blablabla, je me sens pas bien blablabla, j'aime pas ma vie blablabla, toujours la même rengaine que je peine à entendre. Mon dialogue intérieur qui ne s'arrête jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais. Je n'arrive pas à vivre avec. J'entends même pas le monde autour de moi tellement que mes pensées sont fortes. Je suis en perpetuelle négociation avec moi même, mais non ne fais pas ça, mais non ne pense pas ça, tu sais bien que c'est faux, etc, mais, le résultat reste le même. Je suis toujours incapable de faire quoi que ce soit, parce que j'ai envie de rien faire, parce que j'ai plus aucun plaisir dans la plupart des choses que je fais. Donc, je me trouve nulle. Donc, j'ai encore moins envie de faire des choses. Même quand je fais quelque chose, je m'autodétruis en deux minutes par la suite. J'ai réussi à avoir des bonnes notes alors que je ne vais pas en cours : je vois ça comme une affliction plutôt qu'une bonne chose. J'arrive à écrire quelques lignes pour mon mémoire alors que j'y ai pas touché depuis deux mois, je m'assassine mentalement pour être une grosse merde au lieu de me dire que c'est toujours mieux que rien. J'ai un copain merveilleux, et je  passe mon temps à être de mauvaise humeur. Je n'ai pas envie de mettre un pied dehors, parce que je ne supporte personne. Je voudrais être dans une grande cellule blindée & matelassée pour que je puisse crier, crier toute ma haine, me jeter contre les murs, j'ai envie de m'exorciser, d'exciser mon encéphale. J'ai une tête de gentil playmobil, mais intérieurement, intérieurement, j'ai envie de tout brûler, de tout détruire, de me détruire, car je ne me supporte plus. 

& pourtant j'essaye de changer. Je ne suis plus la même qu'il y a quelques années, mais je suis toujours aussi insatisfaite. J'ai trop d'habitudes négatives qui, je crois, ne partiront jamais. Je vois pas comment l'expliquer. Je sais que je pense d'une mauvaise manière, je sais prendre du recul avec mes pensées, mais mon sentiment reste le même. Je reste toujours insatiablement triste, et dénuée d'espoir. 

J'applique tout, n'importe quel conseil que je trouve. J'ai essayé de croire en dieu. J'ai essayé de méditer. J'ai essayé les psys -- je viens de me faire virer de ma propre psychothérapie. J'ai essayé les médicaments. J'ai essayé de parler, de m'exprimer. J'ai essayé l'auto-médication. J'ai essayé de faire des conneries. J'ai essayé le bénévolat. J'ai essayé de faire des études. J'ai essayé de faire de la musique. J'écris. J'ai essayé la scarification. J'ai essayé de collectionner les amants, puis j'ai essayé d'être en couple, j'ai essayé de trouver l'âme soeur, maintenant que j'y suis plus proche que jamais, je me rends compte que non, ça ne marche pas.

J'ai essayé de me comprendre, & je me comprends, mais je n'avance pas. J'ai juste encore plus de colère. J'ai essayé d'être nihiliste, j'ai essayé de couper les ponts avec mon père. J'ai essayé de voyager, vivre ailleurs. J'ai essayé le sport. J'ai essayé de dormir. J'ai essayé de ne pas dormir. J'ai essayé d'être optimiste. J'ai essayé de croire en moi. J'ai essayé d'avoir des amis, j'ai essayé d'être seule plutôt que mal accompagnée. J'ai essayé de m'accepter, telle que je suis, avec mes mauvais côtés - je sais que j'en ai des bons. 

Mais rien n'y fait. C'est comme si j'avais une notice de montage pour un meuble suédois super simple, et que je n'arrivais pas à en faire un meuble solide. Et que tout le monde autour de toi te répétait que c'est super simple, il suffit de faire ça, ceci, et ça. Mais toi tu restes bloqué, avec ton meuble qui reste en morceaux, pendant que tout le monde a plein de super meubles dans leur maison. 

Et toi tu restes bloqué. Tu réussis parfois à l'assembler en quelque chose que tu apprécies regarder, mais ça se casse la gueule un jour, deux semaines, trois mois plus tard. Et tu recommences. Parfois ça tient longtemps, mais le meuble est tellement moche, et tu te prends toujours le petit doigt dedans, et même si c'est fonctionnel, tu détruis ton meuble, parce que ça te fait chier de voir que t'es incapable de monter un PUTAIN DE MEUBLE.

Et puis tes amis voient à quel point ça te soûle de pas réussir à monter ton meuble, ils voient bien que c'est le bordel partout chez toi, et que ça va pas en s'arrangeant. Alors ils te donnent des conseils, comme de visser plus fort - mais toi, tu peux pas visser plus fort, parce que tu n'es pas comme eux. Certains rigolent de te voir galérer. D'autres veulent t'aider à venir monter tes meubles, mais une fois qu'ils passent le pas de ta porte, sont horrifiés par ce qu'ils voient. Et partent à jamais sans te dire un mot. D'autres voient dans ton chaos une opportunité te dérober des choses. Ils y a ceux qui veulent aider, mais qui se heurtent au même problème que toi. Et qui te répondent qu'ils ne savent pas quoi te dire. Et toi, de frustration de ne pas savoir monter un simple meuble, tu te mets à gueuler sur tout le monde, mais surtout toi. Tu vis avec, les autres construisent encore plus de meubles, et toi tu es toujours bloquée. Mais tu continues à vivre avec, et tu continues d'essayer -- tu continues de t'acharner, parce que c'est important pour toi, d'avoir un beau meuble. Au moins un. C'est tout. Partir en voyage n'y fait rien, parce que quand tu rentres, c'est toujours la même maison. Et tu le sais, que tu as fui. 

Y'a les amis qui en ont marre de ta négativité. Qui vont juste te dire que tu te prends trop la tête, qu'il faut que tu relaxes. Ils ont pas tort, mais c'est pas eux qui vivent dans un bordel innomable qui t'empêche de bouger dans ta vie. C'est pas eux qui se font mal à chaque fois qu'ils bougent dans leur maison. 

Et plus les années passent et moins tu y arrives. Moins tu y crois. Ca fait vingt ans que tu essayes de construire un meuble sans succès, alors que pour tout le reste des gens, ça coule de source. Eux aussi ont des problèmes à monter leurs meubles, mais ils parviennent à un résultat. Et toi non. 

Si c'était ça, mon problème, on me dirait juste que je suis pas douée pour le bricolage, et qu'il faudrait que j'abandonne mon idée de construire un meuble, ou alors que je paie quelqu'un pour le faire à ma place. Mais il est impossible d'abandonner sa vie (ou du moins, ça n'est pas une solution), et il m'est impossible de payer quelqu'un pour qu'il dirige ma vie à ma place, pour qu'il parle à ma place, pense à ma place, et agisse à ma place. 

 

Faudrait que je rase tout, et que je recommence tout. C'est ce que j'ai l'impression de faire en permanence, faire le ménage, mais mes pensées restent toujours aussi sales. 

 

yeeeesss