Pour continuer dans le ton du post précédent, sachez que je continue de descendre. C'est comme ça, apparemment. J'essaye de me battre contre mes sentiments négatifs, mais je n'y arrive pas, blablabla, blablabla. Alors j'accepte c'est bon. Je redescend. 

J'ai l'impression que tout me file entre les doigts, que tout se fait la malle. Incapable de garder un taff plus de six mois, j'ai démissionné. J'ai toujours eu une grande envie pour les portes ouvertes, de me faufiler dedans, d'aller vadrouiller vers l'inconnu. Je ne peux pas m'en empêcher. 

Je cherche désespérement la cause, le pourquoi, tout en sachant que c'est inutile. C'est des manigances de mon esprit pour me faire croire que j'ai toujours le contrôle de la situation, lorsque clairement, je ne l'ai pas. Mais personne ne l'a vraiment, et c'est peut-être là que j'ai un avantage. 

Tout m'insupporte, j'ai l'impression d'avoir à nouveau seize ans et de détester tout le monde sur mon passage. Les gens m'épuisent, le monde m'épuise. Avant, je me mettais en colère, maintenant, je pleure, il y a déjà une amélioration quelque part. Mais j'ai le sentiment continu que rien ne va. Et que rien n'ira jamais. Je suis frustrée, alors que mes attentes sont au plus bas : là, je veux juste arrêter, tout, me rouler dans mon éternelle favorite position foetale, et dormir, dormir, dormir, jusqu'à ce que ma mauvaise saison passe. C'est lâche, je sais, mais je n'ai rien d'autre sous la main. 

Je me réconforte en me disant qu'à chaque descente, j'ai amorcé la remontée. Il me faut du temps, il me faut des pleurs, du coeur, du sang, mais je remonte la pente. Je me déteste, je peste, j'empeste la défaite, je siffle entre mes dents, j'ai la sensation de ne jamais réussir à m'élever, et puis je râle, pour à peu près tout, mais je remonte, lentement. C'est juste tellement épuisant, de passer par toutes ces émotions, et pourtant, c'est à chaque fois c'est nécessaire. Juste, je suis tellement fatiguée. J'ai l'impression de craquer, continuellement, d'être une banquise qui se brise entièrement, pour gentiment dériver vers des eaux inconnues pas forcément accueillantes. 

La sensation d'être toujours en décalé par rapport à tout ce beau monde bien rangé, bien dans leurs baskets, qui ne passe pas par la haine et la destruction dès lors que quelque chose va mal. Alors, pourquoi est-ce l'une de mes réponses favorites ? 

Mais surtout, pourquoi je me sens bien à chaque effondrement ? A chaque fin, couplé à ma tristesse, je ressens un doux soulagement. J'adore couper les cordons : ce moment où ma peur, mon appréhension s'envole, pour laisser place à l'excitation de la suite. C'est ça, avancer : c'est savoir dire au revoir à certains éléments du passé. Non pas que ces mêmes éléments soient moins bons, mais ils sont seulement vieillissants. J'ai trop usé mes yeux à regarder ces mêmes choses, et je veux changer de paysage. 

Avant chaque nouveau commencement, ma tristesse fait l'éloge de mon amour pour ce que j'abandonne derrière moi. J'ai le cerveau vagabond : il ne supporte pas la routine, il n'aime pas être restreint, il n'aime pas se sentir bridé. Une soif de nouveauté qui ne s'arrêtera, je crois, que lorsque je serai morte. Une envie inextingible d'avancer, d'explorer, j'ai la bougeotte de l'encéphale. Je n'aime pas les habitudes, je n'aime pas la paresse cérébrale, et je me fustige en permanence pour ne pas repasser deux fois au même endroit. 

Donc, je descend dans mes émotions comme un randonneur qui descend d'une montagne (A CHEVAL. ELLE DESCEND DE LA MONTAGNE A CHEVAL. pardon mais j'ai pas pu m'en empêcher, pour les sceptiques : non, je n'ai pas de cheval, et si un jour je me mettais à l'équitation, j'aurais sûrement un poney nain, à la limite un Falabella). Descendre, pour mieux observer tout ce qu'il y a encore à grimper. Descendre dans le froid, loin du soleil, pour renforcer mon moi, ce qui est important, ce qui me motive, ce qui est vrai. Pour mieux remonter, encore plus forte, et décidée, vers les sommets que je choisis. 

 

Le bonheur que j'ai longtemps recherché est finalement surfait. J'ai toujours été triste, j'ai toujours été émotive, dégoûtée des hommes, de leur bêtise constante et de leur asservissement à leurs habitudes. Je me suis toujours sentie en marge, de par mes émotions négatives, par mon enfermement sur moi-même, par ma vision des choses, pessimiste.

Et je n'avais jamais compris que cette bassesse d'esprit a toujours été mon moteur : j'ai toujours voulu "plus" : être plus heureuse, être plus joyeuse, quitte à frôler l'hystérie. Je me suis tellement affamée de bonheur, que c'en est devenu une obsession. Cette obsession m'a fait souffrir et m'a fait galérer durant une bonne vingtaine d'années. 

Mais cette obsession du bonheur s'est petit à petit transformée en ambition : une chose que je pouvais, finalement, approcher. Le fait d'avoir été au plus bas permet de savoir, de se dire que rien n'est important, de se lancer, peu importe le résultat : je suis déjà déçue, pour un millier de raisons, autant être déçue par moi-même et m'offrir ma compassion. 

J'ai toujours affirmé, qu'être heureux c'était être bête, avant de changer d'avis, car évidemment, vivre toute une vie dans la souffrance n'est pas une option viable. Mais vouloir être heureux à tout prix, vouloir être toujours au top, au-dessus, ça, c'est être stupide. C'est une vaine tentative de masquer sa réalité, au lieu de l'accepter, et je crois qu'ENFIN, à 25 ans, ça commence à entrer dans mon petit crâne. 

 

Alors vous savez quoi ?

J'accepte, j'accepte ma maladie, j'accepte mes afflictions mentales, j'accepte et j'embrasse toute ma souffrance. Parce que cela me fait encore plus de mal lorsque je la refoule. Et parce que ma souffrance m'a énormément apporté. Contre-intuitivement, ma souffrance m'a appris à être réellement heureuse. Et c'était tout ce que je voulais. 

J'accepte d'être "tarée", d'avoir mon pet au casque (que j'ai toujours eu, quand j'avais 3 ans j'ai chié sur la moquette du banquier de mes parents, à croire que j'ai toujours été anti-conformiste). 

J'accepte mon auto-mutilation : ça faisait 4 ans que je n'avais pas craqué, et là, récemment, j'ai craqué, je me suis infligée des micro-coupures.

Je m'étais dit plus jamais, plus jamais de comportement auto-destructeur. Mais ça m'a fait un bien fou : je ne cherche plus le suicide, je ne cherche plus à me détruire systématiquement. Ces coupures ont été différentes, car en "replongeant", j'ai compris que ce qui était destructeur, c'était de ne pas m'aimer telle que je suis, dans toute ma folie négative et positive. Ce qui est destructeur, c'est de refouler toutes ces tendances au fond de moi en les ignorant, en les dénigrant, en les détestant, car en ce faisant, je me déteste aussi. Et j'ai déjà assez perdu de temps comme ça, inutilement, à me détester.  

Je ne peux pas être sans accepter toute la douleur en moi, car elle fait partie de moi. Je n'ai pas été seulement victime "d'épisodes dépressifs". J'ai grandi de cette manière. La souffrance fait partie de moi, et la douleur me fait vivre. Il existe sûrement des manières plus saines de vivre, et je n'exclus pas qu'un jour, je troquerai mes douleurs contre de la sérénité. Mais, j'ai compris que ma capacité à être triste cache une énorme capacité : celle d'être également heureuse avec pas grand-chose. Si je peux être triste à -4000, cela veut dire que je peux aussi ressentir du bonheur à + 4000. Parce que ma douleur et ma capacité à être triste reflètent tout simplement ma sensibilité. C'est mon spectre de ressenti. Je suis bénie, de pouvoir ressentir les choses aussi intensément, autant dans la joie que dans la tristesse. Et toute l'énergie que je mets à vouloir effacer ce côté de moi, c'est de l'énergie perdue. 

 

Enfin, malgré toute ma négativité, constante, ambiante, malgré tout ce qui m'est arrivé, tout ce qui aurait pu me pousser à choisir la haine, la frustration, le dédain, j'ai toujours choisi l'amour. Il m'a fallu beaucoup de temps, parfois, pour pardonner, il a fallu que j'écoute toutes les personnes qui m'ont fait du mal un jour, et même s'il m'a fallu parfois des années, j'ai toujours donné à l'amour une plus grande place qu'à ma haine et à ma colère. Je suis colérique, c'est vrai, mais je ne me suis jamais vraiment donné raison. Il a fallu que j'écoute des amis et proches qui osaient me dire que j'avais tort, pour me remettre en question, pour faire passer l'amour avant mon égo. 

Et, j'en suis fière, je crois. Il existe même une personne que je n'ai pas encore pardonné. Je ne sais pas si j'aurais la force de lui pardonner un jour, mais j'ai toujours dit que ce jour-là serait mon jour de paix. Donc, vous voyez, malgré toutes mes émotions négatives, au final, j'ai toujours choisi l'amour pour les autres, la compréhension, et le respect. Et ça a été dur, car choisir l'amour, ça n'est pas naturel pour moi, mais au final, ça reste plus fort que tout. 

 

Alors si je suis capable d'autant d'amour pour les autres, il serait peut-être temps que je m'en accorde à moi-même. Que je me pardonne, de la même manière dont j'arrive à pardonner les autres. Et je n'ai pas à m'excuser d'être qui je suis, car je ne l'ai pas choisi. Ce que j'ai choisi, par contre, c'est de m'améliorer à chaque instant, d'inverser la tendance en moi. 

 

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