveau la sensation que je me heurte à un plafond de ciment à chaque limite de ma vie, et comme une débile, je m'amuse à me jeter dessus en espérant que ça les éloigne un peu plus de moi.

Là, tout de suite, je veux m'enrouler dans une couverture et pleurer tout ce que j'ai dans mon corps (comme si ce que j'avais déjà pleuré n'était pas suffisant), j'en ai marre de tout, et plus que tout, je veux qu'on me foute une paix royale. 

Je me déteste comme à mon habitude, j'ai mes vieux flashs violents qui apparaissent toujours d'actualité (alors que j'étais persuadée les avoir laissés loin derrière moi), j'ai un niveau d'irritabilité qui bat des records, je me déteste encore plus pour être irritable et pour pas réussir à me combattre, je ne comprends pas pourquoi (et surtout comment) j'avais réussi à mettre mon ancien moi de côté pour si longtemps, et je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu le laisser revenir dans ma vie. Je m'en veux car je n'ai pas été vigilante, j'ai été naïve de me dire que tout ceci était fini, que ça se finirait aussi facilement, je m'en veux de ne pas avoir vu les signes (en regardant, il y en avait tellement), je m'en veux de ne pas avoir arrêté avant, je m'en veux de ne pas m'être arrêtée avant pour prendre soin de moi, car maintenant, le monstre est bel et bien là et m'attaque insidieusement sous plusieurs angles.

Seuls les dépressifs savent ce qu'est la dépression. Et encore.

Seuls ceux qui en ont réchappé peuvent savoir le bien que ça fait. D'enfin respirer et de ne pas perpétuellement se désigner comme coupable de tout ce qui arrive. Ca fait tellement de bien de pouvoir apprécier le monde à nouveau. De marcher et de se surprendre à sourire sans raison, d'avoir plein d'énergie pour faire des choses même stupides. Ca fait du bien de ne pas penser à l'après, et de se laisser couler -- d'avoir confiance en l'avenir, de se dire que ça y est, notre chemin va enfin quelque part. Le poids qui se soulève de nos épaules, parce que les nuages disparaissent petit à petit. Sortir de la dépression, même un court instant, c'est avoir été mort à l'intérieur, et sentir enfin le soleil réchauffer notre épiderme, c'est se réhabituer lentement à la sensation de chaleur, c'est la réévaluer sous toutes ses formes, c'est même apprécier la bourrasque de vent qui suit, même si elle gâche tout sur le moment, parce que vous comprenez enfin que tout va de pair, une douce chaleur peut devenir insupportable sous certaines conditions, et une bourrasque de vent non voulue peut être salutaire, sous certaines conditions. C'est apprécier le monde dans sa dualité, et dans sa richesse, c'est changer sa perspective et tenter de comprendre. 

Sortir de la dépression, c'est reprendre le contrôle. C'est se donner la force de pouvoir changer ce qui nous dérange dans nos vies, c'est avoir la sagesse de savoir accepter ce qu'on ne peut changer, et d'avancer avec les cartes qui nous sont données. Ne plus être dépressif, c'est arrêter de se demander pourquoi, c'est avancer vers les comment : comment puis-je m'en sortir, comment je peux me sentir mieux, là, tout de suite. C'est tellement libérateur de sortir des pourquoi, parce qu'on ne se pose plus comme victime, mais en tant qu'acteur de ce que l'on vit, on se permet de se donner quelques clés, quelques challenges, en souriant, parce que pour une fois, on sera toujours là après un échec, on aura la force qu'il faut pour se relever, on ne se détestera pas autant qu'avant. Donc on tente, et, petit à petit, on avance, on fait des choses dont on ne se saurait jamais soupçonnées (j'allais à la SALLE DE SPORT POUR SOULEVER DE LA FONTE nom de dieu), on se redécouvre sous un nouveau jour, non pas meilleur, car ça serait restrictif, mais un jour plus clément, ou avec plus de compassion dedans. Sortir d'une dépression, c'est être confiant dans l'avenir, non pas parce que c'est le monde des bisounours, mais parce qu'on a, de nouveau, notre pouvoir en tant qu'humain. On sait qu'on trouvera une solution ou une autre, de toute façon, qui marchera ou qui ne marchera. On sait que c'est temporaire, et qu'on continuera d'avancer. 

Ce que j'appréciais le plus, en dehors de la dépression, c'est que je me laissais vivre. J'ai toujours été effrayée des autres, du monde, des gens qui m'entourent, même mes amis, j'ai toujours été persuadée que les amitiés se font & se défont et ne sont jamais honnêtes à cent pour cent, j'ai toujours été persuadée que les personnes qui marchent avec toi, profitent en fait, de toi, d'une manière ou d'une autre. En sortant de la dépression, je me suis rendue compte qu'en fait, dans toute ma vie, je n'avais jamais fait vraiment confiance à quelqu'un. Parce qu'à chaque fois, dans chaque relation, je me suis toujours imaginé le moment où cette personne viendrait vers moi pour me sortir tous mes défauts dans ma face et pour me détruire.

Toujours. Toutes mes relations. Il n'y a pas une seule personne que je ne me suis pas imaginée me détestant sur cette terre. Je ne me suis jamais dit que je garderais mes amis pour toujours. Je ne vivais pas non plus dans un état de constante peur, si je m'entendais bien avec mes amis, je ne les emmerdais pas outre mesure, je restais avec eux, et je savais très bien que cette partie existante dans ma tête n'était qu'imagination. 

Mais ça n'empêche, qu'à chaque début de relation, j'en ai toujours imaginé la fin, et, je me suis toujours imaginé la meilleure fin possible. Celle qui serait la plus plausible. J'imagine les gens m'abandonner quotidiennement. J'imagine leurs pensées négatives sur moi, sans leur avis. Je me mets dans leur tête, et je me vois à travers leurs yeux, enfin, j'essaye, car je me diminue systématiquement. Et puis, ça m'a toujours rassurée : si je savais comment une relation avait de chances de se terminer, au moins j'étais préparée. Je pourrais en reconnaître les signes, je pourrais m'en sortir, et je ne tomberais pas de haut. C'était dans une logique de protection. 

En sortant de ma dépression, je me suis dit que pour une fois, les gens pourraient peut-être m'apprécier pour ce que je suis, au lieu de me détester pour ce que je suis. Ca a été, je pense, mon changement majeur, la chose qui me permettait de respirer le plus. J'arrivais plus ou moins à m'en foutre de ce pouvait penser l'autre (bien sûr, c'est faux, étant extrêmement anxieuse j'y pensais toujours quelque part, mais je laissais cette partie là n'être qu'imagination et ne pas influer sur ma position actuelle). En d'autres termes, ça n'empêchait pas mon cerveau de courir dans tous les sens pour trouver des preuves que cette personne me laisserait tomber comme toutes les autres, mais je m'en battais l'utérus avec des feuilles de palmier balinais.  Je me laissais une chance. Je me disais que j'étais pas si mauvaise que ça. Que j'y arriverais, un jour, à être quelqu'un avec un cercle normal autour de moi, que j'y arriverais, avoir un cercle d'amis en qui j'ai confiance, à qui je pourrais tout simplement dire "hey, ça ne va pas, j'aurais besoin qu'on me remonte le moral", sans se sentir faible, vulnérable, et en demande. Je me suis dit que j'allais y arriver, et j'y ai vraiment cru. 

Vous savez ce que je me suis dit également en sortant de ma dépression ? Que j'allais enfin pouvoir croire à ma vie parfaite. Vous savez, je me considère comme cassée, donc incapable de vivre une vie normale. Je me sens incapable d'avoir une carrière parce que je n'écoute personne et parce que je n'aime rien suffisamment pour me retenir longtemps dans un domaine en particulier, je me sens incapable de partager ma vie avec une même personne pour vingt ans car je ne crois tout simplement pas que ça soit possible pour moi, personne ne m'aimera aussi longtemps, et je me sens incapable de réussir ma vie selon les standards normaux donnés par à peu près tout le monde (avoir de l'argent, une carrière, une maison, un couple, des gosses attenant et pourquoi pas deux petits bassets), parce que ça ne m'a jamais intéressée. 
En sortant de ma dépression, je vous jure, je me suis dit qu'au fond, pourquoi pas. Pourquoi je voulais me limiter, alors que la vie est si longue, et pleine d'imprévus, pourquoi m'enfermer dans une future version de moi-même que je ne connais pas ? Pourquoi, alors que je suis si imaginative et prompte à imaginer des scénarios improbables, je ne pouvais pas croire en un scénario pourtant plausible ? Je me suis réellement rendue compte qu'il y avait un problème quelque part, dès le moment où je prenais l'option la plus ordinaire pour un futur extraordinaire. 

Et quand on sort de la dépression, on se rend compte à quel point notre cerveau peut être retourné. A quel point on peut changer. On se rend compte du pouvoir que l'on a, j'ai eu le pouvoir de ne pas avoir de crises de panique pendant un an et demie (peut être même plus). J'ai eu la chance de voir un monde entièrement différent, de me sentir entièrement différente, alors que j'avais pourtant les mêmes cartes en main. J'ai eu ce moment de soulagement, quand j'ai compris que non, le monde n'est pas forcément fixé dans l'image que tu t'en fais.
Ca a été ma plus grosse claque.

Parce que j'avais réussi à changer ma vision des choses, j'avais réussi, croyez-le ou non, à avoir de l'espoir. Du vrai espoir. Je n'en avais probablement jamais vraiment ressenti avant. Comment ai-je pu passer une vingtaine d'années à côté d'un sentiment aussi magnifique ?  

Comment ai-je pu croire pendant aussi longtemps qu'avoir de l'espoir, c'était nul et voué à l'échec ? Comment ai-je pu m'enfermer ainsi dans une vision des choses si étroites ?

Vous savez quelle est la chanson des Doors qui m'a toujours marquée (il y en a plusieurs, parce que ce groupe fait partie de ma vie au plus profond de mon être) ? C'est "Unhappy Girl". Les paroles ont toujours résonné dans mon esprit, et ce dès mon adolescence. Je l'ai toujours su, quelque part, que je me construisais ma propre prison, et ça m'avait apporté tellement de réconfort à l'époque de savoir que quelqu'un, même lointain, savait ce que c'était. C'est bête, mais ça me mettait un peu de baume au coeur, de me savoir comprise, même par quelqu'un qui était déjà mort. Et au moins les morts ne vous déçoivent plus, donc quelque part, Jim était un ami en or pour moi.  

J'avais réussi à mettre tout ça de côté. J'avais réussi à sortir de ma propre prison. J'étais putain d'heureuse, et j'ai été heureuse, de mes vingt & un an à mes vingt-quatre ans. 

Car là, il faut que je sois réaliste : je ne le suis plus. 
Et je ne suis pas très sûre de comment je suis retombée aussi bas. Ma dépression m'attaque, et je le sens. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais je la ressens revenir. Je ressens mon cerveau qui tente de me faire retomber dans mes démons. 

C'est tellement frustrant, et quelque part effrayant, de voir qu'il y a une partie de moi, qui souhaite en effet me faire retourner "là-bas". C'est lent, comme processus, mais je la sens revenir, ma dépression, je la sens m'attraper par la cheville, et je la sens me tirer petit à petit dans ses affres. C'est au détour d'une pensée, au détour d'un flash mental, qu'elle refait son apparition. 

J'avais pour habitude, pendant vingt ans, d'évoluer dans le monde en me répétant "et de toute façon, au pire, tu meurs", parce que c'était vrai, la pire des choses qui aurait pu m'arriver durant ces années, ça aurait été de me décevoir à mort et d'en finir avec ma vie. Ce qui résultait par m'imaginer mourir plusieurs fois par jour, de différentes manières, et avant d'aller me coucher, j'avais toujours cette habitude mentale de m'imaginer avec ma cervelle qui exploserait. Je m'imaginais les différents motifs que pourraient prendre ma cervelle sur le mur, si jamais j'arrivais à appuyer sur plus d'une gâchette à la fois -- par exemple, je m'imaginais la forme de mon crâne si jamais quatre pistolets rentraient par mon crâne simultanément seulement par la partie supérieure de ma tête. C'était tellement ancré comme habitude, je m'imaginais pendant cinq bonnes minutes chaque nuit avant de me rendre compte que c'était vraiment malsain.

J'avais réussi à ne plus avoir ces images. J'avais réussi, petit à petit, à modifier cette putain d'habitude qui me rongeait pendant mes nuits. J'avais réussi à me lancer dans des projets que j'aurais qualifié "perdus d'avance".  Et là, je me retrouve à m'imaginer mourir en pleine journée. Et je ne m'en rends même pas compte tout de suite. 

J'ai commencé à douter des gens, également. A douter à nouveau, à vrai dire. J'ai recommencé à me dire que tous ceux qui m'aiment veulent quelque chose en retour. Ca a commencé par les gens les plus éloignés, puis les gens de mon boulot, puis mes amis proches. Là, je regarde où j'en suis dans mes relations, j'ai plus confiance en personne, et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je crois que je n'ai plus d'énergie pour faire confiance. Je suis revenue dans ma vieille paranoïa adolescente, si les gens veulent me parler, c'est parce qu'ils veulent que je les aide, parce qu'ils ont besoin de se confier, parce que j'ai toujours écouté tout le monde et conseillé tout le monde en retour. Si les mecs viennent me parler, c'est parce qu'ils ont un quelconque espoir de sortir avec moi, mais ça sera jamais honnête. Alors que ça doit être faux, quelque part. Ca ne peut pas être toujours vrai, je le sais bien, il doit bien y avoir des gens qui veulent innocemment mon bonheur, mais, je n'arrive pas à le voir. Je n'arrive plus à le voir. Je laisse la main à mon démon intérieur qui s'arrange pour bien détruire chaque relation sociale que j'aurais l'audace de vouloir construire. 

Et j'ai perdu espoir dans la vie, tout simplement. C'est con, pour une fois que j'ai des projets, et de bonnes idées. Je me dis juste à quoi bon. Je me rends compte que l'argent est un frein, et je suis incapable de bosser plus de six mois dans le même poste. On me reproche les mêmes choses partout où je vais, en entretien. Et, plus j'y pense, plus j'ai envie de bosser pour personne. 

Je hais l'argent. L'argent est la chose qui me rend le plus malade. C'est une peur tellement ancrée : de ne pas en avoir, de me retrouver sans logement (ironique sachant que j'ai été mise à la porte y'a à peine un mois et demie hahaha), de retomber dans des logements de merde, plein de cafards, avec des voisins psychopathes. Plus je pense à l'argent dont j'aurais besoin pour accomplir mes rêves, plus je me bloque. 

Et j'ai l'impression tenace de ne pas être adaptée à ce monde. Je m'en bats les couilles, d'avoir du succès, d'avoir du pouvoir, ou des milliards de tunes. Je veux juste ne plus stresser. J'en ai marre du stress que cette vie m'impose, et ça me dégoûte de voir à quel point tout le monde semble trouver ça normal de vendre sa vie à des connards en costard qui te connaissent à peine et dont l'appréciation se jauge seulement au niveau monétaire. 

Qu'ils courent tous à leur perte en courant après leurs billets verts. J'irais pas faire un coup de pute pour trois centimes, j'ai, je crois, trop de conscience pour ça. 

Je suis donc aigrie. Et en colère. Un gamin m'a chopé le cul tout à l'heure dans la rue, après l'avoir incendié et maudit sur quatorze générations - le pauvre petit est parti en courant tellement que je l'ai effrayé. J'ai rien trouvé de mieux à faire que de le traquer dans le quartier pendant une demi heure d'un oeil mauvais. Je voulais le voir, je voulais qu'il me dise où il habite, histoire que j'aille engueuler ses parents, ou les autres gamins qui lui avaient lancé ce pari. 

Et je me suis observée du haut de mes trois pommes, et je me suis trouvée tellement, tellement, ridicule. Je me sentais donc agressée à ce point par un pauvre gamin de quatorze ans. C'est pas ma colère que je remets en cause, c'est ma réaction, complètement disproportionnée, et surtout, la réalisation que je voulais le corriger & le frapper. 

Cette violence en moi, qui ne m'a jamais quitté un seul instant, est revenue. Je veux dire par là que je l'avais enfouie, et j'avais espéré qu'elle parte loin, mais elle est toujours là. 

C'est cette même violence que je ressens dès que quelqu'un veut & tente de m'approcher physiquement quand je ne m'y attends pas -- n'essaye même pas de poser ta main sur moi si tu n'y es pas invité. 

C'est la violence avec laquelle j'ai voulu frapper la dernière personne qui m'a attrapée par l'épaule - mon propriétaire qui me faisait une leçon comme si j'étais une gamine de sept ans, et qui se permet de me prendre violemment par l'épaule pour me faire bouger de son chemin. Volte-face immédiate et je l'ai prévenu de ne même pas essayer de me toucher (petit fait marrant, il m'a répondu la même chose, "don't touch me either", et c'était cool parce qu'au moins on était d'accord sur ça). 

C'est la violence avec laquelle j'ai réagi la dernière fois qu'un gars a voulu me coincer dans la rue - et dans ce contexte là, c'est cette violence qui m'a sauvée.

C'est la violence à laquelle je suis obligée de recourir quand les gars lourds en soirée ne comprennent pas que non, je ne rigole absolument pas quand je te demande d'enlever ta main de ma cuisse/épaule/hanche, avant de m'énerver. 
C'est cette violence qui m'a fait écraser ma pinte de bière sur le front d'un connard au Scarabée. 
C'est cette violence avec laquelle j'ai tenté de donner fin à ma vie, plusieurs fois. 
C'est avec cette violence que je me suis retournée contre mon père quand il trouvait ça marrant de me pousser pour me provoquer. 

Et j'ai réalisé que cette violence vient de lui. Vous savez ce que je viens de réaliser ? Ce que je viens de voir, comme image ?
Je me suis revue, des années en arrière, être frappée par mon père quand ma mère n'était pas là. J'ai des souvenirs qui sont remontés, qui font assez mal, où je me vois, à quatre pattes, recevoir une raclée monumentale, et pleurer, et je revois tout en face de moi flou, flou flou flou, flou comme quand mes yeux étaient plein de larmes. 

 

Et, je me déteste plus que jamais. 

Parce que si je suis sortie de ma dépression, une fois, c'est que je le souhaitais. Rien a changé depuis ma première dépression. Mon passé reste le même passé. Je suis toujours la même personne. J'ai même avancé depuis. Je suis plus forte, j'avance mieux, en tout cas, c'est ce que je souhaite.

Alors pourquoi suis-je encore aussi faible. Pourquoi en suis-je toujours au même point, à me maudire, à me détester, pourquoi je pleure toujours sans raison alors que le danger est loin derrière moi ? Pourquoi je rechute, alors que j'ai tellement accompli, et, pour une fois, je peux dire que je suis au moins un peu fière de moi ? 

Pourquoi ma dépression revient ?

Pourquoi je ne suis pas assez forte pour terrasser mes démons, alors que je les vois arriver, petit à petit ?

Pourquoi je les laisse prendre contrôle de ma conscience, pourquoi je les laisse m'influencer ?

Et, est ce qu'un jour ça s'arrêtera ?

Est-ce qu'un jour ça s'arrêtera pour de bon, cette petite voix de merde que j'ignore de tout mon être, qui me crie à quel point je suis juste une grosse merde incapable de faire quoi que ce soit de bien dans sa vie ? Est ce qu'un jour, j'arriverais à battre mon moi le plus dégueulasse, celui qui ne cherche que la destruction ? 

Est ce qu'un jour, je pourrais être en paix, et ne pas regarder sans arrêt par dessus mon épaule pour être sûre de ne pas être suivie par des pensées malveillantes ?

Est-ce qu'un jour, j'arriverais à me faire confiance, à me dire que je suis pas si mauvaise que ça en tant qu'humaine, je suis même plutôt quelqu'un de bien ?

Quand est ce que j'arriverais à croire que je suis quelqu'un de bien ? A partir de quand je vais arrêter de me détester sans relâche ? 
Est ce qu'un jour je vais arrêter de m'imaginer me suicider ? 

Est ce que j'arriverais à terrasser mon passé ? Ou est ce que mon passé va m'engloutir toute crue ?

 

Je me débats. Je me débats tellement, je vous jure. J'ai envie de tout casser au fond de moi, j'ai tellement de colère, je suis tellement brisée, je crois que je n'ai même plus rien à perdre, mais JE SAIS QUE CE N'EST PAS LE BON CHEMIN. 

Et JE NE VEUX PAS PRENDRE CE CHEMIN. De tout mon coeur, je refuse. La dernière chose que je veux être, c'est finir comme mon père. 

Et je me déteste tellement parce que mon chemin contient des éléments familiers que j'aurais espéré ne pas croiser. Je pensais ne plus jamais revoir ces sentiers.

Alors je ne les prends pas. Aujourd'hui, j'ai fait de la corde à sauter pendant une heure, sous la pluie, histoire de faire passer cette envie de violence. 
Aujourd'hui, je me suis contrôlée. J'ai été forte parce que j'ai pas cédé.

Ce qui m'effraie, c'est que ces sentiers soient toujours dans mon champ de vision. C'est qu'ils soient toujours accessibles.

Et je m'en veux de les laisser accessibles.